Chili: délinquance sous couvert de bienfaisance (160691)
Santiago du Chiki, 16juin(APIC) Confirmant les rumeurs qui circulaient au
temps de la dictature militaire, les autorités chiliennes ont révélé qu’une
colonie de peuplement allemande à 350 kilomètres au sud de Santiago avait
grossièrement violé toutes sortes de lois et instauré un régime d’exploitation féodale sous couvert d’une société de bienfaisance.
Créée en 1959 par 300 colons allemands, la "Colonia Dignidad" (dignité) était dirigée d’une main de fer par son chef Paul Schäfer. Possédant
5’000 hectares et deux pistes d’atterrissage de 800 mètres (dont l’une pouvait être allongée à 1’500 mètres moyennant le déplacement de certains obstacles), la colonie pratiquait un vaste commerce, favorisée par des décrets lui reconnaissant le statut d’oeuvre de bienfaisance.
Pendant longtemps, la "colonia" a engagé des enfants à des salaires dérisoires et c’est seulement au début de 1990 qu’elle a conclu des contrats
de travail avec des adultes. Durant le régime de Pinochet, des rumeurs persistantes faisaient état de tortures, de sévices sexuels et d’exécutions
extra-judiciaires dans cette colonie aux relents de nazis. Le cas de la Colonie allemande avait fait l’objet, il y a trois ans déjà, de dénonciations
de la part d’associations et de journaux sud-américains. Des enfants ayant
réussi à fuir "l’enfer de la Colonia Dignidad" en forçant les barbelés qui
entourent la propriété. Malgré les témoignages accablants, rien n’avait été
véritablement entrepris contre la colonie et son chef.
Le commerce de la colonie était plus que florissant: elle importait notamment des biens et des centaines de véhicules - dont une Mercedes pour le
général Pinochet - sans payer ni douane ni impôts, pour les revendre ensuite avant l’expiration du délai de trois ans.
La confirmation par les autorités chiliennes des actes qui pèsent sur
cette colonie intervient après la dissolution, en janvier dernier, de
"l’association de bienfaisance et scolaire Dignidad", décrétée par le président Aylwin. Dix sept sénateurs conservateurs avaient fait recours contre cette décision, alors qu’ils étaient restés silencieux au moment où
le dictateur Pinochet avait dissout 86 associations, dont la fédération
d’échecs. (apic/spi/pr)