CEI: directives romaines aux pasteurs de l’Eglise (180892)
Les responsables des églises othodoxes de la CEI ont mal apprécié les initiatives catholiques prises dans le cadre de la "nouvelle évangélisation"
de l’Europe
Rome, 18août(APIC) "Prosélytisme","braconnage","structures parallèles": ce sont quelques unes parmi les accusations formulées par des responsables de l’Eglise orthodoxe à l’encontre de l’Eglise catholique, et du
Saint-Siège en particulier,suite à diverses initiatives catholiques prises
dans le cadre de la "nouvelle évangélisation de l’Europe". Le climat oecuménique s’en était trouvé gravement altéré, au point que la plupart des
Eglises orhodoxes, et notamment le Patriarcat de Moscou, avaient refusé
d’envoyer un délégué au synode sur l’Europe qui s’est tenu au Vatican fin
1991. Un sommet catholique-orthodoxe s’était tenu en mars dernier à Genève,
qui avait permis de dissiper certains malentendus. Suite à ce sommet, le
Saint-Siège a élaboré un document qui, mettant au point l’accord réalisé,
proscrit sévèrement tout prosélytisme.
La note, datée du 1er juin, est intitulée "principes généraux et normes
pratiques pour coordonner l’évangélisation et l’engagement oecuménique de
l’Eglise catholique en Ruissie et dans les autres pays de la CEI". Elle est
publiée par la Commission "Pro Russia", créée dans le cadre de la secrétairerie d’Etat et qui compte quatre membres: Mgr Jean-Louis Tauran et Mgr
Giovanni Battista Re, les deux principaux collaborateurs du cardinal Sodano
à la secrétairerie d’Etat, Mgr Miroslav Marusyn et le Père Pierre Duprey,secrétaires, respectivemnt, de la Congrégation pour les Eglises orientales et du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens.
Le document est destiné aux évêques et administrateurs apostoliques catholiques nommés dans les territoires de l’ex-URSS. il a ensuite été transmis aux épiscopats du monde entier, aux supérieures majeurs des instituts
religieux et aux mouvements de laïcs reconnus au niveau international. Les
patriarches et les chefs de diverses Eglises orientales en ont aussi reçu
copie comme preuve de loyauté de la part de l’Eglise catholique, dans le
respect d’un sain oecuménique.
Aucune concurrence
Du côté orthodoxe, on avait particulièrement mal accueilli la reconnaissance des diocèses uniates (10 évêques) et la création de nouveaux diocèses de
rite latin sur le territoire de l’ex Russie, avec la nomination ou la reconnaissance d’une douzaine d’évêques: 5 en Ukraines, 2 en Lettonie, 2 en
Biélorussie, ainsi que 2 administrateurs apostoliques en Russie et 1 au kazakhstan. Parmi les huit principes généraux énoncés dans le document, l’un
porte sur la néccessité d’une nouvelle évangélisation des communautés catholiques dans les territoires de l’ex-URSS, "après 70 ans d’athéisme officiels", qui a motivé la prompte réorganisation de la hierarchie locale, explique le document, en affirmant "le droit et le devoir de pourvoir aux besoins spirituels des catholiques". Cela suppose, soulilgne-t-il, une réorganisation de la hierarchie et un clergé suffisamment nombreux.
Les nouvelles structures apostoliques qui se mettent en place ne "visent
absolument pas à faire entrer l’Eglise catholique en concurrence avec
l’Eglise orthodoxe russe ou avec les autres confessions chrétiennes. Ce
qu’on appelle prosélytisme, c’est-à-dire toute pression sur la conscience
sous quelques formes ou par quelques personnes, qu’il soit pratiqué, est
totalement différent de l’apostolat et n’est nullement la méthode dont
s’inspire les pasteurs de l’Eglise catholique ". L’activité apostolique
dans les territoires de la CEI et de l’Europe orientale exige des catholiques "tant la fidèlité à leur mission qu’une vraie sollicitude pour leurs
frères orthodoxes, dans le respect de leur foi, afin de préparer avec eux
l’unité ecclésiale voulue par le Christ".
Une priorité pastorale
Si l’Eglise est missionnaire, l’engagement de promouvoir l’unité s’inscrit
dans cette mission, et il doit être pour les institutions de l’Eglise catholique dans les territoires de la CEI. "l’une des priorités pastorales".
"En effet, enchaîne de la note, la voie à suivre pour réaliser l’unité des
chrétiens n’est nullement le prosélytisme, mais le dialogue entre disciples
du Christ, dialogue nourri par la prière et réalisé dans la charité, afin
de rétablir entre l’Eglise Byzantine et l’Eglise de Rome la pleine communion qui existait au premier millénaire. Ce dialogue doit s’établir aussi
bien au niveau local qu’au niveau régional et universel, et il a pour but
de favoriser une confiance réciproque, de manière que tous les chrétiens de
diverses confessions puissent collaborer dans certaines activités apostoliques, sociales et culturelles.
"Se reconnaissant membres de l’Eglises qui conservent en grande partie
un patrimoine commun sacramental, liturgique, spirituel et théologique,
catholiques et orthodoxes peuvent rendre un témoignage commun au Christ,
face au monde qui aspire lui-même à son unité. Le patrimoine commun est tel
qu’il favorise l’action commune, dans le respect des traditions propres".
Apostolat n’est pas Prosélytisme.
Il est "certain",affirme le document, que l’activité de l’Eglise catholique
dans les territoires de la CEI "devra s’exercer selon des modalités substantiellement différentes de celles de la mission (ad gentes)".
Rappelant les conditions spéciales dans lesquelles sont nées et se sont
développées les Eglises d’Orient, le texte précise: "l’Eglise catholique de
rite latin dans ces territoires doit donc avoir en haute estime les traditions orientales qui les ont profondément marqués, et en particulier celles
de l’Eglise orthodoxe. Sortie, elle aussi, d’une longue période de persécution, de difficultés et de conditionnement de tous genres, l’Eglise orthodoxe se trouve affrontée aujourd’hui à la lourde tâche de la nouvelle évangélisation de populations traditionnellement orthodoxes, mais qui ont été
éduquées et ont grandi dans l’athéisme.
"Dans le dialogue fraternel avec les évêques locaux de l’Eglise orthodoxe et en total respect pour la confession religieuse des citoyens, les pasteurs de l’Eglise latine veilleront donc à promouvoir la collaboration
avec l’Eglise orthodoxe dans tous les secteurs où elle est po ssible, afin
que resplendisse aux yeux de tous l’unité dans la charité qui doit régner
entre les deux Eglises, et qui est la prélude à la pleine communion ecclésiale".
Le document rappelle donc aux Eglises orientales unies à Rome, en particulier à l’Eglise catholique de rite byzantin ukrainien, que Vatican II
leur a assigné la charge de promouvoir l’unité de tous les chrétiens, notamment orientaux, y compris "par une meilleure connaissance mutuelle, par
la collaboration et l’estime fraternelle des choses et des hommes".
Le document en vient alors aux tensions auxquelles a donné lieu la réorganisation de l’Eglise catholique dans les pays de la CEI, spécialement en
Ukraine, à propos de l’assignation des lieux de culte. On ne peut appeler
"prosélytisme",relève-t-il, le fait que des communautés entières, obligées
hier de se déclarer orthodoxes, aient, une fois la liberté retrouvée, manifesté leur appartenance à l’Eglise "gréco-catholique". Après avoir évoqué
"le pénible incident de parcours" qu’ont constitué les controverses à propos des lieux de culte, le document rappelle que le Saint-Siège, en accord
avec le patriarcat de Moscou, avait cherché à la prévenir en établissant,
en janvier 1990, des lignes directrices qui auraient dû assurer une répartition sereine. Si "cette bonne intention n’a pas eu le succès escompté",
c’est "en raison de la situation locale héritée du passé récent. mais on ne
peut faire retomber sur une seule des parties la responsabilité de l’échec
du travail entrepris". Et si des signatures de malaise subsistent, seul le
dialogue permettra de les résoudre.
Restaurer la confiance
A la lumière des huits principes généraux sont énoncés dans une seconde
partie autant de directives pratiques. Elles sont soumises aux pasteurs de
l’Eglise catholique sur place, afin de "dissiper les craintes qui se sont
fait jour dans l’Eglise orthodoxe et rétablir la confiance réciproque".
Les pasteurs "s’efforceront de promouvoir une saine formation oecuménique de tous les agents de la pastorale"; ils "favoriseront de toutes les
manières possibles la bonne entente avec les autorités locales de l’Eglise
orthodoxe, sachant comprendre les difficultés que traverse cette dernière,
afin de contribuer à créer un climat de confiance et de sereine collaboration. Même s’il y a eu des motifs d’opposition dans le passé, ils rappeleront à leurs fidèles que seule la conversion du coeur, en pardonnant sincèrement à ceux qui les ont offensés, leur permet de s’appeler vraiment disciples du Christ".
Transparence
La deuxième directive rappelle que les évêques, "qui sont les responsables et garants de toutes les initiatives pastorales promues pour favoriser
la vie religieuse des communautés catholiques", sont tenus de "veiller à ce
qu’aucune activité entreprise dans le cadre de leur circonscription ecclésiastique ne risque pas d’être interprétée comme une "structure parallèle
d’évangélisation". Il s’agit d’éviter aussi bien un faux oecuménisme qu’un
"zèle immodéré". En conséquence, les prêtres, religieux et laïcs qui désirent exercer un ministère apostolique dans les pays de la CEI doivent agir
"en étroite collaboration avec les Ordinaires des lieux et sous leur dépendance, en s’abstenant de toute initiative qui n’ait pas été préalablement
approuvée car ces Ordinaires et en respectant scrupuleusement les directives qu’ils onr fixées".
Toujours dans le but de favoriser des relations harmonieuses avec
l’Eglise orthodoxe et pour donner une preuve de la transparence qui doit
exister dans toutes les initiatives pastorales de l’Eglise catholique, les
pasteurs "informeront les Ordinaires de l’Eglise orthodoxe de toutes les
initiatives pastorales importantes, notamment ce qui concerne la création
de nouvelles paroisses pour répondre aux exigences des communautés catholiques existant en un lieu".
Le Saint-Siège est "certain que les évêques orthodoxes, qui partagent
les mêmes soucis d’évangélisation à l’égard de leurs fidèles, seront heureux de favoriser l’assistance sprituelle des communautés catholiques existant sur le territoire de leurs diocèses, entre autre par la restitution
des églises aux communautés catholiques orientales ou latines, là où celles-ci en sont encore privées". Cependant, en cas de divergence sur l’opportunité d’une initiative pastorale qu’un ordinaire catholique "estime necéssaire pour le bien spirituel d’un groupe, même limité, de fidèles catholiques", il pourra une fois épuisés tous les moyens de dialogue, "agir selon sa conscience, car c’est lui qui est responsable, devant Dieu, de la
vie spirituelle de tous et de chacun des membres de l’Eglise catholique".
Pour les questions les plus graves et cela vaut également pour les autres
directives, l’évêque ou l’administrateur apostolique "aura soin de consulter le représentant pontifical et les dicastères compétents de la curie romaine"
Collaboration
Le document n’hésite pas à plaider en faveur de la collaboration: "Dans
la mesure où les circonstances le permettront, les pasteurs de l’Eglise
catholique, animés par le zèle missionnaire et soucieux de l’évangélisation
de millions de personnes qui ne connaissent pas encore le Christ, s’emploieront à collaborer avec les évêques orthodoxes pour développer les initiatives pastorales de l’Eglise orthodoxes , heureux de pouvoir ainsi contribuer à la formation de bons chrétiens.
Une autre forme de collaboration concerne les lieux de culte. La huitième directive précise: "les lieux de culte, nécessaire à la vie liturgique
et ecclésiale des communautés chrétiennes, doivent répondre à leurs exigences, telles qu’elles découlent du droit personnel d’accomplir individuellement ou en groupe les actes religieux de sa propre foi. Ces exigences découlent de la situation locale: importance de la communauté, possibilités
matérielles, assistance pastorale. La priorité pour la répartition des édifices du culte déjà existants dépend de la proportion tant numérique que
sociale et historique des fidèles qui résident en un lieu determiné. S’il
s’agit de construire un nouvel édifice, on aura soin d’en peser la nécessité avant de solliciter le nécessaire accord de l’évêque diocésain. Il sera
parfois préférable d’organiser l’usage commun d’un même édifice du culte,
après accord entre les communautés catholiques et orthodoxes, ou une autre
confession chrétienne, à soumettre à l’approbation des supérieurs respectifs". (apic/cip/ak)