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    Interview du cardinal Godfried Danneels

    Catéchisme de l’Eglise catholique (161192)

    Bruxelles, 16novembre(APIC) Parallèlement à sa sortie en France et en

    Suisse romande, le "Catéchisme de l’Eglise catholique" était également présenté lundi matin en Belgique. Le correspondant de l’agence APIC a recueilli l’analyse du cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles.

    APIC: Lorsqu’on parcourt l’ouvrage, on est frappé par la multiplicité

    des références croisées et la diversité des sensibilités théologiques

    qu’elle expriment?

    GD. "Les références croisées s’expliquent au moins par deux raisons. Il

    y a d’abord le souci d’être complet. D’autre part, les quatres partie du

    catéchisme forment une unité: la foi, les sacrements, la morale et la prière sont quatre fenêtres ouvertes sur une même réalité. Ce que nous croyons

    dans l’Eglise, c’est aussi ce que nous célébrons, ce qui nous pousse à

    agir, et ce que nous portons dans la prière. Evidemment, cette réalité sera

    toujours au-delà des formules. Pour exprimer la réalité de Dieu - l’Inexprimable - le langage humain sera toujours approximatif. Même si ce catéchisme est très développé, et dit à peu près tout, il reste d’une certaine

    discrétion (...) Il laisse au fond une grande marge de travail pour la

    théologie et la catéchèse."

    APIC: Fallait-il faire un catéchisme, l’Evangile ne suffit-il pas?

    GD. "Bien sûr, l’Evangile suffit. Mais une chose est croire, une autre

    est de penser sa foi. (...) Il y a mille et une questions qui se posent.

    Surtout quand on considère l’évolution complexe des cultures dans lesquelles la foi chrétienne est formulée. Donc, même si on s’en tient à l’Evangile, il y a lieu de réfléchir. L’Evangile pose question. Le catéchisme ne se

    présente donc pas comme l’Evangile. L’Eglise n’a jamais prétendu qu’il fallait avoir réfléchi à tout pour être sauvé. Elle invite à croire: tout le

    monde est capable de croire. Mais l’Eglise doit aussi s’expliquer, car la

    foi cherche à comprendre."

    APIC: Pour présenter Jésus, le catéchisme fait une large part au récit,

    il accorde une place importante à l’histoire dans toute son épaisseur?

    GD. "C’est vrai: la partie du catéchisme qui explicite ce qui concerne

    Jésus dans le Credo est développée de façon très narrative. Et il y a de

    quoi: Jésus, c’est une histoire! Le propre de Jésus est qu’il n’est pas

    resté au ciel, comme pour planer au-dessus de l’Histoire, mais qu’il s’est

    incarné dans une histoire, avec ses vicissitudes."

    APIC: Est-ce qu’un catéchisme qui se réfère à la Tradition ne risque pas

    d’enfermer ou de clore la discussion?

    GD."Pour pouvoir offrir une synthèse, il faut bien un état de la question. Y a-t-il un risque d’immobilisme? Cela offre aussi l’avantage de préciser où l’on se situe aujourd’hui. Chacun peut mieux se dire: ’Je suis

    dans le vrai’ ou ’je suis à côté de la plaque’. Chacun a d’ailleurs le

    droit de savoir ce que l’Eglise catholique, croit, vit, célèbre, enseigne.

    (...) Le catéchisme récapitule l’enseignement de l’Eglise pour notre époque. Cette récapitulation n’est pas un point final. (...) Le catéchisme ne

    remplace pas la théologie ni la morale. Il les appelle. Et il s’en remet

    aux pédagogues pour la catéchèse."

    APIC: Entre le langage du catéchisme et la sensibilité moderne, il y a

    souvent un grand fossé. A propos de l’ordination des femmes ou de la sexualité par exemple, on dirait que le catéchisme entre en collision frontale

    avec les perceptions d’aujourd’hui?

    GD."La collision est fatale dès lors que certaines conceptions modernes

    sont incompatibles avec l’Evangile. La culture moderne est traversée par

    une poussée d’émancipation sur laquelle l’Eglise a quelques interpellations

    à émettre. Spécialement en ce qui concerne des passions fondamentales que

    sont la sexualité, la possession des richesses, l’autonomie personnelle."

    APIC: En matière économique, bien des pratiques reconnues légalement

    dans la société sont réprouvées par le nouveau catéchisme. La spéculation

    en bourse par exemple n’est pas pas très appréciée. On estime aussi que le

    but de l’économie ne doit pas être le profit.

    GD. "Les affirmations du catéchisme sur la justice, l’équité, l’économie

    sont effectivement très fortes. Je me réjouis que la doctrine sociale de

    l’Eglise trouve aujourd’hui un crédit que l’on ne lui reconnaissait pas il

    y a quelques années. Elle interpelle aussi les chefs d’entreprise, les banquiers, et les grands décideurs de l’économie. Ils se rendent bien compte

    que sans éthique économique, on tombe dans la loi de la jungle".

    APIC: Sur le plan du mariage, le catéchisme le considère comme "ordonné

    au service de la communion?"

    GD. "Contrairement à une certaine mentalité moderne, qui tend à faire du

    mariage une affaire de couple, l’Eglise continue d’affirmer que le mariage

    est à la fois ordonné à l’amour des conjoints, à la procréation et à la

    confection du tissu social. Le mariage n’est pas un sacrement pour mon couple. Il est aussi là pour les enfants, et les enfants qui naissent sont

    aussi là pour l’Eglise et pour le monde."

    APIC: L’Eglise catholique continue d’exiger le célibat des prêtres et de

    refuser aux femmes l’accès au sacerdoce. N’est-ce pas une position intenable?

    GD. "Attention, les deux problèmes sont de nature différente. Le célibat

    sacerdotal est une option. Les arguments en sa faveur ne manquent pas, mais

    l’Eglise n’a pas occupé toute la marge de discussion. Il en va autrement

    quant à l’ordination des femmes. On dit parfois que l’Eglise ne ’veut’ pas;

    en fait elle ne ’peut’ pas. La raison ne vient pas de l’Eglise, ni du pape,

    mais du Christ: l’Eglise catholique ne se sent pas autorisée à prendre une

    telle décision". (apic/cip/mp)

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