Appel à respecter le "silence inhabitable" d’Auschwitz
Genève, 28septembre(APIC) L’Eglise nationale protestante de Genève (ENPG)
appelle les chrétiens à respecter "le silence inhabitable" d’Auschwitz et
salue la décision catholique de respecter les accords sur le déplacement du
carmel. Le Consistoire de l’ENPG a en effet adopté lors de sa dernière
séance une déclaration sur le carmel d’Auschwitz préparée par le pasteur
Marc Faessler.
Cette déclaration du pasteur Faessler, présentée à huis clos, est un
texte sur la dimension théologique de "l’affaire" du carmel d’Auschwitz,
texte qui a reçu l’appui de plusieurs professeurs des Facultés de théologie
de Genève et de Lausanne, dont Olivier Fatio, Erich Fuchs, Pierre Gisel,
Robert-Martin Achard, Henry Mottu et Pierre Reymond. Il a été rendu public
après la séance du Consistoire, qui s’est tenue jeudi 21 et vendredi 22
septembre.
La déclaration commence par rappeler que, en 1979, l’UNESCO a classé le
site d’Auschwitz "monument du patrimoine mondial" en mémoire silencieuse
des atrocités nazies. Dès lors, Auschwitz, bien que localisé en Pologne,
était élevé au rang de symbole universel. Mais ce symbole, souligne la
déclaration, exprime quelque chose d’absolument irreprésentable. Elle
rappelle que le mot hébreu "Shoa" exprime le désastre, la dévastation,
"silence béant d’un absolu anéantissement de l’humanité de l’humain". La
"Shoah" est théologiquement une éclipse de Dieu. Or "sur la faille de ce
silence ne peut être jeté aucun pont. Ce silence-là est à jamais
inhabitable. Seul le silence lui-même - inarticulable en prière - peut
respecter le gouffre de néant qui s’est ici creusé".
Le document observe encore que, depuis 45 ans, l’Occident se ressent du
poids de ce caractère "inintégrable" de la Shoa. "On est alors conduit à
l’oubli (...), à la banalisation (...), voire au révisionnisme". L’énigme
théologique de ce drame constitue pour le christianisme une tentation : effacer la "faille" en l’intégrant dans une perspective où toute chose est
accomplie en Christ. C’est ce que le judaïsme dénonce comme une "christianisation de la Shoa".
La déclaration genevoise ajoute que la tradition protestante ne prie pas
pour les morts. "Elle les remet au Père". Il convient cependant de prier
pour nous, pour maintenir notre responsabilité en éveil. "Pour que Dieu se
rende ressuscitant à travers nos engagements". Cela ne peut avoir lieu cependant dans "le silence inhabitable" d’Auschwitz, mais cela peut se faire
à distance". C’est pourquoi les signataires de cet appel se déclarent satisfaits que les Accords de Genève "soient maintenant en voie d’être respectés". (apic/spp/be)