Carmel d’Auschwitz : Mgr Decourtray écrit à Me Théo Klein (170289)
Genève/Paris, 17février(APIC) Les carmélites logées dans le vieux théâtre
d’Auschwitz, qui a servi durant la guerre de dépôt de gaz Zyklon B pour le
camp de concentration nazi de sinistre mémoire, contrairement aux promesses
faites, n’ont pas encore déménagé. La communauté juive avait donné jusqu’au
22 février pour que les carmélites quittent ce lieu symbolique de la
"shoah", de l’holocauste, sans quoi elle suspendrait toutes ses relations
avec le Vatican. Suite aux assurances données jeudi soir par le cardinal
Albert Decourtray, président de la Conférence des évêques de France, la situation semble se débloquer. Un délai supplémentaire devrait être accordé à
la partie catholique, affirme à titre privé le professeur Jean Halpérin,
président du Centre d’Etudes Juives auprès de l’Université de Genève et
consultant pour les dialogues interreligieux au Congrès Juif Mondial à Genève.
Dans un télégramme envoyé jeudi à Me Théo Klein, président du Conseil
Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), le cardinal Decourtray relève que les cardinaux Danneels (Malines-Bruxelles), Lustiger
(Paris), Macharski (Cracovie) ainsi que lui-même s’étaient engagés à ce que
les carmélites quittent le camp d’Auschwitz pour s’installer dans un nouveau couvent qui serait construit à l’intérieur d’un centre d’information,
d’éducation, de rencontre et de prière situé hors des limites des camps
d’Auschwitz et de Birkenau. Aujourd’hui, reconnaît le cardinal Decourtray
dans son télégramme, ni le nouveau couvent ni le centre n’ont commencé
d’être construit. Et le primat des Gaules de souligner : "Nous regrettons
et déplorons profondément ce retard par rapport aux engagements pris; nous
comprenons même que ce dernier puisse être interprété comme un non respect
de nos engagements".
Les engagements signés seront tenus
"Nous affirmons que les engagements signés seront tenus", déclare le
cardinal Decourtray dans son message à Me Théo Klein, un message qui apporte toutes les clarifications nécessaires pour comprendre le retard de ce
transfert promis pour les deux ans à venir lors de la rencontre de Genève
du 22 février 1987. L’archevêque de Lyon mentionne les difficultés administratives restant à régler en Pologne même, ainsi que la réticence des
carmélites polonaises face à ce transfert. L’accord de Genève a été signé
par le cardinal Macharski, archevêque de Cracovie, parce qu’Auschwitz est
sur le territoire de son diocèse. Il a dû convaincre le peuple polonais
qu’en respectant l’accord de Genève, on ne maltraitait pas les carmélites
et qu’on ne niait pas le martyre des Polonais perpétré également en ce
lieu. Tâche infiniment délicate !
En effet, souligne Mgr Decourtray, en s’établissant à Auschwitz, l’intention des soeurs était de prier pour les morts, et ce geste ne voulait en
aucun cas ignorer le martyre du peuple juif. "Elles ont donné maintenant à
la décision du transfert du couvent un consentement irrévocable, car elles
perçoivent l’intention de l’Eglise catholique , exprimée par leur archevêque, de respecter la shoah; elles entendent, par cette démarche d’obéissance, contribuer au progrès de la relation entre juifs et catholiques demandé
par le Concile Vatican II dans la déclaration "Nostra Aetate" et adhérer
aux orientations sans cesse rappelées depuis lors par le pape Jean Paul II"
Me Klein, président du CRIF et du Congrès Juif Européen, propose comme
solution intermédiaire que les soeurs carmélites s’installent dans un bâtiment provisoire hors de l’enceinte du camp. Cette solution est également
envisagée par le cardinal Decourtray : en cas de nouveaux retards, il demandera au Supérieur général de l’ordre des Carmes de prendre des mesures
pour cette installation provisoire en attendant l’achèvement du nouveau
couvent. Une réaction officielle du Congrès Juif Mondial au sujet de cette
affaire est attendue en début de la semaine prochaine à Genève. (apic/be)