Lucerne, 22novembre(APIC) Le recours aux petits crédits est devenu une
mode et l’"endettement est plus un phénomène de société que de pauvreté".
Ces conclusions, à propos des petits crédits "trop facilement accordés",
émanent de Caritas Suisse. Pour cette oeuvre d’entraide, les crédits à la
consommation qui inondent le marché ne vont pas sans causer de nombreuses
difficultés aux services sociaux: ces derniers enregistrent une recrudescence de personnes endettées. Au point que les Caritas régionales ne savent
plus par quel bout aborder le problème. Dans le but d’analyser la situation, Caritas Suisse s’est récemment réunie en session de travail à Grolley
(Fribourg).
Le recours aux petits crédits et à la carte de crédits est une pratique
de plus en plus généralisée, relève Caritas, en constatant que ce phénomène
ôte d’emblée toute relation avec l’argent puisqu’il permet d’obtenir dans
l’immédiat tout ce qui est désiré par le consommateur, sans que le portemonnaie n’en soit délesté d’un centime. Pour Caritas, cette pratique, admissible pour les personnes à hauts revenus qui peuvent se permettre quelques dépenses aveugles, ne peut l’être pour les petits consommateurs qui,
eux, se trouvent bien vite pris au piège. "De plus en plus de gens aisés
font appel aux petits crédits", disent les assistants sociaux. "Et beaucoup
d’entre eux viennent nous trouver!", ajoutent-ils.
Que faire alors, lorsqu’après avoir établi un nouveau budget "serré au
maximum", il reste encore un découvert de dettes? Rembourser? impossible!
"Reste la voie de la négociation", rappelle Pierre Aubort, assistant social
et chargé de cours à l’Ecole d’études sociales de Lausanne. Selon ce dernier, il convient de traiter avec le créancier pour obtenir des prolongations de délais, une suspension des intérêts, des remboursements par acomptes, voire une remise de dette, etc: le créancier n’a pas grand chose à
perdre s’il accepte de négocier avec l’assistant social, à condition surtout de le faire à temps.
Dans cette pratique, dit Caritas Suisse, l’assistant social a un rôle
irremplaçable à remplir, un rôle d’autant plus nécessaire qu’il contribue à
rééquilibrer les forces en présence: d’un côté les créanciers, qui peuvent
se permettre le soutien de divers agents d’affaire et d’avocats. De
l’autre. le débiteur endetté jusqu’au cou et bien mal armé pour défendre
ses intérêts et lutter contre les abus.
Le rôle de l’assistant social face au client endetté ne s’arrête pas là,
souligne Caritas, une part importante revient à l’éducation, relève-t-elle.
Une éducation qui devrait aider le client à adopter un minimum de discipline et de prévoyance...mais une éducation qui devrait commencer à se faire
par les enfants afin de leur apprendre à se défendre aujourd’hui contre
mille tentations de consommation. (apic/pr)