"La faim est la pire forme de violence"
L’oeuvre catholique d’entraide en guerre contre la malnutrition
Berne, 21novembre(APIC) "La faim est la pire forme de violence", Cette
phrase du Mahatma Ghandi a servi de fil conducteur à la conférence de presse organisée jeudi à Berne par Caritas Suisse. Elle est aussi le slogan
choisi par l’oeuvre d’entraide catholique pour donner le coup d’envoi à sa
collecte de décembre. Des affiches rappeleront au public que la faim n’est
pas une fatalité. Pour appuyer sa campagne, Caritas Suisse a en outre édité
une brochure pour exposer ses projets d’aide alimentaire à travers le monde. L’oeuvre d’entraide part en guerre contre la famine. Mais aussi contre
l’indifférence qui entoure ce phénomène croissant.
Deux orateurs invités, Hans Hurni, de l’Institut géographique de Berne,
et Moussa Idriss, sociologue tchadien, ont expliqué, le premier les causes
de ce fléau qu’est la faim, le second, comment les paysans de son pays
s’efforcent de remédier à la pénurie alimentaire.
"Dans dix ans, aucun enfant ne doit plus s’endormir en ayant faim". Ce
slogan était celui adopté par la deuxième Conférence mondiale de l’alimentation, en 1974, a rappelé le nouveau directeur de Caritas Suisse, Jürg
Krummenacher. Et pourtant! Dix après, la famine sévissait dans 21 des 45
pays africains au sud du Sahara, faisant des centaines de milliers de victimes. Les médias annonçaient récemment que 30 millions d’Africains sont en
train de mourir de faim. Entre les déclarations d’intention et les actes:
la réalité par les chiffres. Les spécialistes parlent aujourd’hui de 500
millions de personnes sous-alimentées dans le monde. Le nombre des malnourris pourrait être beaucoup plus élevé encore. Quant aux enfants, ils sont
des millions à mourrir de faim ou de malnutrition chaque année.
De quoi nourrir entre 10 et 15 millions de personnes
Et pourtant! La terre produit suffisamment de nourriture pour rassasier
tous ses habitants. Selon certains experts, elle pourrait même nourrir entre 10 et 15 milliards de personnes. "Pour un monde qui, malgré la fin de
la guerre froide, dépense en achat d’armement vingt fois plus que pour
l’aide au développement, ce constat est un scandale", s’est insurgé Jürg
Krummenacher, en constatant qu’en renonçant à l’achat d’un seul char d’assaut moderne, on pourrait assurer le stockage de 100’000 de tonnes de riz.
De quoi satisfaire les besoins annuels d’un demi-million de personnes.
Les causes de la faim, qu’elle soit chronique ou aiguë, sont complexes
mais connues, relève le directeur de Caritas Suisse. Les relations économiques, la chute des prix des matières premières et le surendettement des
pays figurent en bonne place parmi ces causes. La politique économique appliquée par les Etats du tiers monde et la crise écologique qui menacent
gravement les chances de survie des populations du Sud jouent également un
rôle important. "On a trop souvent misé sur l’industrialisation au détriment de l’agriculture".
Pour Caritas Suisse, la lutte contre la faim doit se livrer à tous les
niveaux: elle concerne aussi bien les organisations internationales que les
gouvernements; les petits producteurs du Sud que les consommateurs du Nord.
En ce sens, les oeuvres d’entraide s’efforcent de promouvoir auprès des milieux politiques et de l’opinion publique une prise de conscience. Caritas
Suisse a élaboré, en 1985, un concept d’intervention "pour un monde sans
faim". En 1984-85, elle avait aussi consacré 13 millions de francs par an
pour soutenir des projets de lutte contre la faim réalisés par ses partenaires.
Des projets dans neuf pays
Des projets semblables à ceux décrits dans la brochure de Caritas éditée
pour sa collecte de décembre pour venir en aide et soutenir les efforts locaux dans neuf pays ou régions (Tigré, Liberia, Mali, Tchad, Pérou, Bolivie, Chili, Thailande et Inde), et à travers lesquels Caritas distingue
trois types de mesures pour lutter contre la faim: une aide d’urgence et de
survie; l’aide à la production; l’aide au développement.
Analysant les causes de la famine en Afrique, le professeur Hurni a pour
sa part constaté que les mauvaises récoltes, les guerres et la sécheresse
sont autant de réponses à donner. Les facteurs structurels, administratifs,
politiques, économiques, écologiques et démographiques, en sont d’autres,
au même titre que la dégradation de l’environnement et le système économique mondial. Quant à Moussa Idriss, directeur des projets de développement
social du Secours Catholique et Développement (SECADEV), à N’Djaména
(Tchad), il a décrit comment son organisation, créée en 1982, travaille aujourd’hui dans 1’200 villages en fournissant a quelque 200’000 personnes
des conseils techniques ainsi qu’une assistance financière dans le but
d’accroître la production agricole et d’améliorer les rendements, le stockkage et surtout la commercialisation des produits agricoles.
Jürg Krummenacher a mis un terme à cette conférence de presse par un exposé sur la situation vécue aujourd’hui par les Kurdes d’Irak. De retour
d’une tournée effectuée dans le nord de l’Irak, il s’est exprimé sur l’aide
apporté par Caritas Suisse et l’Entraide protestante (EPER) pour soutenir
5’000 familles isolées dans cette région, afin de leur permettre de survivre à l’hiver. (apic/pr)