Caritas Suisse contribue à la défense (090293)
Une démocratie en panne de paix
Lucerne/Manille, 9février(APIC) La chute du dictateur Ferdinand Marcos,
en 1986, n’a pas mis fin à la violence politique qui accable les Philippines. La répression s’est au contraire accentuée avec le retour à la démocratie, affirme Caritas Suisse. "Suite aux opérations de ’nettoyage’ menées
par les militaires depuis 1987, plus d’un million de personnes ont dû
abandonner leur village", souligne pour sa part soeur Crescencia Lucero.
Cette religieuse dirige l’une des principales organisations de défense des
droits de l’homme aux Philippines, la TFDP (Task Force Detainees Philippin), soutenue par Caritas Suisse.
Le gouvernement du président Ramos, élu l’an dernier, a libéré plus de
200 prisonniers politiques depuis juillet 1992. Aujourd’hui, moins de 500
prisonniers politiques sont encore détenus. "Si on compare avec la période
Marcos, alors que le pays vivait sous la loi martiale, il y a amélioration.
Mais nous parlons d’un régime démocratiquement élu, qui détient officiellement 483 prisonniers politiques, tandis que les arrestations arbitraires,
les exécutions sommaires et les disparitions se poursuivent", constate la
directrice de la TFDP.
Rien n’a donc changé? "Si. Les instances du gouvernement nous sont plus
accessibles. Nous siégeons même au comité présidentiel pour les droits de
l’homme", note la religieuse. Le Sénat et le Congrès se sont eux aussi dotés chacun d’une commission chargée de veiller au respect des libertés fondamentales. "La question des droits de l’homme a pris une dimension politique, mais la violence n’a pas cessé pour autant".
Vivre avec la peur au ventre
"Quand on parle avec les hauts responsables, à Manille, ils nous disent
que ces violations sont contraires à leur politique et qu’ils vont enquêter. Quand on parle avec des officiers de l’armée en poste dans les provinces, ils nous disent qu’ils ne font qu’obéir aux ordres. Et pendant ce
temps, des gens sont assassinés ou disparaissent, des familles souffrent et
doivent fuir", explique Soeur Crescencia. Dans les territoires tenus par la
guérilla, les soldats brûlent les villages et déportent les habitants. Outre ces opérations de "nettoyage" conduites par l’armée, les populations
civiles vivent sous la menace constante des groupes paramilitaires et des
milices privées qui infestent les campagnes. Dans la crainte aussi des bandits et trafiquants de tout poil qui prospèrent dans ce climat d’insécurité.
Cela sans parler des factions extrémistes qui débordent les mouvements
rebelles en lutte depuis trente ans contre le pouvoir central. Des groupuscules qui s’y entendent pour jeter de l’huile sur le feu... Ainsi, en décembre dernier, des séparatistes musulmans ont exécuté une quarantaine de
chrétiens dans trois villages proches de la ville de Zamboanga, sur l’ìle
de Mindanao.
Responsabilité morale
Aux Philippines, seul pays catholique de toute l’Asie, l’Eglise doit non
seulement accomplir sa mission prophètique, mais aussi "assumer sa responsabilité morale", estime la directrice de la TFDP. D’autant que l’Eglise
est l’une des rares institutions qui bénéficie encore de la confiance des
gens, et qui soit capable de mobiliser les foules. Elle fut l’un des moteurs du mouvement populaire qui a renversé la dictature. A présent, il lui
incombe de jouer un rôle actif en vue de contribuer au retour à la paix. A
la fin du mois de janvier dernier, à la demande du gouvernement de Manille,
deux évêques ont du reste fait leur entrée dans la très officielle "Commission de l’Unité nationale", appelée à dialoguer avec la guérilla. Où en
sont les négociations? Selon Soeur Crescencia, elles se trouvent encore
dans une "phase exploratoire". Autrement dit au point mort. (apic/car/pr)
ENCADRE
Réveiller les consciences assoupies
La TFDP fut fondée par l’Eglise catholique en 1974, soit deux ans après
l’entrée en vigueur de la loi martiale imposée par Marcos. De Manille, la
capitale des Philippines, elle a essaimé dans tout l’archipel, tissant un
réseau de 300 bénévoles dont la fonction première est d’enquêter sur les
cas de violence politique, afin d’en informer l’opinion publique et de réveiller les consciences assoupies.
La TFDP apporte en outre une aide directe, juridique et financière aux
prisonniers politiques et à leur famille; s’occupe des personnes déportées
par l’armée; gère trois centres spécialisés dans le traitement des victimes
de la torture. En 1989, avec l’appui du ministère philippin de l’Education,
elle a pour la première fois tenu un séminaire sur les droits de l’homme
auquel ont participé de nombreux enseignants. La TFDP organise également
des cours destinés aux militaires et membres des milices rurales.
Caritas Suisse apporte son aide à la TFDP depuis bientôt dix ans. A ce
jour, elle a consacré plus de 900’000 francs pour soutenir les activités de
cette organisation. (apic/car/pr)