Caritas Liban: une action multiforme et adaptée (170292)
Paris, 17 février(APIC) Alors que les canons se sont tus, le Liban fait
les comptes de 17 années de guerre: familles totalement démunies, chômage,
diminution du pouvoir d’achat, villes et villages détruits voire rasés, des
milliers de personnes déplacées attendant un éventuel retour. Mgr Paul Mattar, ex-président de Caritas Liban et le Père Fouad El-Hadg, récemment nommé à ce poste, ont fait en fin de semaine le point de la situation lors de
leur passage dans les locaux du Secours Catholique à Paris.
En venant à Paris, Mgr Mattar avait un double objectif: d’une part, engager avec le Secours Catholique une action de reconstruction "afin que les
familles passent du statut d’assistées à celui de l’auto-suffissance et que
les personnes déplacées puissent rentrer au pays; d’autre part, il s’agissait de "sensibiliser les Français et les Libanais qui vivent en France à
une action qui se veut porteuse d’espoir".
Aujourd’hui, l’heure est à la reconstruction. Dans la région qui se
trouve à l’est de Saïda, 40 villages se préparent au retour des habitants
qui ont dû fuir à cause de la guerre. Sur 10’000 maisons, 3’000 sont totalement détruites, 7’000 sont réparables. L’objectif à atteindre d’ici l’été
1992: ramener 1’000 familles. Pour cela il faut l’équivalent de 2’500
francs suisses par famille. Somme qui permet de réhabiliter une ou deux
pièces par maison, afin que les gens puissent recommencer à y vivre. Mais
il faut assurer aussi les infrastructures du pays: écoles, hôpitaux, commerces, échoppes, industries. "Cet argent est prêté, jamais donné, afin que
le plus grand nombre possible de personnes puissent en profiter. Les traites s’échelonnent sur 24 mois, à un taux d’intérêt de 6%", a précisé Mgr
Mattar.
Caritas au secours de la santé
La situation dans le domaine médical est particulièrement dramatique.
90% des hôpitaux sont privés. Pour certaines catégories sociales, l’Etat
finance 20% du coût des frais de santé, d’autres ne touchent rien. Ceci met
les soins hors de portée pour la plupart des Libanais. Un accouchement, par
exemple, revient à 500 dollars, soit six fois le salaire minimum, tandis
qu’une opération à coeur ouvert équivaut à 60 fois le salaire minimum.
Lorsqu’on sait que ce dernier se monte à 100 francs suisses par mois environ et qu’un famille a besoin de 500 francs pour vivre, on comprend que Caritas Liban ait financé 15’000 opérations pour la seule année 1991. Caritas
Liban finance aussi des Centres médico-sociaux dans chaque région et des
dispensaires qui assurent des consultations gratuites et des distributions
de médicaments qu’ils reçoivent de l’extérieur.
Le pays est dans une telle désorganisation que l’armée elle-même demande
des médicaments. C’est peut-être une façon discrète d’exercer un contrôle,
a souligné Mgr Mattar. Tout en ajoutant: "Nos rapports avec les autorités
sont cordiaux. Elles ont compris que nous agissons dans l’intérêt du pays
et de ses habitants".
Le Secours Catholique est prêt à se mobiliser autour de la reconstruction du pays. C’est une initiative qui se veut porteuse d’espérance, a déclaré le directeur du secteur international. "Nous voulons trouver 250’000
fr. pour aider au démarrage".
Un synode pour le Liban
Dans quelques mois, Mgr Paul Mattar occupera définitivement la charge de
vicaire auprès du Patriarche maronite Nasrallah Pierre Sfeir. Lorsqu’il
prendra ses fonctions, Mgr Mattar sera chargé de la préparation du Synode
que Jean Paul II a annoncé le 12 juin 1991. Le pape a demandé à tous les
croyants, catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans de "contribuer au
Synode pour que le Liban puisse revivre". Et Mgr Mattar d’expliquer: "Le
Liban a un message pour le monde, parce c’est le pays de la convivialité.
Chrétiens et musulmans ont toujours eu la possibilité de dialoguer d’égal à
égal. Si ce dialogue a été possible au Liban , il doit l’être ailleurs".
Encore faut-il que ce Synode soit vécu comme un partage matériel en même
temps que spirituel. "Nous espérons que la phase post-synodale sera porteuse d’un dynamisme de réconciliation", a-t-il encore précisé. Le pays compte
en effet 17 communautés religieuses réparties sur 17’000 km2. "Le Synode
fera avancer l’oecuménisme en tant que tel", a conclu Mgr Mattar. (apicecl/ba)
E N C A D R E
Dès le début du conflit en 1975, au moment où le pays basculait dans la
violence, un "Conseil d’Urgence Caritas Liban" était formé à l’initiative
du Saint-Siège, de Caritas Internationalis et de l’Assemblée des patriarches et évêques catholiques du Liban. Caritas Liban comprend six commissions statutaires : pastorale, médicale, financière, sociale, de l’information et celle qui regroupe plans et projets. Une organisation qui concerne
toutes les communautés catholiques romaines du Liban, qu’elles soient de
rite maronite ou latin. Une action humanitaire qui veut être au service de
toute la population, chrétiens et musulmans, a expliqué Mgr Mattar. Elle
est soutenue par tous les partis. Elle reçoit une aide substantielle des
Caritas européennes et nord-américaines, mais 15% de ses ressources financières viennent de la population libanaise.(apic/ecl/ba)