Caritas au Pérou: combattre les causes sociales du choléra (260391)
Lima, 26mars(APIC) 200’000 voire 300’000 peronnes pourraient être atteintes du choléra au Pérou d’ici la fin avril, estiment les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour lutter contre l’épidémie, divers
pays et organisations internationales ont pris des mesures d’urgence. L’approvisionnement en médicaments semble provisoirement garanti, pense Caritas
Suisse, qui relève que le gouvernement péruvien n’a toujours pas maîtrisé
le fléau et se révèle même incapable d’en éliminer les causes, notamment la
pénurie d’eau potable et le réseau de canalisation insuffisant. Caritas
soutient depuis plusieurs années des projets autogérés cherchant à améliorer l’approvisionnement en eau.
Début février, le nombre de personnes atteintes du choléra s’élevait à
500; une semaine plus tard, ce chiffre passait à 8’000. Mi-février, alors
que plus de 362 malades avaient déjà succombé à l’épidémie, le ministère de
la santé péruvien dénombrait 80’000 victimes. Un chiffre estimé trop bas
par rapport à la réalité, et qui a sans doute doublé depuis. On sait que le
fléau s’est déclaré dans la ville portuaire de Chimbote, qu’il s’est ensuite propagé du nord au sud du pays, le long de la côte, gagnant progressivement les hauts plateaux pour atteindre finalement la forêt vierge située à
l’est du pays.
La situation est-elle sous contrôle?
Le gouvernement péruvien prétend maîtriser la situation, ce que les
observateurs sur place sont loin de confirmer. Les experts de l’OMS
estiment pour leur part que le nombre de personnes atteintes de la maladie
pourrait jusqu’à fin avril passer à 200’000 voire 300’000. Par ailleurs,
une contamination des Etats voisins n’est pas exclue puisque quelques cas
isolés ont déjà été décelés au Chili, en Equateur, en Colombie ainsi que
dans le bassin de l’Amazonie au Brésil.
Divers Etats et communautés d’Etats (notamment la CEE), ainsi que des
organisations internationales telles que l’OMS et l’UNICEF, ont immédiatement mis des fonds et des médicaments à la disposition du Pérou. Souvent,
le choléra ne nécessite que des soins élémentaires, au point qu’une solution à base de sucre, de sel et d’eau suffit fréquemment à l’enrayer. Grâce
à cette intervention rapide, les soins médicaux de base semblent être au
moins provisoirement assurés, affirme Caritas.
Les causes sociales du choléra
Il va de soi que les secours d’urgence n’ont pas écarté les véritables
causes de l’épidémie. Les bactéries génératrices de choléra se multiplient
essentiellement dans les intestins humains. Souillée par les excréments,
l’eau est la principale source de contamination. Sans compter qu’elle fait
défaut dans les bidonvilles qui ceinturent Lima et les grandes villes. Et
que des milliers de personnes ne peuvent s’offrir le luxe de la faire bouillir, faute de moyens financiers.
Le système de canalisation est encore plus mal géré puisque la plupart
des eaux sales s’écoulent directement dans les fleuves et la mer, favorisant ainsi la prolifération des bactéries. Submergés de sel et d’engrais,
les estuaires constituent la zone de propagation des agents pathogènes, qui
s’y multiplient et contaminent poissons et fruits de mer. Avec entre autres
conséquences la faillite du système de pêche, faisant déjà plus de 60’000
chômeurs parmi les pêcheurs.
Dans les bidonvilles, les conditions d’hygiène sont des plus mauvaises:
en l’absence de canalisation, les égouts s’écoulent à ciel ouvert. Il
n’existe aucun service de voirie et l’on ne trouve en moyenne qu’un robinet
pour 1’000 habitants.
Améliorer le système de distribution de l’eau potable
Ces différents facteurs soulignent le lien étroit entre l’apparition du
choléra, maladie qui touche principalement les plus démunis, et la situation sociale dramatique du pays. Parmi les mesures indispensables à prendre
à long terme figure notamment l’aménagement d’un système de conduites et de
canalisations.
Les oeuvres d’entraide s’emploient déjà depuis de nombreuses années à
cette tâche. Dans le nord des Andes, Caritas Suisse soutient entre autres
le travail social et pastoral de la paroisse San Luis. A la fin des années
80, les paysans de cette paroisse avaient déjà aménagé 114 km de conduites,
permettant de raccorder 50 hameaux, soit un total de quelque 8’000
habitants. La paroisse poursuit actuellement ses efforts afin que 30 autres
communautés de paysans (près de 5’300 personnes) puissent prochainement
bénéficier du système d’eau potable.
Dans la province de Tarma, 750 familles de paysans se sont lancées, avec
le soutien de Caritas, dans une entreprise similaire. Tout en construisant
bénévolement des conduites, ils forment ce qu’on appelle au Pérou des "comités d’eau". Une telle organisation permet de résoudre nombre de difficultés techniques certes, mais sert aussi et surtout à encourager la solidarité entre les diverses communautés villageoises. (apic/com/pr)