"Le Christ n’était pas un agitateur politique"
Caracas, 16février(APIC) Le séminaire international consacré à la
théologie de la libération et qui réunit pendant trois jours des
spécialistes d’Europe et d’Amérique latine - dont bon nombre de personnes
hostiles à cette conception théologique - a poursuivi ses travaux autour de
deux exposés : l’un du Père dominicain Georges Cottier, sur "liberté et
libération" et l’autre du Père Miguel Antonio Barriola, exégète uruguayen,
sur "amour et conflit".
Le Père Cottier, professeur de philosophie à Fribourg, en Suisse, s’est
dit frappé "par un contraste pathétique chez les théologiens de la libération, entre d’une part, un sens indéniable de la misère des masses et de
l’offense à la vie que constitue cette misère, et, d’autre part, une réflexion sur le mal et le péché, en définitive plate et réductrice", si bien
qu’il estime que "l’amoralisme révolutionnaire n’aboutira jamais à la liberté, faute d’une réflexion sur l’éthique des moyens qui devrait faire
partie de la théologie de la libération".
S’interrogeant sur le fait que ces théologiens parlent davantage de
lutte pour la libération que de conquête de la liberté, il répond:"ce n’est
pas un hasard. La raison en est qu’on a accepté sans critique préalable un
certain nombre de thèses marxistes".
De son côté, le Père Barriola s’est attaché à montrer que la principale
erreur des théologiens de la libération portait sur la personne même du
Christ, telle qu’elle est présentée, par exemple chez Segundo : "pouvonsnous, honnêtement, considérer le Christ comme un conseiller politique des
Pharisiens, se demande- t-il, leur donnant des arguments et leur proposant
une stratégie de lutte contre les Sadducéens collaborationnistes ? "Est-il
possible de découvrir dans la prédication de Jésus les propos d’un
agitateur syndical en train de "conscientiser" les Publicains afin de les
soulever contre les Scribes et les Pharisiens? A-t-il jamais usé de son
influence sur les masses pour les embrigader dans des mouvements
subversifs?
Mais c’est aussi à une "fausse conception du mot pauvre" que le Père
Barrila s’en est pris : "Jésus, a-t-il dit, en annonçant qu’il venait
chercher ce qui était perdu, a pensé d’abord au désarroi spirituel des
pécheurs plus qu’a l’angoisse des opprimés. Le concept "belliqueux"du mot
pauvre est une simplification". Les participants du séminaire ont pu
visionner un film du journaliste français Jacques Bonomo sur la "théologie
de la libération" tourné dans les maquis d’Amérique latine et aux
Philippines ou il a interrogé sur leurs motivations plusieurs prêtres
guerrileros. (apic/bou/be)