Caracas: ouverture d un séminaire
sur la théologie de la libération
Caracas, 16février(APIC) Une centaine de spécialistes venus d’Europe et
d’Amérique du Sud, théologiens, exégètes, sociologues, historiens, participent jusqu’au 17 février à la Villa Monsen Sol à un séminaire international
sur la théologie de la libération organisé sous le patronage de l’Université catholique vénézuélienne du Tachira de San Cristobal, sous les auspices du "Centro de estudios para el desarrollo e integracion de america latina", il a pris pour thème: "de libertatis nuntius à libertatis conscientia". Il s’agit de faire le point sur l’évolution des esprits entre la 1ère
et la 2ème instruction du cardinal Ratzinger sur la théologie de la libération.
Autour des cardinaux José Ali Lebrun, archevêque de Caracas et Alfonso
Lopez Trujillo, archevêque de Medellin et du président du CELAM, Mgr Dario
Castrillon Hoyos se retrouvent plusieurs évêques du Mexique du Pérou, de
Colombie d’Argentine et du Brésil. Parmi les interventions attendues, celles du Père dominicain Georges Cottier, de Fribourg, du professeur Manfred
Spfeker, de l’Université d’Osnabruck, de Mgr Boaventura Kloppenbourg, ofm
et du Père José Illanes.
Des personnalités hostiles à la théologie de la libération
Plusieurs de ces personnalités sont connues pour leur hostilité à la
théologie de la libération et avaient signé la "Déclaration de Los Andes",
souscrite par 24 théologiens, philosophes et spécialistes des sciences sociales réunis en séminaire à Los Andes, dans la zone centrale du Chili du
24 au 28 juillet 1985. Cette déclaration qui avait suscité la réserve manifeste, sinon l’hostilité de la Conférence épiscopale chilienne.
La première matinée a été consacrée à un long exposé du cardinal Alfonso
Lopez Trujillo sur "la théologie de la libération dans la pensée de Jean
Paul II". Celui-ci l’a fait connaître pour la première fois dans son discours de Puebla en 1979: "les évêques d’Amérique latine, a relevé le cardinal, préoccupés par la diffusion de doctrines qui étaient en train de
désintégrer différents groupes, non seulement par des conceptions théologiques erronées mais par des effets pastoraux désastreux, avaient sollicité
cette intervention".
Le danger des idéologies
"L’apport spécifique de l’Eglise et son originalité étaient compromis et
même niés si le message chrétien se laissait asphyxier par des idéologies",
a-t-il ajouté. Mgr Lopez Trujillo a montré par la suite comment toutes les
interventions du pape se sont inscrites dans la continuité, qu’il s’agisse
de son intervention en 1980, devant le Conseil épiscopal latinoamericain à
Rio, de sa lettre et de son discours aux évêques brésiliens en mars 1986,
ou des deux instructions sur la théologie de la libération d’août 1984 et
de mars 1986.
Le cardinal a conclu: "les documents qui portent la marque du magistère
pontifical ont contribué à préciser le sens authentique et évangélique de
conceptions de base qu’on avait arbitrairement élaborées à partir d’une
optique idéologique de classe ". Il a rappelé enfin que les deux documents
du Saint-Siège, comme cela est d’ailleurs précisé dans le second, "ne
pouvaient être lus séparément et ne pouvaient être correctement interprétés
que si on lisait l’un à la lumière de l’autre".
Jean Paul II : la théologie de la libération utile et nécessaire
Dans le débat qui a suivi sur l’apport des cercles linguistiques, les
participants italiens ont insisté sur le fait que ce qui leur paraissait
"plus grave encore que l’utilisation de l’analyse marxiste par les théologiens de la libération, c’était leur lecture rationaliste et matérialiste
de la Bible". Rappelons toutefois que le pape Jean Paul II avait rencontré
du 13 au 15 mars 1986 les évêques brésiliens en visite "ad limina" à Rome
et leur avait déclaré que "purifiée des éléments qui pourraient l’altérer,
avec de graves conséquences pour la foi, cette théologie de la libération
n’est pas seulement orthodoxe, mais nécessaire". Dans une lettre envoyée le
9 avril 1986 aux évêques brésiliens réunis pour leur 24ème Assemblée
générale, Jean Paul II, après plusieurs mises en garde, avait affirmé :"la
théologie de la libération - nous en sommes convaincus, nous et vous - est
non seulement opportune mais utile et nécessaire". (apic/bou/be)