Cannes, 24mai(APIC/Yvan Stern) Le palmarès annoncé par Ettore Scola lundi
soir lors du gala de clôture du festival de Cannes est un compromis dont le
but est de contenter et les producteurs et les critiques. Les premiers sont
heureux de voir apparaître dans ce palmarès la biographie de Charlie Parker
mise en scène par Clint Eastwood (prix du meilleur acteur à Forest Whitaker, prix de la meilleure contribution artistique pour la bande sonore);
les journalistes sont satisfaits de voir primer une dénonciation de
l’apartheid très forte et pleine d’émotion (prix du jury, prix d’interprétation féminine à "Un monde à part", de Chris Menges). A quoi il faut
ajouter "Le Sud" de Fernando Solanas, un superbe film argentin.
Pour concilier tout le monde, le jury a choisi de décerner la récompense
suprême à un outsider, le danois Bille August, qui a mis en scène un classique de la littérature de son pays racontant, sous le titre "Pelle le conquérant", la vie d’un jeune Suédois réfugié au Danemark au siècle dernier.
Prime pour un cinéma engagé
Ce qui ne peut manquer de frapper, à la lecture du palmarès, c’est la
volonté du jury de primer des films engagés. A la liste ci-dessus, il faut
ajouter le prix du jury décerné à Krzysztof Kielowski, de Pologne, qui,
avec "Tu ne tueras point", propose un très dur réquisitoire contre la peine
de mort sous une forme esthétique particulièrement élaborée. Le prix de la
première oeuvre, dénommé caméra d’or, a été attribué à une jeune
réalisatrice indienne qui a filmé la vie d’un enfant se débrouillant seul
dans les rues de Bombay. Interprété avec une grande fraîcheur, ce film met
en cause l’incurie des responsables à tous les niveaux.
Le lauréat du prix de la mise en scène, Fernando Solanas, raconte dans
"Le Sud" les années de la dictature militaire en Argentine telle que la
voit un prisonnier politique qui, lors du rétablissement de la démocratie,
vient d’être libéré, et qui se souvient. "Un monde à part", de l’anglais
Chris Menges, film titullaire de deux prix importants (interprétation
féminine et grand prix du jury), met en cause le régime de l’apartheid en
Afrique du Sud; un film clair, précis, qui se termine par une image
éloquente, un poing levé. La palme d’or, enfin, revient à un film
historique; avec "Pelle le conquérant", Bille August nous parle de réfugiés
au siècle dernier. Mais ce thème reste d’actualité.
Le jury n’a pas retenu certains films qui, par leurs qualités, auraient
pu figurer au palmarès. Des films qui parlent plus classiquement d’amour,
de relations plus ou moins conflictuelles, comme "Trois soeurs" de
Margarethe von Trotta, ou "L’oeuvre au noir" de Delvaux. Il a préféré des
films au message clair qui posent des questions d’actualité. Ce courage est
une bonne surprise de ce 41ème festival de Cannes. (apic/ys/ym)