Mfonta/Cameroun, 8mars(APIC) En 1970, l’Eglise prebytérienne du Cameroun
ouvrait un centre de formation agricole dans la savane herbeuse au nordouest du Cameroun, à Mfonta, ville située à une dizaine de kilomètres du
chef-lieu de la province, Bamenda. Mis en opération par la Mission de Bâle
qui a envoyé des experts agricoles, ce projet, soutenu par Pain pour le
prochain, porte aujourd’hui ses fruits. Depuis deux ans, on n’y utilise
plus de produits chimiques pour le jardin de démonstration: ils ont été
remplacés par des produits naturels.
Cette reconversion a été rendue possible grâce au retour à des anciennes
méthodes que connaissaient déjà les Camerounais pour protéger les plantes
de certains insectes et aussi grâce à l’aide scientifique en matière de
culture biologique que favorisent les agronomes européens.
L’un deux, Berthold Schrimpf, a expliqué comment avec ses collègues camerounais, ils avaient été amenés à prendre cette option écologique. "Au
marché de Bamenda, j’ai été stupéfait de voir le nombre de salades, tomates, djama-djama (sorte d’épinard local) qui portaient encore les traces
bleuâtres des produits chimiques avec lesquels on les avait sulfatés. Les
gros haricots sentaient fort la parathion, une substance qui les protège
des insectes pendant la période de stockage".
"J’ai été encore plus alarmé, poursuit-il, lorsque, dans une ville voisine, je me suis entretenu avec un marchand d’engrais et de produits chimiques. La date limite d’utilisation d’un produit toxique dont il avait encore un large stock était dépassée, et je lui ai demandé ce qu’il comptait en
faire. Il m’a simplement répondu que le représentant du produit l’avait invité à s’en débarasser n’importe ou et que, l’année précédente, il avait
jeté le restant de son stock dans la rivière".
Pesticides interdits en Europe, et pourtant...
Selon Berthold Schrimpf, plusieurs pesticides dangereux, interdits en
Europe, sont encore vendus au Cameroun, notamment. Surtout, relève-t-il,
les vendeurs comme les utilisateurs n’en connaissent pas les méfaits: "les
étiquettes d’origine ont disparu, les doses prescrites ne sont pas respectées, et la vente au détail se fait n’importe comment".
Ces expériences ont amené les responsables du centre de Mfonta à sensibiliser les agriculteurs et les étudiants au bon usage des produits chimiques, et à chercher des alternatives pour les remplacer chaque fois que
faire se peut. Dans ce but, des séminaires sont organisés en collaboration
avec l’Institut africain pour le développement, l’économie et la société
(INADES); ils se réalisent avec des paysans. Ces derniers y partagent les
connaissances qu’ils ont des plantes qui peuvent protéger les cultures de
divers insectes ou maladies.
Nous expérimentons nous-même les propriétés de ces plantes dans les jardins de l’école, explique Berthold Schrimpf, après les avoir cataloguées
avec leurs noms locaux et scientifiques. Ainsi, par exemple, nous avons
découvert la lobellia columnaris, une herbe de deux à trois mètres de haut
qui ne pousse qu’au-dessus de 1600 mètres d’altitude. Après examen, il
s’est avéré que cette herbe, appelée communément le tabac des dieux, agit
très bien contre la plupart des insectes et même contre le ver fil-de-fer.
Il suffit pour cela de la laisser tremper une journée dans l’eau froide et
d’y ajouter un peu de savon et de chaux.
D’autres recherches sont faites à Mfonta dans le domaine de la lutte anti-érosive et de la fertilisation naturelle des sols avec des légumineuses
en azote. L’élevage du gros bétail fait de son côté l’objet de diverses recherches, notamment dans le croisement des zébus locaux avec des races européennes. Enfin, autres mesures, l’introductions de variétés d’herbes
qu’il n’est pas nécessaire de brûler à la fin de la saison sèche pour
qu’elles reverdissent, ce qui appauvrit à chaque fois le sol, est prometteuse. Il faudra cependant quelques années de patience pour mesurer les
avantages et inconvénients des changements. (apic/er/pr)