Burundi: un chemin difficile vers la démocratie (310392)
Bruxelles, 31 mars(APIC) La démocratisation reste particulièrement fragile
au Burundi. Même avec la nouvelle charte nationale et le projet de Constitution approuvé par le peuple par référendum le 9 mars, le Burundi est encore loin d’une démocratie telle que nous la concevons en Europe. Telle est
l’impression majeure que retire une délégation de la Commission "Justice et
Paix" de Belgique, de retour d’un récent séjour en Afrique.
En décembre 1991, de nouveaux combats ont eu lieu entre Tutsis et Hutus,
à proximité de la capitale Bujumbura. Jeanine Wynants, membre de la délégation, observe que le chemin vers la démocratie reste étroit. Le prochain
congrès de l’Union pour le progrès national (UPRONA), ancien parti unique
au pouvoir, qui devra désigner le successeur du président Pierre Buyoya,
marquera une étape importante de ce processus. La question ethnique est au
centre des débats. Le prochain président sera-t-il tutsi ou hutu? L’UPRONA
était au moment de l’indépendance un parti de tutsis et de hutus, mais par
la suite, il est devenu un instrument au service du pouvoir dominant des
tutsis, même si le secrétaire général actuel est un hutu explique Jeanine
Wynants.
Une démocratisation sous contrôle
Le processus de démocratisation n’est pas parti de la base à travers une
conférence nationale, comme au Zaïre, au Bénin ou au Togo, mais d’en haut
c’est-à-dire du président Buyoya lui-même sous la pression de l’opposition
qui s’est manifestée soit au sein de l’UPRONA, soit dans l’armée. Le président a désigné lui-même les membres de la commission chargée d’élaborer une
nouvelle Constitution. La composition de cette commission a cependant paru
équilibrée aux observateurs belges.
Une dizaine de partis d’oppositions sont maintenant reconnus au Burundi,
à l’exception toutefois du "Palipehutu" principal parti hutu, partisan de
l’opposition armée au régime actuel.
Le projet de Constitution demeure ambigu pour bien des Burundais. "On y
trouve de très beaux principes, notamment en ce qui concerne les droits et
les libertés civiques. On prévoit également le multipartisme et des
élections libres", explique la délégation de "Justice et Paix". Mais ces
principes devront être concrétisés par loi. L’opposition n’est pas très
confiante car la loi peut, en invoquant l’intérêt supérieur du pays ou le
respect de l’ordre public, restreindre ces libertés.
Un épiscopat très prudent
Parmi les aspects positifs, Jeanine Wynants relève "une sensibilité accrue aux droits de l’homme", non seulement du côté de l’opposition, mais
aussi du côté des deux ligues pour la défense des droits de l’homme ainsi
que dans les milieux d’Eglise.
L’évêque de Bujumbura, Mgr Simon Ntamwana a d’ailleurs présidé la ligue
burundaise des droits de l’homme. Il est également le fondateur de la Commission Justice et Paix du Burundi. Mais cette commission a connu l’an dernier un passage à vide "parce que Mgr Ntamwana n’a pas été suivi par tous
les évêques et que ceux-ci se sont efforcés de maintenir entre eux la cohésion". "Ils ont donc demandé à Mgr Ntamwana de baisser le ton", note Jeanine Wynants. Lors d’une récente déclaration de la Commission, Mgr Ntamwana
s’est opposé à ce qu’on supprime toute allusion à la torture. Le résultat
fut que la commission a été paralysée et que Mgr Ntamwana a dû démissionner
de la ligue des droits de l’homme.
D’une manière générale, alors que l’Eglise catholique regroupe la moitié
de la population, les évêques restent très prudents face au pouvoir, certains observateurs jugeant même leur loyauté comme excessive. Les évêques
n’ont certes pas oublié que ce fut le major Buyoya qui mit fin à la persécution de l’Eglise organisée par le président précédent Jean Baptiste Bagaza. Un certain nombre de prêtres sont plus critiques face au président
Buyoya, mais il est difficile d’estimer leur influence au Burundi, explique
Jeanine Wynants. On note aussi que pour la première fois, la Conférence
épiscopale compte quatre tutsis et quatre hutus.
L’Eglise pourrait, si elle sait conjuguer regard critique et prudence,
jouer un rôle d’intermédiaire pour faciliter la concertation entre le pouvoir et l’opposition radicale du "Palipehutu". Jusqu’ici, ce dialogue
n’existe pas, puisque le parti hutu reste interdit, mais les Eglises auront
peut-être un rôle historique à jouer comme médiatrices entre les parties en
conflit. (apic/cip/mp)