Une histoire "étonnament répétitive"
Bruxelles, 29février(APIC/CIP) "Quel avenir pour les droits de l’homme au
Burundi ?" : c’est le titre de l’éditorial de la dernière livraison de la
revue "Icabona-le-Témoin", l’organe du Comité de défense des Droits de
l’Homme au Burundi, qui se montre plutôt pessimiste sur les perspectives du
nouveau régime du major Buyoya.
Pierre Buyoya a pris le pouvoir le 3 septembre dernier à Bujumbura,
après avoir renversé le régime du colonel Jean-Baptiste Bagaza, qui s’était
illustré par sa politique répressive à l’égard de l’Eglise, considérée comme un deuxième pouvoir dans le pays. Plus de 200 missionnaires étrangers
avaient dû quitter le pays suite à des expulsions ou au non renouvellement
de leur permis de séjour. Dès la fin 1986, la tension était à son comble
avec la nationalisation des séminaires, la suppression du catéchisme et
l’interdiction de célébrer la messe en semaine "pour ne pas porter tort à
la production".
Dans son éditorial, "Icabona-le-Témoin" rappelle que "c’est un des rôles
de l’Etat de protéger les citoyens; en matière de violations des droits de
l’homme, les changements de gouvernement n’annulent pas la responsabilité
de l’Etat pour les abus commis sous les gouvernements précédents". Aussi ne
suffit-il pas aux nouvelles autorités de dénoncer verbalement les violations commises dans le passé, relève la revue, mais il s’agit également de
rechercher ceux qui en ont été les principaux responsables et de les traduire en justice devant des tribunaux intègres. Et il faut également corriger les systèmes sociaux et les structures qui favorisent les injustices et
les atteintes aux droits des personnes et des groupes. "C’est au prix de
ces mesures tout à fait élémentaires, ajoute l’éditorialiste, que la justice et la paix pourront à nouveau régner dans une nation et que la confiance
des citoyens en ceux qui les gouvernent pourra se rétablir".
Or, que constate-t-on au Burundi ? Pour "Icabona", l’histoire récente du
Burundi semble étonnament répétitive. Ainsi, lorsque le capitaine Micombero
s’empara du pouvoir en 1966, lors d’un coup d’Etat "sans effusion de sang",
la monarchie constitutionnelle fut écartée, et du même coup toute recherche
de responsabilité au sujet des violations commises sous le régime précédent. Pour ne prendre qu’un exemple, il n’y eut pas de recherche ni de
procès des responsables des tueries de 1965 qui fauchèrent les parlementaires et militaires hutus, ainsi que des paysans hutus de la région de Mu ramvya. C’était là, relève "Icabona", la "première grande vague d’un génocide sélectif qui allait continuer jusqu’à son paroxysme de 1972", qui a
fait, selon les sources, de 200’000 à 400’000 morts, et autant de personnes
qui choisirent l’exil.
Dix ans plus tard, lors du renversement du président Micombero, le nouveau régime Bagaza, comme pour s’assurer de ne jamais avoir à juger le régime précédent, organisait l’exil de l’ancien chef de l’Etat..."comme si en
évacuant celui-ci, on espérait évacuer le problème et éviter de faire apparaître dans un procès les responsabilités d’un plus grand nombre et de tout
un appareil de gouvernement", relève l’éditorial d’"Icabona".
Qu’attendre du nouveau régime ?
Certains pensent une nouvelle fois que le nouveau régime va changer les
choses. Même si le nouveau régime du major Buyoya s’est empressé de dénoncer les errements du régime de son prédécesseur, en parlant "d’autoritarisme, de corruption, d’incompétence, de favoritisme, de climat d’insécurité",
"Icabona" estime que les mêmes questions du passé se posent de la même façon aujourd’hui.
Va-t-on rechercher et juger les responsables des violations des droits
de l’homme. Et la revue du Comité de défense des Droits de l’homme au Burundi de conclure pessimiste : "Déjà quelques indices peuvent faire
craindre que non, et en particulier l’attitude des autorités actuelles visà-vis de l’ancien président déchu; on apprend même que le gouvernement burundais tenterait d’organiser lui-même un asile sûr et confortable au
président déchu...Comment croire au rétablissement de la justice et des
droits fondamentaux des personnes dans un Etat ou les ultimes responsables
des pires injustices ne sont pas seulement poursuivis, mais encore font
l’objet dans leur exil à l’étranger des sollicitudes des ambassadeurs du
nouveau régime ?" (apic/bo/be)