Bujumbura, 5septembre(APIC) "Je voudrais être pour vous messager de confiance et de paix à la suite du Christ qui a donné sa paix à ses amis comme
don suprême. Je pense aux épreuves qui ont marqué votre peuple, entraîné
des conflits qui ont déchiré vos communautés et blessés trop de familles".
C’est en ces termes que Jean Paul II s’est adressé aux responsables et à la
population du Burundi, dès son arrivée mercredi après-midi dans la capitale
Bujumbura, sur la côte nord-est du lac Tanganika. Le pape avait auparavant
achevé en Tanzanie la première étape de son 7e périple africain.
A l’aéroport de Bujumbura, un des rares centres urbains de ce petit Etat
africain, le pape a été accueilli par le président Pierre Buyoya, au pouvoir depuis 1987. Dans sa réponse aux souhaits de bienvenue, le pape a aussitôt abordé le problème de la réconciliation nationale, problème ravivé en
1988 dans ce pays où, comme en 1972, les affrontements entre ethnies hutu
et tutsi ont fait des milliers de morts.
"Maintenant, la route de la réconciliation et de la concorde s’est ouverte devant vous. Vous y êtes engagés: hâtez le pas, et que personne
n’hésite à rejoindre le chemin fraternel pour que plus jamais vos collines
ne voient la division et la violence", a insisté Jean Paul II.
Le pape a en outre observé que "pour certains, cela peut paraître insurmontable, car les blessures font encore mal". Mais la pleine réconciliation
"ne consiste pas en l’oubli du passé; il s’agit, au contraire, de le regarder en vérité pour se retrouver et dépasser ensemble ce qui a divisé, et
ainsi constituer une unité nouvelle".
Le pape a ensuite exhorté les "fils et les filles du Burundi" à unir
leurs efforts "pour affermir la santé physique et morale" de leur peuple et
leur a demandé de "travailler avec persévérance au développement" du Burundi.
Le bien commun ne se divise pas
Dans son discours, le pape a traité de la coopération entre les nations
qui "doit devenir la rencontre des peuples avant d’être une collaboration
technique". Faisant allusion à l’inquiétude des pays du Sud en raison de
l’évolution récente des rapports entre les pays de l’Est et de l’Ouest en
Europe, il a indiqué que "la nécessité de conduire une coopération constructive apparaît de plus en plus liée à l’exigence d’un dialogue vrai".
Il a ajouté que "pour que la coopération entre partenaires différents soit
pleinement utile au développement des moins favorisés, il faut, sans remettre en cause leur rôle, dépasser la simple relation d’échanges de produits
et la recherche de profits. Par l’intelligence naturelle des cultures, le
partage des apports scientifiques, la découverte des richesses non monnayables, a-t-il enchaîné, on accédera au sens proprement humain des échanges.
Et devant le dénuement et la maladie, c’est la solidarité et l’amour fraternel qui motiveront une entraide désintéressée".
Comment combattre le sida
En fin de journée, Jean Paul II a enfin rencontré, toujours à la nonciature apostolique, les membres de la Conférence épiscopale burundaise. Il a
abordé une fois encore devant eux le problème du sida, le "grave danger"
auquel est exposé la société burundaise.
Le pape a invité les évêques à "informer, éduquer, en n’acceptant pas
que le problème soit traité au mépris de l’éthique, car alors l’origine du
mal n’est ni compromise, ni combattue". Il a insisté sur "le devoir d’assistance aux personnes atteintes du sida", mais aussi sur "la nécessité d’une
assistance psychologique et spirituelle": "Nous devons écarter fermement,
a-t-il expliqué, toutes les tentations de discrimination qui peuvent se manifester à leur égard". Le pape a aussi rappelé que la gravité de la maladie "tient aussi à ses implications d’ordre anthropologique et moral... Informer sur les risques d’infection et organiser une prévention d’un point
de vue strictement médical, a-t-il averti, cela ne serait pas digne de
l’homme, si on ne l’appelait pas à retrouver les exigences de la maturité
affective et d’une sexualité ordonnée". (apic/cip/jt/pr)