Burundi: le dialogue entre le pouvoir et l’Eglise est rétabli (280888)
Rome, 28août(APIC) Le Burundi est à nouveau le centre de l’attention
après les massacres survenus ces derniers jours qui ont déjà fait plusieurs
milliers de morts. Depuis son indépendance, en juillet 1962, ce petit Etat
placé au coeur de l’Afrique a connu pas mal de difficultés, principalement
depuis 1972, date à laquelle la rivalité entre les deux ethnies Tutsis et
Hutus s’est transformée en une véritable guerre dont on estime aujourd’hui
à 300.000 les victimes. Le début de cette violence devait également coïncider avec une période particulièrement difficile pour l’Eglise catholique,
ainsi que l’évoque dans une interview accordée au journal catholique italien l’"Avenire", Mgr Pietro Sambi, pro-nonce apostolique au Burundi.
Durant cette interview, il est rappelé que la période difficile pour
l’Eglise dans ce pays débute dans les années 70, en effet, et plus particulièrement au moment ou Jean-Baptiste Bagaza s’empare du pouvoir. Suivra
alors une époque ou l’Eglise va être victime d’hostilités et de persécutions. Bon nombre de prêtres, de religieux et de religieuses seront expulsés
ou emprisonnés. Les Eglises et les séminaires se verront contraints de fermer. Le pouvoir allant jusqu’à confisquer les biens de l’Eglise.
Pour Mgr Sambi, les moments les plus difficiles pour l’Eglise vont se
situer en 1985. Après avoir rappelé que 65 à 70 % de la population au Burundi est catholique, il relève que la lutte menée contre l’Eglise par
l’ancien président Bagaza "avait pour objectif final la suppression juridique de l’Eglise et que les motifs pour une telle action étaient fondés sur
des calomnies et des accusations fausses". Bagaza soutenait notamment que
l’Eglise voulait compromettre l’ordre et l’unité du pays, aidée en cela par
l’étranger, disait-il.
Selon Mgr Sambi, l’ancien président s’est heurté aux difficultés lorsqu’il a voulu s’attaquer à l’Eglise, "une institution qui, avec l’évangélisation, a fait beaucoup pour l’ensemble de la population dans le domaine
social, éducatif et sanitaire". Cette lutte contre l’Eglise, souligne Mgr
Sambi, "s’est révélée un acte de suicide ètant donné le grand nombre de
catholique au Burundi, et une majorité de citoyens s’est alors opposée au
président".
"Durant les 10 ans du régime Bagaza, rappelle encore Mgr Sambi, participer à la vie religieuse était devenu un risque pour les fidèles brimés par
la police. Cette dernière n’hésitait pas à recourir aux amendes et aux
sanctions économiques voire rendait difficile la recherche d’un emploi". A
cette époque, poursuit-il, la population faisait jusqu’à 50 kilomètres pour
ne pas manquer la messe dominicale. "Les gens reprenaient l’habitude des
premiers temps de l’évangélisation. Ils partaient le jour avant et dormaient le soir dans une maison proche de la paroisse". Mais une des conséquences de cette situation, dit Mgr Sambi, "a été une redécouverte de la
solidarité et la réaffirmation de la foi".
Cette attitude hostile s’est prolongée jusqu’au 3 septembre 1987, époque
ou Pierre Buyoya a destitué Bagaza pour prendre lui-même le pouvoir. Avec
Buyoya, le dialogue avec l’Eglise pouvait reprendre en même temps que l’ensemble des activités de l’Eglise. (apic/jt/pr)