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    La réconciliation exige la justice

    Burundi: L’Eglise n’est pas prête à aborder le problème ethnique (051193)

    Bruxelles, 5novembre(APIC) "Les responsables de l’Eglise et des congrégations religieuses au Burundi ne semblent pas encore prêts à aborder franchement et ouvertement le problème ethnique". Tel est l’avis du Père Emmanuel Ntakarutimana, assistant du maître général des dominicains pour

    l’Afrique. Mgr Simon Ntamwana, archevêque de Bujumbura, reconnaît de son

    côté que "toute l’Eglise doit aborder le problème et en accepter les conséquences". Les deux hommes, tous les deux hutus, développent la question de

    l’apprentissage de la démocratie au Burundi dans deux interviews publiées

    par la revue missionnaire italienne "AlfaZeta".

    Pour le Père Emmanuel Ntakarutimana, la hiérarchie catholique avait plutôt misé lors de élections de juin dernier, sur le major Pierre Buyoya,

    président sortant, et sur le parti UPRONA (Union pour le progrès national,

    parti de la minorité tutsi au pouvoir). De fait, rappelle le dominicain, le

    leadership au sein de l’Eglise catholique appartient aux tutsi qui ont entre leurs mains les services interdiocésains. La victoire du FRODEBU (Front

    pour la démocratie au Burundi) et avec elle l’arrivée de hutus à des postes

    à responsabilité dans le nouveau gouvernement, a été une surprise pour

    l’Eglise qui a manifesté alors une certaine froideur.

    Pour A. Tosolini, directeur d’"AlfaZeta" et auteur des interviews, ces

    hésitations sont apparues clairement durant les jours tragiques du coup

    d’Etat. Le premier évêque à intervenir publiquement fut Mgr Joseph Nduhirubusa, évêque de Ruyigi, alors en voyage en Europe. Ce dernier demandait

    l’intervention immédiate d’une force internationale pour faire cesser les

    massacres et permettre le retour du gouvernement légitime. Ce n’est que

    cinq jours après le putsch que les responsables des Eglises chrétiennes ont

    lancé un appel commun. Appel qui condamnait le coup d’Etat mais sans mentionner aucunement le nom du président et des ministres assassinés.

    Une prise de position des évêques n’est pas ’le’ remède

    A. Tosolini cite cependant en contrepoint de cette opinion les propos

    tenus par Mgr Simon Ntamwana, archevêque de Bujumbura, en été dernier après

    les élections: "A présent tous peuvent parler et s’exprimer. Nous nous sommes éduqués à écouter l’autre sans forcément nous fâcher. Maintenant nous

    pouvons vivre le temps du dialogue. (...) Nous devons nous engager dans la

    réconciliation des divers groupes ethniques. (...) Respecter l’autre, ne

    pas le considérer comme un ennemi, accepter l’opinion de la majorité... autant de choses nouvelles pour nous qui venons d’une culture à base ethnique. Il faudra élaborer une nouvelle culture nationale qui n’a jamais été

    très présente en nous."

    Aujourd’hui, Mgr Ntamwana, remarque que "l’Eglise n’est pas constituée

    par un seul évêque, ni par les huit évêques du Burundi. L’Eglise c’est toute la famille chrétienne. (...) Une éventuelle prise de position des évêques n’est pas nécessairement ’le’ remède. Il faut que toute l’Eglise aborde ce problème et qu’elle en accepte les conséquences. (...) Il faut que

    tous les fidèles discutent ensemble de ces événements et disent ce qu’ils

    veulent vraiment faire."

    Pour l’avenir, A. Tosoloni fait état d’un certain consensus des missionnaires et du clergé local. Il ne peut y avoir de réconciliation sans justice. Les responsables des violences et des massacres doivent être punis. Cela n’a jamais été fait auparavant, et c’est pourquoi l’esprit de revanche

    et de vengeance a continué à couver sous les cendres avant d’exploser à la

    première occasion.

    "Les responsables de l’Eglise et des congrégations religieuses ne semblent pas encore prêts à aborder ouvertement et franchement le problème

    ethnique", craint pour sa part le Père Ntakarutimana. "L’Eglise a encore

    beaucoup de chemin à parcourir au Burundi", conclut-il. (apic/cip/mp)

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