Burundi : après l’affliction, l’espérance (050189)
Bruxelles, 5janvier(APIC) Le Burundi est-il sur la voie de la réconciliation et de la paix ? C’est en tout cas ce que suggère le Bulletin d’infomation Africaine (BIA), un bimensuel édité par les Pères Blancs, dans une
correspondance publiée dans son numéro du 1er janvier 1989.
Après un bref rappel des tragiques événements qui ont ensanglanté le
pays en août et en septembre derniers, le BIA attribue à l’action courageuse du président Pierre Buyoya - absent au moment des premiers massacres la remise en ordre graduelle de la situation.
Pour le BIA, les récents événements "ont quand même eu une conséquence
surprenante" : un "réveil brutal" qui a ramené les deux ethnies à la réalité et à la conscience qu’une nouvelle explosion raciale serait fatale au
Burundi. D’une part, les Tutsi savent que l’armée, et quel que soit le
nombre des soldats, ne les met pas à l’abri d’une révolte simultanée dans
tout le pays. Quant aux Hutu, ils ont compris qu’une insurrection se solderait par la mort ou l’exil de la majorité d’entre eux. Le major Buyoya, de
son côté, note le BIA, "avait compris, dès le début de sa carrière politique, qu’on ne pouvait plus nier la question ethnique et qu’on devait chercher une solution politique non-violente". Les massacres récents ont prouvé
que les positions des extrémistes des deux bords étaient insoutenables et
renforcé la position du président, "le seul qui puisse offrir aux Burundais
une alternative à la violence. Avec courage, poursuit le BIA, il a permis
d’ouvrir la plaie ethnique - jusque là sujet tabou - pour rendre la guérison possible. Dans ses tournées dans les communes, il en parle ouvertement,
il suscite les questions et la discussion publique".
Trois décisions audacieuses
Le bulletin d’infomation des Pères Blancs fait surtout état de trois
"décision audacieuses" prises par le président Buyoya. La première concerne
le partage du pouvoir politique, avec l’apparition dans son nouveau gouvernement d’un Premier ministre et de onze ministres hutu, tout assez jeunes
(les leaders Hutu de toute une génération ont été tués ou se sont exilés en
1972), ainsi qu’un partage plus juste entre les ethnies des postes de gouverneur de provinces. Reste à voir si la même politique sera poursuivie au
niveau des administrateurs des communes - le niveau qui touche de plus près
la population rurale.
En deuxième lieu, un comité d’unité nationale a été formé. Composé de 24
membres, dont trois évêques (deux catholiques et un anglican), il a commencé son travail avec beaucoup d’application. Le BIA rappelle que le
président a adressé à ce comité un "discours remarquable", lui donnant "la
liberté complète d’affronter le problème ethnique jusqu’en sa racine, de
creuser ses causes historiques et de faire des propositions pour une solution durable".
Enfin, le rapatriement des réfugiés a été rendu possible grâce à un
accord international, par lequel le Burundi s’engage à rendre aux réfugiés
leurs terres et leurs propriétés, à permettre aux étudiants de reprendre
leur place et aux employés leur poste, et - plus important - à renoncer à
des poursuites pour les crimes commis durant les événements. Pour le BIA,
le rapatriement en moins de trois mois d’un groupe important de réfugiés un cas unique en Afrique - constitue la preuve que ceux-ci ont confiance
dans le gouvernement. Un travail énorme de réintégration attend ce dernier,
les ONG et les Eglises. Les évêques ont déjà organisé des équipes de
prêtres pour accueillir les rapatriés et les aider à réaliser une véritable
conversion spirituelle, ajoute le BIA, "la seule qui puisse garantir le
pardon mutuel, la réconciliation et un avenir pacifique".
La dernière chance
Deux groupes sont opposés à la nouvelle ouverture : quelques Tutsi qui
risquent de perdre leur position privilégiée, surtout ceux qui ont détourné
de l’argent sous le régime Bagaza et craignent d’être poursuivis en justice; les Hutu en exil, qui ont toujours prôné l’extermination des Tutsi pour
briser l’oppression. Ces derniers risquent de voir leurs positions et leurs
ressources s’effriter si le gouvernement persévère dans le processus de
partage du pouvoir, estime le BIA. Ils reprochent surtout au président
Buyoya de ne pas aller assez loin, et notamment de n’avoir pas accepté des
Hutu dans l’armée ou de ne pas donner plus de chances aux étudiants Hutu
dans le système d’éducation - les deux champs les plus susceptibles de
discrimination. Ils dénigrent tout effort de réconciliation, y voyant une
ruse destinée à tromper les Hutu de l’intérieur et les médias de l’Europe.
"Mais critiquer et condamner Pierre Buyoya pour n’avoir pas résolu, en
trois mois, un problème qui existe depuis des siècles, serait très injuste,
conclut le BIA. Pour juger son action, il faut se demander : s’il fait ce
qui est possible politiquement; s’il continuera dans les mois et les années
à venir le processus de partage du pouvoir et de plus grande égalité à tous
les niveaux de la vie nationale; si les arrestations arbitraires cesseront
et si les détenus seront relâchés. Certaines personnes craignent même que
le début de changement soit déjà trop rapide pour être accepté et digéré
par la popaultion. Tous - sauf quelques extrémistes - s’accordent à penser
que Pierre Buyoya représente la première, et peut-être la dernière chance
pour le Burundi de se construire un avenir pacifique." (apic/cip/bd)