Burkina Faso: réquisitoire du pape contre la faim au (290190)
Ouagadougou, 29janvier(APIC) Après sa rencontre avec le clergé du Burkina
Faso, Jean Paul II s’est rendu en fin de soirée au siège de la Commission
économique de l’Afrique de l’Ouest où il a prononcé un véritable réquisitoire contre la faim devant les membres des autorités politiques et de
l’Eglise du pays, en présence du Corps diplomatique et des délégations des
organisations internationales et interafricaines.
"Il faut que le monde sache que l’Afrique connaît une profonde pauvreté:
les ressources disponibles sont en déclin, la terre devient stérile sur
d’immenses surfaces, la malnutrition est chronique pour des dizaines de
millions d’êtres humains, la mort emporte trop d’enfants". C’est ce qu’a
déclaré le pape à cette occasion au cours de la commémoration de l’appel
qu’il avait lancé le 10 mai 1980 à Ouagadougou en faveur du Sahel, lors de
son premier voyage au Burkina Faso.
Cet appel, a-t-il relevé, avait suscité de nouveaux élans de solidarité,
et les catholiques allemands en particulier ont permis de créer en 1984 la
"Fondation Jean Paul II pour le Sahel". La Fondation dépend du Conseil pontifical "Cor unum" que préside le cardinal Roger Etchegaray, lui-même présent à cette commémoration. L’organisation aide les victimes de la sécheresse et de la désertification et finance des projets de lutte contre les
causes de ces fléaux. Durant les premiers cinq ans de l’organisation ont
été financés des projets pour un total de plus de 5 millions de francs.
Au cours de cette commémoration, le pape a de nouveau lancé un appel:
"Au nom de la justice, l’évêque de Rome, le successeur de Pierre, adjure
ses frères et soeurs en humanité de ne pas mépriser les affamés de ce continent, de ne pas leur dénier le droit universel à la dignité humaine et à
la sécurité à la vie". Après s’être demandé "comment l’histoire jugerait
une génération qui a tous les moyens de nourrir la population de la planète
et qui refuserait de le faire dans un aveuglement fratricide", Jean Paul II
a expliqué que si on veut aider l’Afrique à surmonter ses handicaps, "un
sursaut de l’opinion est plus nécessaire que jamais". Le pape a encore relevé qu’il ne s’agit pas "de ne voir dans les pays les plus pauvres que des
clients ou des débiteurs plus ou moins solvables". Un développement réel ne
peut être encouragé efficacement qu’à travers des relations confiantes entre partenaires.
Le pape a encore demandé de partager non seulement des marchandises mais
aussi le savoir et la recherche scientifiques; de respecter les traditions
et les richesses de chacun et faciliter l’accès aux responsabilités autonomes de ceux qui ont été conseillés pendant un temps. "C’est ainsi, a-t-il
dit, que le développement peut devenir réellement oeuvre humaine et sociale".
Dernier acte de la soirée, le pape a rencontré les évêques de la Conférence épiscopale du Burkina Faso et du Niger. Dans son discours, le pape
s’est à nouveau exprimé à propos du prochain Synode africain des évêques et
rappelé, au sujet du Sahel, les initiatives des Eglises contre la sécheresse et la désertification: "Un des thèmes de réflexion proposé en vue de la
prochaine Assemblée du Synode est précisément de cerner les fondements
théologiques de notre action pour l’homme. Pour les chrétiens, la recherche
du développement et l’action en faveur de la justice et la paix ne peuvent
être séparés de l’évangélisation. C’est l’homme lui-même qui est le vrai
sujet du développement", a-t-il conclu. (apic/jt/pr)