Burkina Faso: pas de développement sans revalorisation des paysans(180490)
Bruxelles, 18avril(APIC) Il est venu du Burkina Faso pour raconter son
pays. Avec ses sachets de céréales et de fruits secs, histoire de montrer
qu’au Burkina, où il fait sec huit mois par an et où le sol s’épuise à force d’érosion, Jean Outtara a voulu lors d’une conférence donnée récememnt à
Soignies (Belgique) montrer qu’il est possible de faire rimer développement
et environnement. En connaissance de cause: Jean Ouattara, 50 ans, est dans
son pays un des animateurs de l’assistance locale écologique en milieu rural, un organisme partenaire d’Entraide et Fraternité.
En montrant la carte du Burkina Faso, Il a vite fait le tour du problème
de développement: 8 millions d’habitants dans un pays de 274’000 km2, dont
les trois quarts sont en zone saharienne, sans cours d’eau permanent. Après
la saison sèche, le sol reste nu et aride, sans infiltration possible. Impossible de remédier à l’érosion profonde en moins de 10 ans. Le Burkina
Faso est bel et bien menacé par le désert. Les causes? Jean Ouattara ne les
cache pas: "Bien sûr, il y a le soleil et le vent, mais les Africains ont
eux auss leurs responsabilités: la déforestation et le surpâturage".
Au Burkina, la solution aux problèmes de développement passe forcément
par la solution aux problèmes d’environnement. Mais quels remèdes apporter
à la dégradation du sol? "En se rendant sur le terrain, là où vivent les
paysans", répond le conférencier. "Pas question de les réunir dans une école, comme des gosses qui auraient tout à apprendre. Il faut se déplacer,
aller à leur rencontre, sur leur lieu de travail et de soucis, dans leurs
champs, là où ils peuvent faire état de leurs connaissances, de leurs valeurs, de leurs préoccupations. Celui qui va trouver les paysans en croyant
leur apporter son savoir et ne commence pas par les écouter a déjà échoué
dans le développement. Je ne conçois pas de développement sans revaloriser
les paysans".
Le développement passe par la tête
Or, "le développement passe par la tête", ajoute Jean Ouattara, avant de
déballer son matériel d’animateur: une bande dessinée sur toile enroulée
autour d’un bâton. De planche en planche, différentes vues transversales
de ce qui se passe au-dessus et en-dessous du sol. Ici, des arbres, des racines, une épaisse couche d’humus et, plus bas, sous la roche, une belle
nappe d’eau dans laquelle plonge un puits. Là-bas, par contre, la couleur
jaune domine: une épaisse couche de terre aride, complètement érodée, où ne
pousse pas la moindre végétation. En confrontant leurs découvertes devant
ces dessins colorés que Jean Ouattara expose souvent en plein champ, les
paysans qui l’entourent ont vite compris.
Dans un pays où la population est à 80% analphabète et où les jeunes
sont envoûtés par une modernisation qui leur fait tourner le dos aux valeurs traditionnelles, le travail de Jean Ouattara n’est pas facile. Mais
en revalorisant les paysans, il leur permet non seulement de compléter des
connaissances agronomiques, mais aussi de retrouver la sagesse des anciens.
C’est que, bien avant la colonisation française et la contribution des Européens au sous-développement africain, les vieux Burkinabés étaient écoutés quand ils rappelaient les grands tabous.
"Si vous coupez du bois le long des cours d’eau, vous mourrez", disaient-ils. "Si vous tuez des crocodiles ou des tortues, il vous arrivera
malheur", ajoutaient d’autres. Aujourd’hui, il y a de nombreux endroits au
Burkina où l’on a coupé du bois le long des cours d’eau et tué les animaux
qui peuplaient ceux-ci. Résultat: même les cours d’eau sont taris, la déforestation ayant entraîné une érosion du sol et, partant, un remplissage du
lit de plusieurs rivières. Les scientifiques ne peuvent donc que confirmer:
les anciens tabous colportés par la sagesse africaine ont précédé depuis
longtemps les ingénieurs agronomes occidentaux.
Des progrès visibles pour reconquérir l’espace sur le désert
En s’enracinant avant tout dans l’expérience des paysans, les projets
animés par l’Assistance écologique au Burkina Faso réveillent un espoir.
Parmi ces projets, la création de "boulis", petits étangs artificiels créés
pour recueillir l’eau à la saison des pluies afin de multiplier les parcelles de maraîchage et, peu à peu, reconquérir l’espace sur le désert. Cela
prendra du temps, mais chaque année, les progrès sont visibles et de nouveaux "boulis" font leur apparition.
Pendant ce temps, les femmes jouent aussi leur rôle. De plus en plus,
elles s’organisent pour trouver ensemble des solutions aux problèmes liés à
l’environnement: rareté de l’eau potable, recrudescence de maladies infantiles, persitance de la malnutrition, gestion des stocks alimentaires, etc.
"Les femmes, chez nous, sont si importantes et si actives que, dans mon
village de 1’700 habitants, raconte Jean Ouattara, une association de femmes a récemment invité des hommes pour leur faire part de leurs projets
concernant le village. On n’avait jamais vu cela. Les femmes ont un rôle de
premier plan dans le développement".
"Mais il n’y a pas de développement possible sans solidarité. Et les remèdes à la dégradation de l’environnement passent également par la solidarité. Nous n’avons du reste pas d’autre solution", conclut Jean Ouattara.
(apic/cip/pr)