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    Quand l’imagination dénonce la réalité concrète

    Burkina-Faso: 13e festival panafricain du cinéma (050393)

    Ouagadougou, 5mars(APIC) (Alexis Dembelé) La 13e édition du festival panafricain du cinéma, de la télévision et de la vidéo (FESPACO) s’est déroulée du 20 au 27 février à Ouagadougou. Près de 50 longs et courts métrages

    sont entrés en compétition. La qualité d’ensemble a parue en retrait par

    rapport aux deux précédentes éditions. "Guelwar",le dernier film du Sénégalais Sembené Ousmane "Guelwar", qui n’était cependant pas en compétition

    officielle, a pourtant percé la grisaille générale. L’Etalon de Yennega a

    été attribué à l’Ivoirien Gnoan Roger M’Bala pour son film , "Au nom du

    Christ".

    2000 invités pour 1000 lits proposés par les hôteleries de la capitale

    burkinabé Ouagadougou. Il fallait le faire. Et pourtant la fête à été belle

    par l’affluence des cinéphiles des Amériques, d’Europe, d’Asie et de tous

    les coins du continent africain. Elle a été pleine aussi avec ses couleurs,

    sa poussière, ses charmes mêmes. Tout compte fait, l’imagination, est le

    maître mot dominant la 13e édition de FESPACO.

    "Guelwar", projeté en ouverture, a réchauffé le coeur de tous ceux qui

    souhaitent un sort meilleur au continent africain. "Guelwar", chrétien de

    son état, est un baroudeur qui dénonce une certaine Afrique corrompue et

    assistée. Assassiné , son corps disparait de la morgue. Erreur administrative qui fait qu’une puissante famille musulmane enterre selon les rites

    islamiques ce chef catholique. "Il faut déterrer le corps" , revendiquent

    avec détermination ses correligionnaires. "Sacrilège", soutient la famille

    musulmane. La tension monte entre les deux communautés. Les politiques s’en

    mèlent. Mais la tolérance gagne.

    "Au nom du Christ"

    Le jury, composé de onze membres de renommée internationale (dont le romancier Amadou Kourouma, l’historien Ibrahima Baba Kaké, la réalisatrice

    Eulalia Namal) a récompensé le film, "Au nom du Christ", en lui attribuant

    l’Etalon du Yennenga. Thème du film: la prolifération des sectes et l’aberration qu’elles peuvent véhiculer dans une Afrique ballotée entre tradition, modernité et pouvoir. Un peu fou, un peu voleur et terriblement fétichiste, l’acteur principal de ce chef-d’oeuvre frappe l’imagination de ses

    compatriotes. Imposteur pour les uns, prodige pour les autres. En tous cas

    le voilà illuminé pour devenir "Magloire 1er", un authentique "cousin du

    Christ". Il fonde une secte aux moeurs et aux humeurs peu ordinaires. Il

    règne en maître absolu. Puis il pousse ses convictions à l’extrême pour se

    faire crucifier.

    Gnoan Roger Bala, le réalisateur, pose un regard lucide sur une situation grave. Et lorsqu’on lui demande s’il ne craint pas d’être un nouveau

    Salman Rushdie, le nouveau lauréat répond: "Je ne critique personne. Je

    veux mettre chacun devant ses responsabilités: les institutions comme ceux

    qui accourent vers les sectes". Cette Afrique-là mérite d’être portée à

    l’écran. Fragile, mystérieuse, chercheuse d’absolu. D’autant plus que le

    thème du festival de 1993 s’intitulait: "Cinéma et Liberté". Tout un programme.

    De nombreuses distinctions

    Le prix du meilleur acteur est revenu au Zaïrois Joseph Kumbela pour son

    rôle principal dans "Gito, l’ingrat", premier long métrage burundais et

    réalisé par Léonce N’Gabo. Le Mali, pays de Souleymane Cissé, lauréat à

    plusieurs reprises du grand prix, fut aussi de la partie. Il a remporté les

    faveurs de l’Organisation catholique internationale du cinéma (OCIC) pour

    "Yelema" (Changement). Quant à Unicef-femmes, il a préféré "Saikati" du Kenya sous les huées de nombreux journalistes présents à FESPACO. La 13e édition a comporté beaucoup d’autres distinctions (cf encadré), pour une valeur totale de 37 millions de Francs CFA.

    Le 5e congrès de la Fédération des cinéastes africains (FERACI) s’est

    réuni parallèlement dans une atmosphère de tension. Le secrétaire général

    sortant Gaston Kaboré et le trésorier général Emmanuel Sanou - tous deux

    Bukinabés n’avaient cessé de s’invectiver par médias interposés les jours

    précédant la fête du cinéma. Mais tout semble être rentré dans l’ordre. La

    Fédération peut repartir sur de bonnes bases. Et s’atteler à des tâches

    bien urgentes. Ainsi la création d’une fondation FESPACO, la construction

    d’un siège et d’une cinémathèque du cinéma africain évalués à plus de 2

    milliards de francs CFA. Rendez-vous est pris pour 1995. Toujours à Ouagadougou (apic/ad/ba)

    ENCADRE

    Palmarès officiel

    Le jury, présidé par l’écrivain ivoirien, Amadou Kourouma, recommande

    pour les prochaines éditions du festival deux jurys distincts, courts et

    longs métrages.

    Prix spécial du Jury (long métrage): "Les Etrangers" de Djim Kola, Burkina-Faso.

    Prix spécial du Jury (Court Métrage): "L’an...fer" de Amet Diallo, Sénégal

    Etalon du Yennenga: "Au nom du Christ", de Gnoan Roger M’Bala, Côte

    d’Yvoire.

    Prix du meilleur acteur: Joseph kamabela, dans "Gito, l’ingrat", de Ngabo, Burundi

    Prix de la meilleure actrice: M. Marta dans les "Les Yeux bleus de Yonta", de Gomès, Guinée Bissau.

    Prix du meilleur son: attribué à l’ingénieur du son du film "Quartier

    Mozart", du Camérounais Beloko.

    Prix de la meilleure image: attribué à A. Cubano, directeur de la photo

    du film "Sankofa" de H. Gerima, d’Etiophie.

    Prix du meilleur scénario: attribué à Dick pour le film "Contre le gouvernement" de Tayeb, Egypte.

    Prix de la meilleure musique: attribué à Cheick Tidiane Seck dans "Yelema" de Mamo Cissé, Mali

    Prix du meilleur montage: attribué à K. Attia pour "Bezness" de Bouzic,

    Tunisie.

    Prix du meilleur documentaire: "Femmes d’Alger" de Kamal, Algérie.

    Prix Paul Robesson (diaspora) . "Lumumba, mort d’un prophète"", de Raoul

    Peck, Haïti.

    Prix Omarou Ganda (1ère oeuvre): "Gito, l’ingrat" de N’Gabo, Burundi.

    Prix du meilleur court métrage: "Denko", de Mohamed Camara. Guinée.

    (apic/com/ba)

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