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    a suscité des remous et des vives réactions dans les médias

    Bulgarie: un séminaire sur l’intolérance religieuse

    Sofia 18 janvier 1995 (CIP)

    "Les sectes pleurent dans le giron d’un professeur de l’université de

    Syracuse". Tel est le titre d’un article incendiaire publié par un

    hebdomadaire bulgare en pleine campagne médiatique contre un séminaire sur

    l’intolérance religieuse organisé à l’Hôtel Moskva, à Sofia.

    Un séminaire sur l’intolérance religieuse en Bulgarie, organisé les 14- 15

    janvier par le comité bulgare d’Helsinki, a provoqué une nouvelle

    recrudescence de haine religieuse dans la presse bulgare, affirme "Droits

    de l’Homme sans frontières". Dans son édition datée du 16 janvier, précise

    l’organisation, l’hebdomadaire "168 Heures" a pris à partie le professeur

    Theodor Orlin, du collège Utica de l’université de Syracuse (New York) et

    l’a accusé de tenter d’ouvrir les frontières bulgares à l’invasion de

    sectes américaines. La semaine dernière, nombre de journaux bulgares ont

    qualifié l’hôtel, où se devait se tenir ce séminaire, de "nid de sectes".

    Dans un autre article, l’hebdomadaire bulgare indique que, "probablement en

    relation avec le séminaire", l’ambassadeur américain Montgomery a rendu

    visite au premier ministre bulgare, Madame Renata Indjova, et lui a demandé

    de ne plus interdire l’accès de la Bulgarie aux pasteurs et aux

    missionnaires étrangers.

    39 communautés religieuses interdites

    Dans son discours, affirme "Droits de l’Homme sans frontières", le Prof.

    Theodor Orlin a violemment critiqué l’adjonction de l’article 133A à la loi

    sur les personnes et la famille, en février 1994, qualifiant cette mesure

    de coup dur pour la liberté religieuse en Bulgarie. Depuis son application,

    le 21 février 1994, 39 communautés et institutions religieuses ayant

    antérieurement acquis la personnalité juridique n’ont plus été reconnue par

    l’Etat et sont interdites. Constatant l’absence totale de tout fondement à

    une telle restriction, le T. Orliu a plaidé pour que leur soit accordée,

    sans condition et sans délai, l’autorisation de reprendre leurs activités.

    Il a également rappelé que la législation religieuse de la Bulgarie avait

    été condamnée dans le dernier rapport du rapporteur spécial de l’ONU sur la

    liberté religieuse.

    Après le discours du professeur Orlin sur les relations entre l’état et

    l’Eglise, une vive discussion a éclaté entre des représentants de minorités

    religieuses bulgares et M. Christo Mattanov, le directeur du bureau pour

    les affaires religieuses, organe hérité de l’époque communiste. Pendant

    tout le débat, ce dernier a adopté une attitude procédurière. Interrogé sur

    les raisons pour lesquelles il refusait de motiver le retrait de l’agrément

    de l’état à 39 organisations religieuses et leur mise hors-la-loi, il a

    répondu: "Je ne fais qúappliquer la loi et, en vertu de celle-ci, je n’ai

    pas à justifier mes décisions aux requérants. Si vous pensez que la loi est

    mauvaise, vous devez vous adresser au législateur, pas à moi".

    Invectives

    Interviewé par "Droits de l’Homme sans Frontières", M. Theodor Angelov,

    président de l’Union baptise de Bulgarie fondée au début du siècle, a

    déclaré que depuis l’application de l’article 133A, toutes les religions

    non orthodoxes sont la cible de la presse: "Nous sommes accusés de

    distribuer de la drogue aux jeunes, de les pousser au suicide, de désunir

    les familles et d’encourager la désobéissance aux parents. Ces calomnies

    sont notre pain quotidien depuis février 1994 mis nous avons survécu aux

    épreuves de dizaines d’années de communisme et nous survivrons aussi aux

    campagnes d’intolérance de l’ère post- communiste".

    Lors du séminaire, une séance spéciale a été consacrée aux normes

    européennes en matière de liberté religieuse et la tribune a été occupée

    par Borislav Petranov, chercheur à l’université d’Oxford, et M. Alain

    Garay, avocat à la Cour et membre de l’Institut des droits de l’homme au

    Barreau de Paris. Maître Alain Garay a souligné que la Bulgarie, en sa

    qualité de membre du "Club Europe" devait se mettre à niveau en matière de

    protection des droits de l’homme et de la liberté religieuse, notamment en

    respectant ses engagements internationaux.

    Son intervention a soulevé un tollé général sur les bancs bulgares et lui a

    même valu des invectives de la part du doyen de la faculté de droit de

    l’université de Sofia. Une femme hystérique s’est levée en demandant qúon

    l’abatte à la "Kalachikoff". Interviewé par "Droits de l’homme sans

    Frontières", Maître Alain Garay a déclaré qúil écrirait une lettre au

    bâtonnier Pettiti, à Paris, pour attirer son attention sur la caractère

    dangereux des mesures adoptées récemment à Sofia à; l’encontre la liberté

    religieuse.

    Le professeur Gianfranco Rossi, secrétaire général de l’Association

    Internationale pour la Défense de la liberté Religieuse a, quant à lui,

    fait un exposé sur le rôle des Organisations Non Gouvernementales dans la

    sauvegarde de la liberté religieuse. "Quand les états se taisent, les ONG

    doivent parler", a-t-il dit. Il a également invité les ONG à éduquer la

    société civile à la tolérance et à combattre toute forme d’extrémité

    religieux ou philosophique afin de créer un climat de justice et de paix.

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