Bruxelles: rencontre avec le cardinal Godfried Danneels (260990)
Bruxelles, 26septembre(APIC) L’archevêque de Malines-Bruxelles, le cardinal Godfried Danneels a été l’invité, le 25 septembre dernier, de l’Association belge des Journalistes d’Information Religieuse (AJIR). Le cardinal
Danneels a passé en revue quelques questions touchant au thème du synode,
qui rassemblera 250 évêques à Rome du 30 septembre au 28 octobre prochains
pour parler de "la formation des prêtres dans les circonstances actuelles".
A l’approche des synodes antérieurs, notamment des assemblées consacrées
à la famille (1980), au 20e anniversaire de la clôture du Concile Vatican
II (1985), aux laïcs (1987), le cardinal Danneels avait reçu nombre de lettres et de suggestions. Apparemment, constate-t-il aujourd’hui, "le sujet
de cette année ne fait pas mousser", même si l’on s’intéresse réellement
aux prêtres. Il est vrai que le sujet est limité: les travaux porteront sur
la formation des prêtres et n’aborderont pas tous les aspects de leur vie.
De plus, le point final ne sera pas mis à la clôture de l’assemblée, ni même lors de la remise des propositions des évêques au pape. C’est que, de
plus en plus, le Conseil permanent du synode participe à l’élaboration du
document pontifical reprenant les enseignements du Synode. Or, insiste le
cardinal Danneels, "il faut au moins dix ans pour qu’un document post-synodal pénètre dans la vie de l’Eglise".
D’un continent à l’autre
A chaque assemblée synodale, les premiers jours sont consacrés à la présentation des situations respectives variées selon les continents et les
pays. Cette "géographie des problèmes" est très instructive, note le cardinal Danneels, qui prévoit déjà un clivage majeur: en Occident, les Séminaires et Instituts de formation pour candidats au sacerdoce sont, en général,
d’un haut niveau, mais on manque de candidats; dans le Tiers-Monde, les vocations sacerdotales sont nombreuses, mais on manque d’infrastructures adéquates et de bons professeurs.
Bien que le Synode soit consacré à la formation des prêtres, il est impensable que les évêques ne cherchent pas à préciser à nouveau l’identité
et la mission spécifique du prêtre qu’il faut former pour demain. A ce propos, en réponse à la consultation préparatoire au Synode, deux types de réaction ont été exprimés par les épiscopats. Les uns estiment que le prêtre
est trop exclusivement envisagé dans sa relation au Christ; il faudrait,
suggèrent-ils, repenser davantage le ministère ordonné par rapport à ce que
l’Esprit-Saint suscite dans l’Eglise. D’autres, au contraire, craignent que
l’approche du ministère sacerdotal soit trop peu centré sur le Christ, au
risque de gommer le sens du "Tout est grâce" si cher au curé de campagne de
Bernanos, voire de supprimer la marche à la suite du Christ jusqu’à la
croix.
Hommes, chrétiens, prêtres
Le document du travail qui servira de base aux travaux des évêques réunis à Rome, et qui a été élaboré à partir des réponses des épiscopats à la
consultation préparatoire au Synode, insiste sur quatre aspects de la formation sacerdotale: cette formation doit être humaine, intellectuelle, pastorale et spirituelle.
Aux yeux des évêques belges, insiste le cardinal Danneels, la formation
humaine des prêtres est essentielle: "Avant d’être un bon prêtre, on est
d’abord un homme. Or, l’expérience montre que la plupart des échecs interviennent quand la personnalité est humainement peu structurée. La maturité
affective est donc capitale".
Sans vouloir préjuger des souhaits qui seront exprimés à Rome pour la
formation spirituelle et la formation pastorale des prêtres, le cardinal
Danneels espère qu’on ne négligera pas la formation intellectuelle: "Il est
heureux qu’on puisse compter sur des prêtres généreux. Mais ça ne suffit
pas." Non seulement l’archevêque de Malines-Bruxelles réclame une solide
formation théologique pour les prêtres (formation dont bénéficie désormais
un grand nombre de laïcs), mais une réelle ouverture culturelle. "Il n’y a
pas que la générosité, il y a aussi la finesse", note le cardinal Danneels,
en se référant à la culture littéraire et artistique, puis en citant Dostoievsky: "Le monde sera sauvé par la beauté".
Un des points qui retiendra certainement l’attention au Synode est la
formation permanente des prêtres. Beaucoup d’entre eux sont certes convaincus de la nécessité d’une formation continue, mais sur le terrain, observe
le cardinal Danneels, de nombreuses raisons sont invoquées par les prêtres
pour ne pas poursuivre assidûment cette formation.
Et le célibat ?
Des enquêtes récentes, tant parmi les prêtres que parmi les laïcs, montrent qu’une majorité de catholiques - dans plusieurs pays d’Europe occidentale - souhaitent une ouverture du ministère sacerdotal aux hommes mariés, voire même aux femmes, ce qui suppose une levée de l’obligation du
célibat sacerdotale. Sera-t-il question au Synode d’un renouveau des ministères et d’une variété possible de statuts pour le prêtre ? "En principe,
ce n’est pas l’objet du synode, répond le cardinal Danneels. Mais si les
évêques esquivaient ces problèmes, le Synode ne serait évidemment pas crédible". En attendant, l’archevêque de Malines-Bruxelles refuse de "jouer au
prophète" et précise: "Il est vrai que beaucoup sont favorables à l’ordination d’hommes mariés et éprouvés. Mais ceci ne signifie pas un refus du célibat. C’est, au contraire, une invitation à en approfondir la signification."
En même temps, le cardinal Danneels estime que le Synode va beaucoup se
pencher sur la mission spécifique du prêtre, sans se prononcer formellement
sur les diverses manières d’exercer le ministère sacerdotal. "J’appartiens,
dit-il, à l’ordre de saint Pierre et il a toujours été inventif. Je n’aimerais pas qu’on dise au Synode qui est ou n’est pas un véritable prêtre".
L’archevêque de Malines-Bruxelles ne pense pas non plus que le Synode
pourrait opter pour une centralisation plus forte de la théologie ou de la
formation sacerdotale. "Je ne crois pas à une réorganisation centrale. Je
n’ai pas beaucoup de crainte à ce sujet car, après un tour d’horizon, les
évêques ne vont pas se dresser les uns contre les autres".
Catéchisme universel
Les évêques réunis à Rome auront l’occasion, en marge des travaux du
Synode, de reparler du projet révisé de catéchisme universel pour l’Eglise
catholique. Alors que des milliers d’amendements ont été formulés sur ce
texte par les épiscopats des divers continents, un récent communiqué du Vatican fait état d’un large accord des évêques sur le projet, tout en précisant que les divergences d’opinion portent généralement sur le style et le
contenu. Le cardinal Danneels avoue que cette information le laisse perplexe, lui aussi, et ajoute: "On en reparlera certainement à l’occasion du
Synode". (apic/cip/gar)