Bruxelles, 4 mars 1988 (APIC/CIP) La concertation pastorale de Bruxelles, a
traîté de deux questions d’actualité : Comment votre service ou votre secteur d’Eglise accueille-t-il les jeunes dans son travail pastoral ? et
quelles interpellations les jeunes adressent-ils à l’Eglise ?
La réflexion a été amorcée par trois flasches présentés par Jacques
Prémont, engagé dans la pastorale des jeunes. Ces flashes ont montré trois
approches d’un cheminement de foi par des jeunes de milieux très
différents.
Une retraite en école populaire
Une recollection avait été proposée à des jeunes de milieu populaire
fréquentant une école technique et professionnelle. Le moment venu, les
jeunes essaient de faire dérailler le projet. L’un d’eux explique: "on
n’est pas comme on se montre. On essaie de camoufler les conflits qui existent dans la classe."
Que vivaient ces jeunes ? Des réalites familiales dures, une grande peur
de l’avenir, une solitude qui explique leur besoin d’avoir des copains. Il
fallait donc dépasser leur apparente indifférence et leur agressivité. Pour
les écouter et comprendre leurs souffrances comme leurs espérances.
Des confirmes persévérants
Ils ont 14 et 15 ans. Ils font partie d’un groupe dont la première caractéristique est de réunir des jeunes qui ont comme eux reçu leur sacrement de confirmation. Parce qu’ils se sont trouvés au fil des années, ils
veulent poursuivre leur route ensemble. Un jour, deux projets se manifestent: "nous voulons prier. Nous voulons des actions de solidarité".
Pour réussir leur entreprise, les jeunes ont réclamé à leurs côtés la
présence d’un adulte. Tout en voulant garder la responsabilité de leur
groupe. Logique: leur groupe est l’expression de leur bonheur d’être ensemble... et aussi de leur bonheur d’être chrétiens. Il faudra donc les aider à ne pas se replier sur eux-mêmes, sans craindre de leur présenter des
exigences fortes pour ce qui regarde l’essentiel.
Une retraite sociale dans une école chic
Ils sont plutôt bon chic bon genre. Des jeunes qui ignorent totalement
que la pauvreté existe, même en Belgique. Inutile de leur en parler. A
moins qu’ils puissent toucher la réalite concrète, voir des personnes qui
la vivent de tout près.
Beaucoup de jeunes restent ainsi imperméables à ce qu’ils ne voient pas
de leurs yeux. La culture générale qui les enveloppe les rend incapables,
dirait-on, de pouvoir penser les choses du monde tel qu’il est aujourd’hui.
Il faudra donc, comme cela a été fait pour ces élèves d’une école chic,
leur fournir de quoi penser à partir de ce qu’ils vivent. Et leur montrer
des pistes possibles pour passer à l’action.
Passerelles indispensables
Les trois flashes qui précédent ont permis aux délégués présents à la
concertation pastorale de situer leur propre action en relation avec un
monde des jeunes très diversifié. Première constatation relevée au cours de
la rencontre: bien que l’on affirme souvent que la paroisse n’attire plus
les jeunes, leur présence est encore visible au sein de plusieurs communautés paroissiales, notamment par les mouvements de jeunesse. Il est vrai
que cette présence est moins évidente dans les quartiers populaires de la
capitale.
Les participants à la rencontre ont aussi apprécié le mouvement de la
catéchèse paroissiale, qui a donné lieu à d’authentiques prolongements
après les célébrations de profession de foi et de confirmation. Un phénomène à relever est celui de la catéchèse assumée par des jeunes de 15 à 20
ans: ce qu’ils ont eux-mêmes vécu dans la catéchèse paroissiale, voici
qu’ils l’offrent à présent à ceux qui les suivent. C’est aussi pour eux une
extraordinaire école de formation et d’expression de leur propre foi. Il
suffit de penser à la variété des rencontres qui les préparent à l’animation des retraites, de carrefours, d’expressions en groupe, de jeux, de
veillées...
Et les parents? Les rencontres des responsables de la catéchèse avec les
parents des enfants "catéchisés" révèlent qu’il est urgent de jeter des
ponts: entre la catéchèse, le catéchuménat des adultes, l’enseignement, le
service des célébrations et des sacrements, la pastorale du couple et de la
famille, et même la pastorale du troisième âge, en raison du rôle des
grands parents dans la culture religieuse des jeunes.
C’est, du reste, une première conclusion à tirer de la réunion: concertation et passerelles sont indispensables pour réussir une "nouvelle
évangélisation" dans un monde éclaté. Une deuxième conclusion a été tirée:
plus on prendra les jeunes au sérieux, plus on leur confiera des responsabilités vraies, plus ils se sentiront "dans le coup" au sein de l’Eglise.
La troisième conclusion va de pair avec la précédente. Il semble urgent,
aux yeux des divers délégués de l’Eglise, de recréer au sein des communautés chrétiennes tout un tissu de relations humaines. Sans cela, les jeunes ne pourront trouver la chaleur, l’amitié, l’écoute et le soutien dont
ils ont un immense besoin. En même temps, les "adultes" devront veiller à
ce que les jeunes ne s’enferment pas dans leurs "bulles" ou leurs cocons,
qui risquent de leur faire perdre le contact avec l’ensemble de la communauté, et avec la vie et les difficultés quotidiennes. (apic/cip/bd)