le Père José Aldunate analyse l’avenir du Chili
Bruxelles, 22avril(APIC/CIP) Au terme du référendum qui marquera la fin
de cette année au Chili, Pinochet succédera-t-il à Pinochet ? Pour le Père
José Aldunate Lyon, jésuite chilien de 70 ans, la réponse n’est pas si évidente. Il s’en est expliqué devant la presse, lors de son passage à Bruxelles, ou il a reçu le 19 avril le prix "ONG 2001", décerné pour la première
fois par une centaine d’organisations non gouvernementales européennes pour
le développement.
En face d’un candidat civil à la présidence, qui aurait la faveur des
militaires, les chances du général Pinochet de l’emporter en décembre prochain sont plutot minces, estime le Père Aldunate. Car Pinochet est un personnage "très conflictuel". Mais qu’on ne se fasse pas d’illusions : "La
volonté de Pinochet est très claire. Il fait campagne depuis plus d’un an
pour rester au pouvoir qu’il occupe depuis bientôt quinze ans. Sans parler
de la propagande officielle permanente en faveur de ce gouvernement de dictature."
Même si un candidat civil à la présidence du pays avait l’aval du Parti
National dans son ensemble, la sympathie de la démocratie chrétienne et
l’appui des Etats-Unis, il aurait beau pouvoir l’emporter théoriquement :
Pinochet refuserait qu’il se présente, juge le Père Aldunate.
Oui ou non à Pinochet ?
Le projet d’un "plébiscite" à la fin de cette année fait l’objet d’une
très longue controverse dans le pays. Les critiques sur le référendum se
multiplient depuis des mois et la hiérarchie de l’Eglise a ajouté sa voix à
ce concert pour la démocratie. Mais, malgré les appels à l’abstention, le
peuple viendra sans doute voter en masse. Il est clair que si le scrutin
devait se dérouler dans un climat de violences et d’attentats, même si le
gouvernement était tactiquement provoqué sur ce terrain par l’extrême-gauche , l’Eglise aurait tôt fait de déclarer le plébiscite illégitime. Mais
les pronostics du Père Aldunate ne vont pas dans cette direction : "le gouvernement s’arrangera pour que le scrutin se déroule dans des conditions
normales. Et on votera en masse. Toute la question est de savoir pour quoi
on votera."
"Si c’est le oui à Pinochet qui l’emporte, dit le Père Aldunate, la situation du Chili sera très difficile. Il faut craindre un regain de violence. Et il faudra subir Pinochet et sa junte 8 ans de plus. "Mais si c’est
le non à Pinochet qui l’emporte, il est probable que l’opposition va s’appuyer sur ce refus massif pour exiger un changement de la constitution,
puis de nouvelles élections législatives et finalement présidentielles.
Dans cette seconde hypothèse, Pinochet n’en aurait plus que pour un an au
pouvoir. On ne voit pas comment, ensuite, un futur président du Chili refuserait un renouvellement total du Parlement. De toute façon, assure le Père
Aldunate, il y aura lutte pour le changement."
Un vote résigné
Quelle que soit l’issue du référendum présidentiel de décembre, le Père
Aldunate n’est pas prêt à y voir autre chose que l’expression d’un "vote
résigné". Rappelez-vous le dictateur Franco, en Espagne, dit-il. De son vivant, il était toujours largement plébiscité. Aujourd’hui, son parti fait à
peine 5 o/o des voix." Autrement dit, même si des élections se déroulent
dans des conditions normales sur le plan de la légalité, "après quinze ans
de dictature, il n’y a plus de normalité", relève-t-il, car que signifie la
dictature, sinon tout un ensemble de pressions morales et physiques, de
peurs, de frustrations concrètes, de formes tenaces de désespérance ?
La valeur d’un prix
C’est pour récompenser son engagement personnel en faveur des droits de
l’homme au Chili, et spécialement à travers le mouvement non-violent "Sébastian Acevedo", qui lutte contre la torture, que le Père José Aldunate Lyon
a reçu le prix "ONG 2001". Il reste néanmoins réservé dans son enthousiasme
à l’égard du soutien européen donné par un tel prix : car dans le même moment, fait-il remarquer, les gouvernements européns fournissent en armes le
gouvernement de Pinochet et défendent des politiques économiques qui vont à
l’encontre de la majorité de la population chilienne.
C’est la même absurdité qui se produit, affirme-t-il, lorsque le Fonds
Monétaire International (FMI) juge que la situation chilienne s’améliore,
"alors que notre niveau de vie n’a jamais été aussi bas depuis plusieurs
années, que la plupart de mes concitoyens deviennent des assistés, que le
salaire minimum légal est tout juste de 40 dollars par mois, et même de
moitié inférieur pour le chômeurs mis au travail. Le comble : le Chili,
hier encore gros fournisseur de matières premières, est en train aujourd’hui de devenir un gros importateur de ces mêmes biens. Est-ce étonnant si le Chili est devenu le plus endetté du monde par tête d’habitant.
Mais le Père Aldunate a une bonne raison d’être venu chercher le prix
"ONG 2001" : c’est l’Eglise, avant tout, qui va en être honorée. Beaucoup
des forces vives de l’Eglise, en effet, depuis le Vicariat de la solidarité
à Santiago jusqu’au mouvement "Sébastian Acevedo", sont engagées profondément dans la défense des droits de l’homme. Quand on sait qu’il y a neuf
mois, le ministre de l’Intérieur affirmait publiquement que le premier obstacle au régime, c’était l’Eglise..." (apic/bo/be)