L’Europe assurera-t-elle leur survie?"
Bruxelles 19mars(APIC) Les chrétiens du sud-est de la Turquie réfugiés
dans divers pays occidentaux se sont donné rendez-vous à Bruxelles les 16
et 17 mars pour préparer un rapport destiné aux instances européennes et
porteur d’une question poignante: "L’Europe assurera-t-elle notre survie?".
En 15 ans, quelque 100’000 chrétiens ont, en effet, dû fuir le sud-est de
la Turquie, où leurs racines remontent aux premiers temps de l’Eglise, à
une époque où la Turquie n’existait pas. Après le génocide de 1915 et demultiples persécutions, il ne sont plus aujourd’hui que 300’000 chrétiens
sur leur terre natale, alors qu’au début de ce siècle ils étaient un demi
million.
Qu’ils soient Araméens, Chaldéens, Assyriens, Syriaques,... les chrétiens du sud-est de la Turquie ont généralement trouvé des conditions d’accueil satisfaisantes dans les différents pays d’Europe où ils ont cherché
refuge au cours des dernières années. On dénombre en Belgique quelque
300’000 familles chaldéennes, plus de 500 familles syriaques, une demi-douzaine de familles syro-catholiques et 3’500 ressortissants arméniens d’obédience catholique, protestante ou "apostolique". En dépit des lenteurs
administratives, tous les nouveaux arrivés obtiennent normalement le statut
de réfugié. Au bout de trois ans, ils peuvent devenir Belges par naturalisation. Mais est-ce vraiment leur rêve?
Lors du colloque, une vingtaine d’experts venus de divers pays européens
ont brossé un inventaire catastrophique de la situation de ces minorités
qui appartiennent à diverses églises chrétiennes de langue araméenne ou syriaque. Chassés de leurs pays, ils ont le sentiment d’avoir, en plus, été
trahis par les chrétiens d’Europe. Selon les organisateurs du colloque,
"les nations occidentales, soucieuses de démanteler l’empire ottoman, ont
concouru à l’extermination de ces peuples en traçant des frontières arbitraires au travers des régions où ils vivaient depuis des milliers d’années".
Le drame de l’exil
Le drame de ces chrétiens n’est pas d’être mal accueillis à l’étranger,
mais plutôt le fait de devoir quitter son "chez soi" pour subsister! Et
pourtant, sur le papier au moins, les moyens de protection existent pour
ceux qui sont restés au pays, sans pour autant être appliqués. En dépit du
traité de paix signé en 1923, la Turquie ne respecte pas la clause concernant la protection des populations non musulmanes. Mais comme les participants au colloque l’ont souligné, aucune des autres puissances signataires
n’est intervenue pour l’y contraindre. Elle n’applique pas non plus la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, qu’elle a pourtant signée en 1950. Le récent colloque a montré
que "les conditions d’oppression sociale, politique et militaire dans lesquelles vivent les minorités en Turquie ne permettent pas à ces populations
d’user de leur droit de recours auprès de la Commission européenne des
droits de l’homme (CEDH) à Strasbourg. De plus, comme l’a souligné le professeur Joseph Yacoub, de l’Institut Catholique de Lyon, la politique de
"turkisation" se poursuit. Les chrétiens sont obligés de suivre l’instruction religieuse musulmane, ils n’ont pas le droit d’ouvrir des écoles ni de
créer des institutions sociales ou sanitaires, ni de construire de nouvelles églises.
Appel à l’Europe
Le seul espoir semble résider dans l’application des mesures déjà
existantes, ont constaté les participants au colloque. A l’heure où la Turquie frappe à la porte de la CEE, ils espèrent que les instances européennes pourront exercer une pression efficace afin que soient appliquées les
dispositions juridiques qui ont jusqu’ici été régulièrement violées. Ils
ont aussi voulu attirer l’attention sur le bénéfice que les pays "d’accueil" pourront tirer des "valeurs morales, sociales et culturelles de ces
peuples et de ces Eglises qui peuvent vraiment apporter un ’plus’ aux différents pays de la Communauté où ils ont ’planté leur tente’".(apic/cipecl)