Bruxelles, 4février(APIC) 2500 fidèles se sont rassemblés vendredi 2
février dans la cathédrale Saint-Michel à Bruxelles pour rendre hommage au
Frère Mutien-Marie, Frère des Ecoles Chrétiennes canonisé le 10 décembre
dernier, un anti-héros, comme le présentait alors le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles. L’eucharistie a réuni autour de Mgr
Danneels tous les évêques de Belgique, le Prince Albert et la Princesse
Paola, le Premier ministre, les autorités ecclésiastiques, civiles et militaires, des responsables de l’enseignement catholique et des délégations
des écoles où travaillent les 420 Frères des Ecoles Chrétiennes des deux
provinces belges de l’Institut.
C’est le modèle d’éducateur chrétien que fut Frère Mutien-Marie qui a
été mis en valeur lors de la liturgie de la Parole. Cosntatant dans son homélie que devant la simplicité et la profondeur d’une telle vie, le silence
"serait le plus bel éloge de Mutien et l’hommage le plus éloquent", le cardinal Dannneels a insisté sur le message de ce saint, "car comme Jean-Baptiste, le messager pauvre s’efface derrière le message et les valeurs dont
il a vécu".
Un message qui s’oppose à l’esprit du monde
Le cardinal a présenté les valeurs derrière lesquelles s’est caché Mutien-Marie : "Des valeurs du monde à l’envers, des contre-courants dans le
torrent de l’histoire du monde". C’est d’abord la recherche non de la
compagnie des hommes, du prestige et de l’ambition, mais de l’austérité et
du désert de la vie cachée. Et, "plus dérangeant et plus déconcertant" aux
yeux du cardinal, l’échec par lequel Frère Mutien-Marie commence sa vie
d’enseignant, le fait qu’il accepte la pauvreté de ses talents, son
incompétence même : "Il lui manque, dit-il, à peu près tout de ce que nous
jugeons indispensable pour être utile à la société... Frère Mutien-Marie
n’a pu donner à ses élèves que l’humble amour de son service quotidien. Il
les a peu instruits, il les a beaucoup aimés. Autre valeur ou contre-valeur
pour notre temps : l’amour, qui peut tout".
Le sens de la prière et de l’obéissance
Mais il y a plus chez Mutien-Marie : son attachement à la prière et à la
contemplation, à ce qui apparaît aux yeux de beaucoup aujourd’hui comme le
moins productif et efficace, voire une perte de temps. Il y a son sens de
l’obéissance : loin des chicaneries et utilités qui, dans la règle à laquelle est soumis le religieux, peuvent entraver son épanouissement, il
trouve sa joie dans l’écoute de Dieu, conscient que l’obéissance n’a de
sens que si elle est subordonnée à l’amour. "Il ressent dans toutes les fibres de son âme, a ajouté le cardinal, que la fonction de la loi est d’être
un pédagogue invitant à l’amour, et que sacrifier sa volonté rend libre".
On ne garde de Mutien-Marie que peu de paroles et d’écrits, autre condition du succès et du prestige, surtout à une époque caractérisée par l’inflation de la parole, l’agitation et l’activisme. Mais beaucoup de gens
simples l’ont compris, qui vont par milliers le prier à Malonne. Effacement, humilité, silence, prière, amour, soumission expliquent aussi une dévotion mariale qui ne doit rien à l’habitude et à la tradition.
Encombrant et démotivant, un tel anti-héros avec ses contre-valeurs ?
s’est demandé Mgr Danneels. "J’ignore ce que Mutien-Marie répondrait à cela, mais je peux le supposer. Il dirait d’abord : excusez-moi, mais Dieu
m’a fait comme ça. Je n’y peux rien si je suis un peu contrariant. Ou peutêtre ne dirait-il rien et nous laisserait-il avec cette parole : "Recherchez d’abord le Royaume de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît."
Le cardinal a conclu en invitant chacun à regarder Dieu avec les yeux de
saint Mutien-Marie. Dieu avec ses préférences, auquel le Christ rendait
grâce d’avoir révélé toutes ces choses aux humbles et aux pauvres.
(apic/cip/cor)