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    le point sur la situation en Afrique du Sud

    Bruxelles : Entraide et Fraternité fait (050688)

    Bruxelles, 5juin(APIC/CIP) On s’attend en Afrique du Sud à une prolongation, le 10 juin, de l’état d’urgence décrété deux ans auparavant par le

    président Pieter Botha. Ce qui ne peut signifier qu’un renforcement de la

    répression, l’étouffement maximal de l’information et une aggravation des

    conditions de vie pour la grande majorité des Noirs. Telle est l’impression

    majeure qu’Entraide et Fraternité retire des dernières informations reçues

    sur ce pays.

    Ce qui frappe d’abord les responsables d’Entraide et Fraternité, en tant

    qu’organisateurs des campagnes annuelles du Carême de Partage, c’est l’état

    lamentable du logement pour la majorité noire en Afrique du Sud. D’abord, 5

    millions de Noirs - soit un Sud-Africain sur six - n’ont pas logement. Et

    l’on a avancé, jusque dans le Parlement de Pretoria, les chiffres de

    1.300.000 squatters pour le pays, dont 850.000 dans le Transvaal. Les

    squatters, occupants illégaux de terrains vagues, en font des camps de baraquements, qui deviennent les derniers des bidonvilles. Généralement, la

    famille nombreuse y est entassée dnas une seule pièce, qui sert pour tout.

    Pas d’électricité, pas de toilettes, manque d’eau. La nuit, le viol et le

    vol ne sont pas rares dans ces camps de la misère. Et comme il y a un manque d’emplois, les enfants souffrent de la faim, sont davantage victimes de

    maladies et se promènent quelquefois avec des plaies qui ne guérissent pas.

    Cette situation se vérifie presque partout. A Soweto, la grande banlieue

    noire au sud-ouest de Johannesburg, il manque 40.000 logements et, dans les

    logements rudimentaires, on s’entasse en moyenne à 13 personnes. A Tokoza,

    près d’Alberton, un barraquement héberge quelquefois une vingtaine de personnes. On pourrait penser que le nouveau bidonville de Khayelitsha, à 20

    km du Cap, est mieux conçu : les petites maisons ont souvent deux pièces.

    En fait, les constructions plus anciennes de la région prévoyaient cinq

    pièces par famille noire. Aujourd’hui, les habitants de Khayelistsha ont

    tiré la leçon des nouveautés du régime : "Nouvelles maisons, vieille histoire", clame la dernière brochure d’un comité local de défense des plus

    pauvres. A Durban, la ville qui se développe le plus au monde après Mexico,

    l’organisation oecuménique Diakonia, partenaire d’Entraide et Fraternité, a

    lancé le 1er mai toute une campagne en faveur du logement présidée par Mgr

    Hurley, l’évêque du lieu.

    L’apartheid jusque dans la répression

    Si l’état d’urgence est prolongé en Afrique du Sud le 10 juin, il y aura

    par le fait même maintien du cadre politique dans lequel ont été prises des

    mesures nouvelles de répression contre la majorité noire. En deux ans, plus

    de deux mille personnes (dont deux cent enfants) ont été arrêtés uniquement

    en vertu de l’état d’urgence. En mars dernier, 17 organisations, dont les

    membres militent pour les Droits de l’Homme à différents niveaux, ont vu

    leurs activités sérieusement restreintes par une nouvelle mesure

    gouvernementale. Quant à l’information, le gouvernement multiplie ses

    mesures pour qu’elle circule le moins possible.

    En mars dernier, l’hebdomadaire "New Nation", créé par la Conférence

    épiscopale d’Afrique Australe, tiré à 60.000 exemplaires et lu par 10 à 15

    fois plus de lecteurs noirs que de blancs, a été suspendu pour trois mois.

    L’épiscopat ne s’attend pas à une levée de cette interdiction en juin, au

    contraire. Ce journal n’est pas le seul visé : même le "Weekly Mail", nettement moins militant et moins populaire, vient de recevoir des menaces ultimes de la part du gouvernement. En Namibie, les Noirs ne sont pas mieux

    lotis : la parution de "The Namibian" dépend du bon vouloir de l’administrateur général du pays mis en place par le gouvernement sud-africain.

    Pourtant, malgré la répression, des voix se font entendre et des initiatives continuent de surgir. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle

    Entraide et Fraternité compte plus que jamais sur la solidarité des

    chrétiens avec les Noirs opprimés.

    Il est vrai que le système discriminatoire de l’apartheid sévit jusque

    dans la répression. Mieux vaut être un Blanc qu’un Noir quand on prend la

    parole en public pour protester contre telle ou telle situation, et mieux

    vaut ne pas dire son nom si on est noir : la liberté et la sécurité personnelles sinon familiales sont souvent à ce prix. Mais la répression a aussi

    pour effet paradoxal de stimuler le courage, tant chez les Noirs que chez

    les Blancs qui en ont assez de l’apartheid. Ainsi la COSATU, importante

    confédération de syndicats, dont les activités ont été restreintes, multiplie les initiatives pour créer de nouveaux espaces de défense des victimes

    de l’apartheid.

    Après Botha, la junte fasciste ?

    A la télévision sud-africaine, la question des sanctions économiques

    prises par les Occidentaux contre le régime de Pretoria est d’ailleurs

    régulièrement remise sur le tapis. Sur place, il se confirme qu’une grande

    majorité de Noirs est favorable à la poursuite de ces sanctions : qu’ontils à perdre ? Mais parmi les hommes d’affaires blancs, les opinions sont

    plus divisées qu’on ne le pense. On a même vu la société Shell diffuser,

    dans certains journaux, une publicité laissant entendre qu’on étouffe pas

    impunément tout un peuple. A l’opposé, on voit l’extrême-droite gagner de

    plus en plus de points dans l’opinion africaner. Dès lors, pourrait-on assister demain à un remplacement du gouvernement Botha par une junte plus

    radicalement fasciste ? C’est une des craintes qu’Entraide et Fraternité

    perçoit de plus en plus dans les documents qui lui parviennent d’Afrique du

    Sud. (apic/cip/bd)

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