Bruxelles: colloque international sur la mémoire d’Auschwitz (151090)
Bruxelles, 15octobre(APIC) Le colloque international pour cultiver la mémoire d’Auschwitz et particulièrement de la "Shoa" a rassemblé à Bruxelles
les 13 et 14 octobre 250 participants. But de ce rassemblement: approfondir
"l’occultation" ou la "mutilation" de la mémoire juive dans les consciences
contemporaines. La question du carmel sur le site du camp d’extermination a
resurgi dans de nombreuses interventions. Cependant les organisateurs n’ont
pu obtenir le concours de représentants autorisés ni de la communauté religieuse juive ni de l’Eglise catholique. En déclinant l’invitation, beaucoup
de responsables juifs et chrétiens ont voulu éviter de relancer la controverse violente qu’avait suscité un temps le refus des carmélites polonaises
d’honorer l’accord signé entre l’Eglise catholique et la communauté juive.
Plusieurs mois avant la tenue du colloque, ses organisateurs avaient annoncé la couleur: "pourquoi des chrétiens sur le lieu de la ’Shoa’? L’Eglise s’est engagée à faire évacuer le carmel d’Auschwitz: comment honore-telle sa parole? L’antijudaïsme chrétien subsite-t-il malgré Vatican II?"
Pour traiter de ces questions, les organisateurs avaient souhaité la présence de personnalités reconnues de religion juive.
Un colloque controversé
Ce souhait n’a pas pu se réaliser. En effet, ni le professeur Schneck,
président du Consistoire central israélite de Belgique, ni Lazard Peres,
successeur du Dr Wyban à la tête du Comité de coordination des oeuvres juives de Belgique n’ont accepté de s’exprimer à la tribune du colloque. Quant
à l’avocat Théo Klein, ancien président du Conseil représentatif des Institutions juives de France et signataire de l’accord de Genève au sujet du
carmel, il avait été annoncé parmi les orateurs, mais il a finalement décliné l’invitation.
A la veille du colloque, Louis David expliquait dans "Belgish Israelitisch Weekblad", seul hebdomadaire juif de Belgique, pourquoi il jugeait ce
colloque "inopportun", tout en rappelant l’exigence juive du transfert du
carmel afin qu’à Auschwitz la mémoire de la "Shoa" se poursuive "dans la
tranquillité, le silence, la sérénité et le recueillement". "Ce qui importe
à beaucoup, précisait Louis David, n’est pas tellement de voir le carmel
être déplacé, mais plutôt de faire un mauvais coup à l’Eglise catholique".
C’est la raison pour laquelle, selon le rédacteur en chef de cet hebdomadaire, le président du Consistoire israélite et les rabbins de Belgique ont
tous refusé de siéger au colloque.
"Nous sommes contre le colloque , ajoutait Louis David, parce qu’il ne
fera pas faire un pas de plus pour résoudre le problème du transfert du
carmel. Les travaux du Centre de rencontre sont bien avancés. Nous en avons
encore eu confirmation officielle la semaine dernière. Certes, un problème
financier inattendu s’est présenté. le coût du Centre de rencontre avait
été calculé au cours de la monnaie polonaise du temps du régime communiste.
Depuis, la valeur du zloty a pratiquement décuplé. Notre informateur nous a
toutefois assuré que la réalisation du projet n’était pas menacée". Et
Louis David de proposer à ses lecteurs juifs "de ne pas céder au réveil de
l’animosité: nous, juifs, nous avons déjà montré tant de patience que nous
pouvons bien attendre quelques mois".
Lors de la réunion de Bruxelles , des psychiatres et des psychanalystes
ont été invités à explorer la douleur du deuil, l’aiguillon de la mort, la
difficulté de la mémoire lorsque sa retransmission est obscurcie ou mutilée
par d’autres, sans oublier l’identité juive elle-même.
Si plus d’un million de juifs ont péri dans le camp d’extermination
d’Auschwitz, la connaissance du chiffre exact des victimes ne consolera pas
davantage les survivants, explique le professeur Yehuda Bauer (Jérusalem),
qui rappelle qu’il y eut aussi des victimes chrétiennes, polonaises et tziganes. "Il est vital de cultiver la mémoire, mais plus vital encore de rechercher les moyens de parer à de nouvelles exterminations", insiste-t-il.
Des orateurs très critiques
Quelques orateurs du colloque ont spécialement centré leur attention sur
la présence "inadmissible" du carmel sur le site du camp d’extermination
d’Auschwitz, alors que son transfert, décidé en février 1987 à Genève au
terme d’un accord signé par les représentants chrétiens et juifs, se fait
toujours attendre.
"Jean-Paul II va-t-il christianiser la ’Shoa’?. Le carmel d’Auschwitz
peut-il avoir un autre sens pour les juifs qu’un sens pervers?", ont demandé certains. Sergio Minerbi, de Jérusalem, a même reproché à l’Eglise catholique d’avoir voulu canoniser Maximilien Kolbe et Edith Stein, après
avoir fait passer l’identité juive de Jésus au second plan.
Jean Charles Szurek (Nanterre) s’est voulu incisif. Le carmel implanté à
Auschwitz n’a jamais fait l’unanimité, pas même chez les catholiques polonais, a-t-il souligné, sur la foi des travaux du groupe catholique Dorak.
Mais il a aussi fait état d’un antisémitisme très répandu en Pologne, où la
mémoire juive, a-t-il précisé, a été occultée d’une part, par les communistes, d’autre part par l’Eglise.
Seul rabbin présent à la tribune du colloque, M. Soetendorp (La Haye)
s’est montré plus nuancé sur les relations entre juifs et chrétiens. Il a
plaidé au contraire pour une action réconciliée des chrétiens et des juifs,
leur proposant un programme commun de rééducation de la conscience et de la
mémoire. (apic/cip/ba)