Conférence pour le 300e centenaire de la mort du Père Verbiest
Bruxelles, 27septembre(APIC) Jean-Marie Simonet, directeur scientifique
de l’Institut belge des Hautes Etudes chinoises et conservateur des collections chinoises du Musée du Cinquantenaire, a donné jeudi 22 septembre à
Bruxelles une conférence intitulée: "Chine: ciel et terre". Il y a proposé
une réflexion générale visant à situer, dans son contexte historique, l’exposition sur la Chine qui se tient au Cinquantenaire jusqu’au 16 janvier
1989. Cette conférence a été organisée à l’occasion du 300e anniversaire de
la mort du Père Verbiest
L’année 1988 marque en effet le troisième centenaire de la mort de Ferdinand Verbiest. Né à Pittem, en Flandre Occidentale, en 1623, ce jésuite
étudia les sciences, les mathématiques et la théologie à Louvain, Rome et
Séville. Il s’embarqua pour la Chine en 1659. Arrivé dans l’Empire du Milieu, il fut appelé à Pékin par son confrère Adam Schall, qui était astronome et conseiller impérial. Après plusieurs péripéties douloureuses provoquées par des scientifiques rivaux, Ferdinand Verbiest devient président du
tribunal des mathématiques au service de l’empereur K’ang Hi. Il sera rejoint plus tard par le jésuite namurois Antoine Thomas, qui, après la mort
de Verbiest, reprendra une partie de ses activités.
Se basant sur la signification de certains mots, tant en chinois qu’en
français, l’orateur a montré combien sont différentes les conceptions fondamentales dans les deux cultures. Ainsi, le mot chinois pour désigner le
ciel ne peut se traduire que par plusieurs concepts occidentaux, et du mot
français "nature" correspondent six ou sept mots chinois. C’est pourquoi la
relation de l’homme avec la nature est perçue de manière radicalement
différente par le Chinois et par l’Occidental.
La raison du retard scientifique chinois
S’appuyant notamment sur les travaux des sinologues Jacques Gernet et
Joseph Needham, l’orateur a tenté de répondre à l’énigme suivante: comment
les Chinois qui, bien avant les Européens, se sont lancés dans les recherches mathématiques et scientifiques et ont fait de nombreuses découvertes,
se sont-ils laissés distancer par les Occidentaux aux XVIe et XVIIe
siècles? C’est d’autant plus paradoxal que ce sont certaines grandes découvertes faites par des Chinois - poudre à canon, boussole, imprimerie... qui ont déclenché le développement européen.
Jean-Marie Simonet ne se range pas à l’hypothèse explicative de Needham,
qui attribue ce retard à la bureaucratie féodale. Par contre, dit-il, on
peut trouver une explication dans le fait que les Chinois se sont montrés
très réservés vis-à-vis de la philosophie des sciences qui sous-tendaient
le travail intellectuel des jésuites. En d’autres mots, ce sont les traditions philosophiques chinoises qui ont fait obstacle à l’assimilation des
idées scientifiques des jésuites. Mais, en cette fin du XXe siècle, la philosophie des sciences est en train d’évoluer, et les conceptions chinoises
qui ont été un frein aux XVIIe et XVIIIe siècles pour la recherche scientifique dans l’Empire du Milieu, s’adaptent mieux que la pensée européenne à
ce que sera la recherche scientifique au 21e siècle. C’est du moins l’avis
du professeur Prigogine (Belgique), Prix Nobel de chimie, que Jean-Marie
Simonet reprend à son compte.
Une leçon pour les scientifiques du XXIe siècle
L’orateur estime que si les Chinois n’ont pas suivi le développement
scientifique européen, c’est autant parce qu’ils ne le voulaient pas qu’en
raison du fait qu’ils ne le pouvaient pas. Ils ne le voulaient pas car pour
eux la spécificité de l’homme par rapport aux autres vivants n’est pas son
intelligence, mais sa valeur éthique d’équité et de justice. Ils ne le pouvaient pas, car le concept de science, c’est-à-dire la recherche du savoir
pour lui-même, indépendamment de ses applications, leur était totalement
inconnu.
En raison de l’importance que le Chinois accorde à la justice et à
l’équité, il donne une leçon à tous les scientifiques du XXIe siècle, car
la morale est devenue un concept scientifique capital. (apic/cip/pr)