Bruxelles : au terme d’une consultation oecuménique, (230588)
recommandent une remise de la dette des pays ACP
Bruxelles, 23 mai (APIC/CIP) "Avant toutes choses, les Eglises devraient
chercher à assurer une priorité pour les pauvres dans l’usage des ressources supplémentaires qui seraient rendues disponibles par la remise de la
dette". C’est la première des recommandations faites à Bruxelles, le 20
mai, au terme d’une consultation oecuménique ouest-européenne sur le problème de l’endettement des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).
Durant trois jours, des représentants d’organisations d’Eglises protestantes et catholiques, provenant de 24 pays différents (Europe, EtatsUnis et pays ACP), ont réfléchi à des solutions à court terme et à long
terme pour résoudre la crise liée à la dette dans les pays ACP.
Une question de justice
A court terme, les représentants des organisations d’Eglises sont d’avis
qu’il faut abolir la dette des pays ACP, tant les dettes commerciales que
les dettes garanties par les gouvernements. On devrait considérer cette
opération comme une aide au développement, tout en assurant encore des
prêts et des dons pour l’avenir.
"Nous sommes à un moment charnière de notre histoire mondiale, s’accordent à dire les participants de la récente consultation oecuménique. Il
nous semble que les prescriptions évangéliques qui encouragent la remise
des dettes - comme on le faisait déjà dans l’Ancien Testament - correspondent aux nécessités d’une sage politique macro-économique à long terme".
Ce type de démarche ne doit pas être perçu par les Eglises du Nord comme
étant de l’ordre de la charité. Il est de l’ordre de la justice. Surtout si
l’on prend en compte l’histoire coloniale qui unit l’Europe à l’Afrique et
les problèmes d’inégalité structurelle des échanges Nord-Sud.
C’est même un constat de "déséquilibre" qui a été dressé lors de la rencontre de Bruxelles, alors que la Convention de Lomé prévoit explicitement
un équilibre entre l’Europe et les pays A.C.P., en Afrique du Sud, les femmes et les enfants restent les premières victimes d’une sorte de "politique
de la misère".
Les Eglises sont bien conscientes que la dette n’est qu’un symptôme des
déséquilibres structurels dans le commerce, le flux des capitaux et l’agriculture entre l’Afrique et l’Europe. On a même évoqué l’image d’un jeu
d’échec, ou les Blancs ont toutes les grosses pièces, tandis que les Noirs
ne disposent que des pions. Faut- il, alors, respecter les règles du jeu ?
Les chrétiens réunis à Bruxelles demandent donc qu’on s’attaque aussi à
ces problèmes structurels dans Lomé IV, si l’on ne veut pas que la situation d’endettement se reproduise. Une des recommandations est que la Communauté européenne prenne "des initiatives en vue de mettre fin à la guerre
commerciale que se livrent les grands pays exportateurs agricoles".
De même, en prévision du renouvellement de la convention de Lomé, les
représentants des Eglises préconisent, à l’exemple de l’organisation de
l’unité africaine, une stratégie de développement pour l’Afrique, ou l’accent soit mis pour les vingt années à venir sur les activités socio-économiques collectives et auto-suffisantes tant à l’intérieur des Etats africains qu’entre eux.
La proposition d’un vaste plan de relance du Tiers-Monde, qui a été
lancée par certaines Eglises, semble d’ailleurs gagner du terrain jusque
dans le parti démocrate des Etats-Unis. On y appuie de plus en plus l’idée
d’une coordination des efforts entre Europe et Etats-Unis pour résoudre le
problème de la dette. On y remet aussi en question les conditions imposées
par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM),
alors que le FMI dispose d’une réserve de 90 milliards de dollars, dont 40
milliards en or, qui pourraient être utilisés. Proposition d’autant plus
attractive, en l’occurrence, que la valeur réelle de la dette des pays
africains sur le marché est d’environ 50 o/o de sa valeur nominale.
Des stratégies ecclésiales
Les recommandations faites à Bruxelles s’adressent, bien entendu, tout
particulièment aux Eglises. Non seulement on souhaite que le problème de la
dette y soit à l’ordre du jour, mais on souligne que des réseaux doivent se
mettre rapidement en place pour favoriser la réflexion et l’action. Il importe même que l’étude des causes et des mécanismes de déséquilibre, ainsi
que les actions à mener pour les combattre, soient envisagées en concertation entre chrétiens d’Europe et des pays ACP sans oublier, dans le même
mouvement, la nécessité d’un partage oecuménique des ressources entre Eglises riches et pauvres.
Une insistance est également mise sur la formation des communautés
chrétiennes en matière de justice et de développement. Cette formation passe forcément par des matériaux éducatifs appropriés. On pourrait ainsi faire comprendre l’enjeu des recommandations issues de la récente consultation, ainsi que des modèles d’action pour la justice.
Quant aux responsables d’Eglises, on leur demande de "prendre publiquement la parole au nom de ceux qui souffrent des effets pernicieux de la
crise de l’endettement". De la part des autorités ecclésiales, des interventions publiques n’auraient pas seulement pour effet d’interpeller les
décideurs économiques et les responsables politiques, mais également de
sensibiliser les communautés chrétiennes aux questions soulevées.
(apic/cip/bd)