Bruxelles, 7octobre(APIC) Les premiers résultats de l’enquête menée par
fesseur Ruud de Moor (Pays-Bas) viennent d’être présentés à bruxelles. Il
s’agit d’un sondage réalisé sur un échantillon de 1500 personnes de la population de 31 pays d’Europe et d’Est et d’Ouest et recouvrant les années
1990 et 1991. Elle porte sur les
valeurs sociales et religieuses des Européens, ce qu’ils pensent de l’Eglise, de la religion et des valeurs morales, mais aussi du travail, du temps
libre, de l’éthique, de la famille et de la politique. Un des chercheurs du
Groupe d’Etude, Jan Kerkhofs, professeur émérite à l’Université Catholique
de Leuven, en dégage notemment cette observation: "Le glissement vers l’individualisation et la baisse d’influence de l’Eglise transforment la culture occidentale, et pas seulement en matière d’éthique personnelle et
d’orientation religieuse."
L’individu au centre
Des premiers résultats disponibles, il ressort que les Européens ne se
réfèrent plus beaucoup à l’Eglise pour prendre des décisions morales. Ce
qui détermine les valeurs morales dans la population européenne, ce sont
les choix individuels beaucoup plus une référence automatique à un
enseignement religieux. La foi traditionnelle est donc en recul et
l’influence de l’Eglise dans la vie quotidienne se fait de moin en moins
sentir.
Comment expliquer cette montée de l’individualisme et de la sécularisation?
Par le développement économique et le progrès technique, par les
changements sociaux et une attention plus grande à l’individu, répondent
les sociologues. Ils remarquent en effet, qu’au cours des dix dernières
années, le nombre des croyants qui fréquentent les églises a continuer de
baisser dans la plupart des pays industrialisés. Il y a certes des
exceptions: on trouve encore 40% de pratiquants en Italie, 65% en Irlande,
56% en Irlande du Nord, 43% aux Etats-unis.
Les Eglises en perte de crédit
il n’y a pas seulement une baisse de la pratique religieuse, mais aussi
une baisse de crédit des Eglises instituées, auxquelles les fidèles font
moins spontanément confiance pour trouver une réponse à leurs problèmes
familiaux ou sociaux et à leur besoins spirituels. La proportion
d’Européens qui font confiance à l’institution ecclésiale est tombée au
cours des dix dernieres anées sous la barre des 50%. Ici encore il y a des
exceptions notables: 68% des gens font encore confiance aux Eglises en
Islande, 80% en Irlande du Nord, 72% en Irlande. On trouve également des
taux supérieurs à la moyenne dans l’Europe dans l’Europe du Sud, ainsi
qu’aux Etats-Unis (68%) et au Canada (63%), c’est à dire dans les pays où
l’on attache une plus grande importance à la religion.
La plupart des Européens accordent moins d’importance à la religion qu’à
la
vie de famille, au travail, aux amis et au temps libre. Cette tendance vers
la "privatisation de la religion" semble plus marquée dans le nord de
l’Europe qu’en Italie, en Espagne et au Portugal: dans les pays scandinaves
et dans le Nord-Ouest de l’Europe, moins de 50% des gens attachent de
l’importance à la religion. par contre, le travail, les amis, la famille et
le temps libre sont jugés importants par 80 à 90% des personnes
interrogées.
Les Eglises ne sont pas acceptées dans la sphère sociale
Une des raisons de la baisse de l’intérêt porté à la religion pourrait
être
l’incapacité des Eglises à aider les gens dans les problèmes de leur vie
quotidienne. Ainsi, dans le nord de l’Europe, à peine un tiers des fidèles
estiment que leur Eglise leur apporte des réponses adaptées à leur
problèmes de tous les jours. En Irlande du Nord et en Italie, cependant, la
proportion de fidèles stisfaits est nettement supérieure, et aux
Etats-unis, cette proportion est de 60%.
Quant à la compétence de l’Eglise en matière sociale, elle n’est
reconnue par plus de la moitié qu’en Irlande (81% d’avis favorables), en
Irlande du nord (72%), aux Etats-Unis (64%) et au Canada (53%). Dans les
autres pays couverts par l’enquête, un tiers seulement des personnes
interrogées sont convaincues que l’Eglise apporte ou peut fournir des
réponses appropriées aux problèmes sociaux d’aujourd’hui. C’est au Danemark
que cette conviction est la moins répandue: seulement dans 7% de la
population.
En outre, aux yeux d’une majorité d’Européens, l’Eglise ne semble pas
rencontrer certaines attentes de l’époque moderne. La plupart estime que
l’Eglise joue d’avatage son rôle quand elle intervient à propos des
problèmes du
Tiers-Monde, de la discrimination raciale ou de l’écologie, que lorsqu’elle
prend position sur des questions touchant de plus près la morale
personnelle, comme des questions relatives à l’avortement, au suicide, à
l’euthanasie, à l’homosexualité ou aux relations extraconjugales. Pour la
majorité des Européens, ces questions-ci ne devraient regarder que la vie
privée. A propos de ces questions qui les impliquent davantage sur le plan
personnel, les convictions morales des Européens varient d’ailleurs bien
plus d’un pays à l’autre qu’à propos des problèmes qui se posent d’emblée à
la collectivité, comme les problèmes du Tier-Monde. L’enquête fait aussi
ressortir qu’il n’y a pas de lien significatif entre les opinions morales
actuelles et la position religieuse adoptée dans un pays.
Une religiosité qui demeure vivante
S’il y a un déclin manifeste de l’attachement des Européens à une
religion institutionnalisée, ce déclin ne va cependant pas de pair avec un
recul de la religiosité. En effet nombreux sont les Européens qui
continuent à se dire croyants: ils sont 82% en Italie, 72% en Irlande et en
Irlande du Nord, 68% au Danemark et au Portugal, 61% en Belgique et plus de
50% dans les autres pays, à l’exception de la Suède (38%9. Cette
constatation a de quoi surprendre, alors que parallèlement, les Eglises
continuent d’être moins fréquentées. Elle indique sans doute qu’aux yeux
d’une bonne partie de ceux qui se disent croyants, les Eglises instituées
ont perdu de leur pertinence ou de leur raison d’être: dans ce cas, ce
n’est plus vers l’Eglise qu’on se tourne pour trouver réponse aux besoins
religieux.
Sur la base des résultats déjà dépouillés, on a plutôt l’impression que
les
années 90 vont être marquées par une plus grandes diversité dans le domaine
de la foi religieuse. Chez les Européens qui se disent croyants, on
rencontre de plus en plus des convictions religieuses ou des contenus de
foi qui s’écartent du Credo et des dogmes chrétiens. On assiste de plus en
plus, constatent les sociologues, à un "bricolage des croyances" à partir
de références religieuses et de sources d’inspiration diverses, de sorte
que les convictions des croyants en Europe risquent d’être de moins en
moins conformes à la foi dont les Eglises cherchent à témoigner.
Ainsi, bien que la plupart des Européens continuent de croire en Dieu
(mais pas nécessairement en un Dieu personnel), seule une minorité partage
encore la foi en la résurrection, en l’existence d’une vie après la mort,
ou plus simplement en la réalité du ciel ou de l’enfer.
L’évolution vers une plus grande diversification des croyances est
confirmée par le fait que dans les pays où la foi en Dieu est moins
répandue, la majorité de la population continue de croire en une force de
vie.
Au total, l’individualisation et la sécularisation sont les deux
grandes tendances qui se dégagent de cette nouvelle enquête sur les valeurs
européennes. L’enquête montre aussi que l’attitude de la population à
l’égard d’un certain nombre d’institutions d’origine ecclésiale est en
train de changer.
"Notre enquête montre clairement, souligne le professeur Ruud de Moor,
coordinateur du groupe d’étude, que les Européens n’acceptent plus comme un
tout l’ensemble des valeurs transmises par l’Eglise ou par une autre
institution établie. Dans tous les pays d’Europe, la tendance prédominante
est de se laisser guider par les circonstances individuelles. Ce qui
distingue alors un pays d’un autre, c’est le rythme des changements aui s’y
produisent. Et cette évolution est à son tour influencée par le stade du
développement économique et par les facteurs sociaux et culturels
caractéristiques du pays concerné."