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    L’Europe, nouvelle terre légale d’immigration

    Bruxelles: 24 Caritas européennes pour une politique d’immigration commmune

    Bruxelles, 11janvier(APIC) Caritas Europe, qui réunit 24 Caritas nationales sur le continent, a présenté le 10 janvier à Bruxelles une proposition

    pour une véritable politique de l’immigration. Le "stop à l’immigration"

    décrété par les Etats membres de l’Union Européenne n’a pas empêché l’arrivée de nouveaux immigrés dans plusieurs pays, constate Mgr William Kenney

    (Stockholm), président de Caritas Europe. "Soyons réalistes: l’immigration

    continue. Nous n’avons plus à nous prononcer pour ou contre l’immigration,

    mais pour ou contre son contrôle. Au lieu de la laisser se poursuivre dans

    le désordre, pourquoi ne pas l’organiser à partir d’une politique commune".

    Tel est le sens de la proposition de Caritas Europe.

    Les Caritas d’Europe proposent de régler la politique communautaire de

    l’immigration en fonction d’une triple priorité: d’abord les candidats au

    regroupement familial; puis ceux qui veulent transformer leur séjour temporaire en résidence permanente; enfin les candidats à l’immigration pour motifs économiques.

    La proposition des Caritas d’Europe porte exclusivement sur les contingents de nouveaux résidents permanents. Elle prévoit que, par période (cinq

    ans, par exemple), un nombre maximum d’immigrants serait admis à résider

    définitivement dans les Etats membres. Ce plafond serait fixé au niveau des

    instances communautaires. Celles-ci devraient veiller à une répartition

    équitable des candidats et des ressources entre les Etats membres.

    Trois politiques de front

    Pour Caritas, une nouvelle politique européenne d’immigration ne peut

    réussir que si elle s’accompagne d’une politique de coopération renforcée à

    l’étranger et d’une politique sociale plus résolue en Europe. Il faut s’engager davantage dans une politique de coopération au développement pour

    combattre la pauvreté et la faim, faire reculer l’injustice et la violence,

    causes principales des mouvements migratoires dans les pays d’origine.

    D’autre part, une politique d’immigration n’est acceptable que si elle

    s’accompagne de mesures plus résolues en faveur des couches défavorisées de

    la population en Europe.

    "La clarté est indispensable pour lutter contre la xénophobie", remarque

    encore Luc Trouillard, secrétaire général de Caritas Europe. C’est pourquoi

    la proposition présentée à Bruxelles ne concerne pas tous les étrangers

    dans n’importe quelle condition. L’accueil temporaire d’étrangers en raison

    de l’urgence humanitaire ou de tout autre motif, comme un séjour d’études

    ou un voyage touristique, n’entre pas dans la politique d’immigration. Celle-ci n’englobe pas non plus l’accueil des réfugiés, définis au sens des

    conventions internationales, ni les conjoints de citoyens européens et les

    personnes admises en Europe au titre de regroupement familial, personnes

    dont les droits sont inaliénables.

    D’ailleurs, remarque le Père J. Van Gerwen, recteur des Facultés SaintIgnace à Anvers et membre de l’Office Catholique d’Information et d’Initiative pour l’Europe (OCIPE), une politique nouvelle en matière d’immigration

    permettrait de dissocier clairement l’immigration et l’accueil des réfugiés. "On refuse aujourd’hui beaucoup de demandeurs d’asile qu’on qualifie

    de "réfugiés économiques", alors que la Convention de Genève ne permet pas

    de les écarter. Une véritable politique d’immigration clarifierait les choses: ces personnes pourraient parfaitement présenter leur candidature à

    l’immigration. La notion de réfugié garderait ainsi tout son sens."

    Aux trois politiques à mener de front, Caritas Europe ajoute encore

    l’intérêt d’une bonne information des citoyens européens sur les enjeux

    pour l’humanité des échanges avec d’autres cultures. "Il s’agit de décider

    si l’humanité de demain se fera sans, malgré ou avec la vieille Europe."

    Soutien oecuménique

    La Commission des Eglises auprès des Migrants en Europe (CEME), qui réunit des délégués des Eglises réformées, luthériennes, anglicanes et orthodoxes, s’est associée à Caritas Europe pour préparer la "Proposition en vue

    d’une nouvelle politique européenne d’immigration" et la soumettre aux responsables politiques des institutions de l’Union européenne.

    "Les disparités socio-économiques considérables qui existent, d’une

    part, à l’intérieur même de l’Europe et, d’autre part, entre l’Europe et le

    tiers-monde influeront de plus en plus sur les mouvements migratoires,

    estime-t-on au sein de la CEME. Les tensions ethniques et les guerres, en

    Europe et dans d’autres parties du monde, poussent les populations à se déplacer pour fuir les dangers. Les catastrophes naturelles et les catastrophes écologiques imputables à l’homme contraignent aussi des populations à

    tenter de reconstruire leur vie ailleurs. Il faut s’attaquer aux racines

    mêmes des migrations qui ont lieu sous l’effet de la contrainte et les

    Etats européens doivent en même temps respecter leurs obligations humanitaires".

    L’arrêté sur l’immigration décrété par les Etats membres de l’Union européenne est "une fiction qu’il n’est pas souhaitable d’entretenir", insiste à nouveau Caritas Europe. Malgré la crise économique, les pays de

    l’Union européenne restent attrayants par leur richesse et leur stabilité

    pour les populations voisines de l’Afrique, du pourtour méditerranéen et de

    l’Europe de l’Est.

    Les arguments avancés par Caritas Europe s’appuient à la fois sur le

    réalisme et sur des exigences éthiques: "La logique même du Marché Unique

    requiert une politique commune de régulation de l’entrée de la main d’oeuvre non communautaire, tant pour garantir la libre concurrence que pour contrer le dumping social." Mais Caritas plaide pour qu’on organise l’accueil

    des migrants "selon une répartition équitable des charges et des ressources

    entre les Etats membres". "Il faut veiller dans ce domaine, dit-elle, à respecter les principes humanitaires et démocratiques: au premier chef, les

    droits de l’homme et la transparence des règles administratives."

    Selon elles, seule une autorité commune, reconnue par l’ensemble des

    Etats membres, est capable d’imposer ces exigences qui découlent en droite

    ligne du Traité de Maastricht." (apic/pr)

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