Brésil: réforme agraire. droit des indiens à l’autodétermination (141088)
Bruxelles, 14octobre(APIC) Depuis une vingtaine d’années, les efforts se
multiplient dans l’Eglise du Brésil pour repenser la présence évangélique
aux côtés des Indiens. C’est en ce sens qu’un Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI) a vu le jour en 1972 et a mis l’accent sur la solidarité de
l’Eglise vis-à-vis des Indiens. De passage en Europe, Mgr Tomas Balduino,
évêque de Goias (région centrale du Brésil), membre et ancien président du
CIMI, et particulièrement connu pour son engagement aux côtés des petits
paysans et des indiens, s’est exprimé au sujet des communautés indiennes et
de la réforme agraire au Brésil, qu’il considère comme étant aujourd’hui
une bataille perdue. Il a expliqué pourquoi il souhaite une Eglise de solidarité.
La solidarité? "J’insiste sur ce mot", a répondu Mgr Balduino. "Le plus
petit village indien ne peut résoudre son problème tout seul. Mais vous non
plus, ne pouvez le faire seul. Le risque de domination et de mort existe
chez vous aussi en Europe. Face à cela, la préoccupation première de
l’Eglise ne doit pas être de se défendre comme institution, mais de rejoindre la perspective de Jésus, c’est-à-dire le règne de Dieu",
Pour l’évêque de Goias, il faut que la solidarité se développe, dans le
respect des réalités différentes. "L’Eglise, fait-il remarquer, ce n’est
pas seulement un lieu de culte, mais une présence lumineuse pour le monde,
une présence sous forme de collaboration vécue à partir des pauvres, des
paysans, des gens privés de terre, des Nègres, des Indiens". Des Indiens
qui, parce qu’ils ne représentent que 0,2% de la population, donc noyés
parmi les 140 millions de Brésiliens, sont obligés de lutter pour la reconquête de leur terre, la défense de leur culture. Des Indiens pour lesquels
le droit à l’autodétermination de leur peuple est devenu une question de
survie.
Bouleversement social et culturel
L’expression n’est pas exagérée. Les peuplades indiennes qui vivent dans
les forêts amazoniennes, ou dans des régions très convoitées par des sociétés nationales ou multinationales. Une réalité que Mgr Balduino connaît
et qu’il analyse. Dans le nord de l’Amazonie, notamment, les militaires
veulent créer des colonies agricoles pour réduire le territoire des Indiens, dont les familles, ne recevant que des compensations minuscules, se
verront forcées de camper à demeure dans une zone fâcheusement rétrécie.
"Ce bouleversement social et culturel serait si brutal pour les Indiens.
qu’il équivaudrait à un génocide", estime-t-il avant d’ajouter: "En attendant, les militaires jugent que la présence des Indiens dans ces régions
est un danger pour la sécurité nationale".
Au milieu de ces difficultés cependant, un point positif: parce qu’ils
ont su s’organiser jusqu’à former une Union des Nations Indigènes, les Indiens ont pu ces derniers mois se faire reconnaître par la Constitution
brésilienne. Or, note Mgr Balduino, tel n’est pas le cas pour les travailleurs ruraux: non seulement il n’y a pas eu grande mobilisation en leur faveur, mais leur syndicat, le plus grand au Brésil, contrôlé toutefois par
le gouvernement, n’est pas vraiment porteur de leurs revendications. De
plus, relève-t-il, l’Union Démocratique Rurale qui réunit les grands propriétaires terriens s’est organisée pour faire avorter la campagne nationale en faveur de la réforme agraire: les propriétaires de grandes "fazendas"
ont même vendu des boeufs aux enchères pour pouvoir armer des milices privées afin de décourager par la violence toute opposition paysanne.
Appuyer les efforts des petits paysans
Pour l’évêque de Goias, "la réforme agraire c’est aujourd’hui une bataille perdue". Au plan national, dit-il, la Commission Pastorale de la
terre de l’épiscopat brésilien continuera pourtant d’appuyer les efforts
des petits paysans et surtout des 12 millions de familles sans terre. Mgr
Balduino évoque deux stratégies possibles. Comme la loi stipule que "toute
propriété non productive est susceptible de désappropriation", l’Eglise entend appuyer les paysans dépossédés à occuper des terres non cultivées. Reste aussi la possibilité d’apporter l’un ou l’autre amendement à la loi actuelle. Ce qui rend nécessaire un changement de la composition actuelle du
Congrès fédéral. "Les petits paysans espèrent que les députés hostiles à la
réforme agraire ne soient pas tous réélus. Pour cela, il faudra attendre
deux ans". (apic/cip/pr)