Brésil: premiers documents de la rencontre nationale des
Appel pour une véritable réforme agraire dans le Nordeste
Itaici, 12mai(APIC) Les évêques brésiliens, qui viennent de
conclure la 31e Assemblée générale de la Conférence nationale
des évêques du Brésil (CNBB) à Itaici (commune de Indaiatuba
dans l’Etat de Sao Paulo), ont lancé un nouvel appel en faveur de la réforme agraire dans le Nordeste. Des documents
sur l’éthique chrétienne dans la vie quotidienne et cet appel
à la réforme agraire ont été les points forts de cette rencontre qui a réuni durant 10 jours 270 évêques du Brésil.
En sortant du couvent des jésuites de Itaici, les évêques
emportaient dans leurs bagages un ensemble de documents sur
la réalité du peuple de Dieu au Brésil. Les évêques ont également rencontré les représentants de mouvements populaires
pour analyser la réalité quotidienne de la vie du peuple brésilien.
Tout le travail de l’assemblée fut marqué par la préocupation pastorale de mener à bien les grandes lignes de la 4e
Assemblée générale du CELAM tenue à Saint-Domingue, en République Dominicaine, en octobre 1992, ainsi que par une réflexion pour trouver des pistes de vie et d’espérance pour le
peuple brésilien.
Evêques attentifs à la vie nationale
Durant l’Assemblée, les évêques, attentifs à la vie nationale, ont reçu par les médias quelques nouvelles reflétant la
vie du pays. Entre autres, l’augmentation du salaire minimum,
mais aussi un nouveau scandale politique: la découverte qu’un
organisme gouvernemental avait creusé des puits artésiens
dans les terres particulières du président de la Chambre des
Députés, Inocencio de Oliveira, enfin l’assassinat d’un syndicaliste - Arnaldo Delicio - dans le sud de l’Etat du Para.
Devant cette réalité, les évêques ont réfléchi sur les
critères que les communautés chrétiennes et la société doivent choisir pour trouver des solutions face à la crise économique actuelle. Pour Dom Vital Wilderink, évêque d’Itaguai,
le document ne veut pas se limiter à la constatation d’une
crise dans la société brésilienne actuelle; il s’agit de
trouver les racines de cette crise dans les changements socio-économiques et aussi dans les mutations philosophiques et
religieuses des sociétés modernes. De son côté, Mgr Antônio
Celso de Queiroz, évêque-auxiliaire à Sao Paulo, a mis en
évidence le fait que "le thème de l’éthique dans la vie personnelle ou dans la vie sociale et politique n’échappe à personne". Ce thème questionne tous les chrétiens et les personnes de bonne volonté. Selon le document, "sans une application concrète de l’éthique, les actuels changements sociaux
et culturels ne conduiront jamais à une société juste et digne. Au contraire, il pourait y avoir une dégradation des relations sociales ajoutée à une augmentation de l’injustice et
de la violence".
Condamnation de la peine de mort
Le même document a été présenté dans un langage moins intellectuel et divulgué sous le titre: "Promotion des valeurs
éthiques". Plusieurs observateurs ont noté que ce document
critiquait sévèrement le néo-libéralisme. D’autres ont fait
remarquer que les évêques brésiliens se distançaient même
nettement du nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique au sujet de la peine de mort. Le texte des évêques affirme en effet: "Accepter la peine de mort comme une manière de réagir
au problème de la violence dans notre société, signifie assumer la propre violence comme forme de comportement normal de
la société".
Message au peuple du Nordeste
Sensibilisés à la pauvreté croissante du peuple du Nordeste, augmentée cette année par une sécheresse terrible, les
évêques ont élaboré un message dans laquel ils réaffirment
que la cause fondamentale de la pauvreté du Nordeste est la
concentration de la propriété de la terre et par conséquent
aussi la concentration de la richesse et du pouvoir aux mains
de quelques uns. Tout en encourageant le peuple du Nordeste à
poursuivre l’organisation de projets alternatifs de survie,
les évêques désignent clairement une issue possible et réaliste pour sortir de cette situation de pauvreté: "Une vaste
réforme agraire serait le chemin de la justice. Elle permettrait aussi, outre de créer des milliers et des milliers
d’emplois, d’augmenter la production d’aliments et de diminuer la violence dans les campagnes. De plus cette réforme
agraire permettrait aussi un recul important de l’exode rural
qui cause tant de problèmes sociaux dans les "favelas" des
grandes villes. (apic/em/ba)