Rome, 8juillet(APIC) "L’Unità", le journal du parti démocratique de la
gauche, (ex-parti communiste) italien a publié mercredi une longue lettre
de Leonardo Boff. Le théologien y explique que les motifs pour lesquels il
a décidé de retourner à l’état laïc et de quitter l’ordre des franciscains
sont complexes. Il précise cependant que le motif fondamental d’une telle
décision est "le conflit provoqué par ma réflexion théologique avec les
structures officielles du Vatican et de l’Ordre".
Leonardo Boff écrit: "J’ai décidé de changer pour continuer d’être moimême." "Je retourne à l’état laïc pour continuer mon activité de théologien, maintenant en pleine liberté." "Je n’invite pas les chrétiens à faire
comme moi, ajoute-t-il. Chacun a son chemin et ses limites. Mais tous nous
devons être co-responsables pour l’Eglise que nous désirons. Il s’agit
d’une réalité trop sainte et grande pour être confiée seulement à la hiérarchie ecclésiastique."
En parlant de son avenir, Boff écrit qu’en tant que laïc il augmentera
son travail à Petropolis près de Rio de Janeiro, où depuis 22 ans il a contribué à la naissance de diverses initiatives comme le Centre de défense
des droits de l’homme. Leonardo Boff relève que "pour le théologien, il y a
des moments où l’exercice de la charité concrète est plus important que la
réflexion". "Maintenant, je vivrai plus intensément cette dimension de la
charité qui doit être lucide et en même temps une source de réflexion théologique." "L’éthique politique, continue-t-il, la justice internationale
dans les rapports Nord-Sud, l’écologie et la spriritualité seront les arguments auxquels je me dédierai avec plus d’intensité pour des cours et des
publications". En s’adressant "aux compagnons et compagnes de foi et de
chemin" en Italie, le théologien déclare continuer le travail "sur le terrain commun à tous les baptisés, en travaillant avec les pauvres, en les
consolant, en défendant leur dignité éminente dans l’Eglise et dans la société".
Une partie de la longue lettre est consacrée aux difficultés avec le Vatican. Boff observe que, dans la structure sociale de l’Amérique latine, il
existe une Eglise qui est du côté du colonisateur, de l’ordre constitué, et
une autre qui est du côté de la victime. Cette division n’a pas lieu à
l’intérieur de l’Eglise, mais à l’intérieur de la société. Les secteurs de
l’Eglise qui, au Brésil et au Vatican, critiquent une telle confrontation
ne perçoivent pas que la structure coloniale qui a créé l’inique ordre social actuel a, à l’intérieur d’elle-même, un ordre religieux qui en est
complice, estime le théologien. Boff écrit: "J’ai la nette impression que
les autorités doctrinales du Vatican n’ont pas compris cette situation. Elles traitent nos questions historiques comme s’il s’agissait de questions
dogmatiques." "Je me suis senti victime de cette incompréhension". (apicjt/mp)