Brésil: Mgr Antônio Possamai dénonce le mépris (131190)
Ji-Parana (Brésil), 13novembre(APIC) Il se passe quelque chose d’étrange
au Brésil: on interdit au peuple de travailler puisqu’on lui refuse la terre et un emploi juste, mais on construit des prisons pour punir ceux qui
deviennent des délinquants. La cause de l’augmentation de la délinquance
doit être attribuée à ceux qui ne savent pas gouverner. Cette accusation,
Mgr Antônio Possamai, évêque de Ji-Parana (Etat de Rondônia en Amazonie),
la formule dans une lettre recemment adressée à l’agence de presse brésilienne AGEN. Dans un véritable réquisitoire contre le gouvernement brésilien, il met en évidence les injustices criantes que vit une grande partie
du peuple au Brésil.
"Tout au long de l’histoire du salut, écrit Mgr Possamai, nous rencontrons des prophètes qui dénoncent la situation misérable du peuple. Pendant
ce temps, selon les paroles mêmes du prophète Ezéchiel, les gouvernants,
abandonnant la loi de Dieu, ne font que ’s’engraisser’. Formant des alliances intéressées avec des peuples étrangers et idolâtres, ils s’enrichissent
et construisent de grands palais. Pendant que le peuple demeure dans
l’abandon, il se commet les pires injustices. On n’hésite pas à tuer pour
enlever aux petits le peu qu’ils ont, comme dans l’épisode de la vigne de
Naboth".
"De nos jours, au Brésil, chacun peut voir la même réalité. Le mépris du
peuple est immense. Ceux qui ont obtenu un petit morceau de terre à la suite de multiples sacrifices se voient obligés de l’abandonner pour un prix
très bas, car leur production agricole est achetée à un prix dérisoire.
Mais aussi parce que le grand propriétaire s’enrichit encore en prenant
tout sur son passage, ferme après ferme. Le peuple qui cherche une solution
en venant en ville ne trouve pas de quoi vivre. Les pauvres ouvrent directement les poubelles dans la rue à la recherche des restes des banquets des
riches. Et si les prisons se remplissent c’est d’abord parce que ces personnes désirent vivre et sont obligées à prendre de la nourriture là où elle se trouve".
Selon l’évêque de Ji-Parana, "il y a des hommes politiques qui considèrent qu’ils ont bien servi le bien public en construisant davantage de prisons. Ils oublient seulement que s’ils avaient construit davantage d’écoles, davantage de crèches, s’ils avaient eu le courage de faire une réforme
agraire, il ne serait pas nécessaire de construire autant de prisons".
L’esclavage existe toujours
Mgr Possamai ne se contente pas de dénoncer les injustices des gouvernants, il lance des accusations précises en donnant des exemples concrets
d’escalavage dans lequel sont obligés de vivre des ouvriers agricoles:
"Certains esclaves de la ferme Castanhal, à Aripuana (Mato Grosso), proche
de la frontière avec l’Etat de Rondônia, ont réussi a fuir. Ceux-ci ont
montré les marques de tortures qu’ils avaient dû subir et ont témoigné que
dans cette grande propriété, 200 ouvriers agricoles vivent sous ce régime
d’esclavage. Depuis, une nouvelle est parvenue à Ji-Parana: dans la propriété d’Atacadao, au nord du Mato Grosso, 200 autres travailleurs, pères
de famille et jeunes gens vivent sous ce même régime d’esclavage blanc.
Tous les efforts entrepris pour que les autorités compétentes prennent des
mesures sont demeurés vains. Celui qui n’a pas pu s’enfuir en montrant ses
marques de faim et de tortures reste esclave là-bas".
L’évêque de Ji-Parana termine sa lettre en ces termes: "La désolation
continue. Dans la commune de Comodoro ( Mato Grosso) et dans la région de
Nova Lacerda, la plus grande partie du peuple a peur. Peur des grands propriétaires qui ordonnent de torturer pour prendre les lopins de terre des
pauvres. Peur de perdre le peu de terre qu’il a parce que la colonisation
patronale vend, puis exige l’argent immédiatement sans donner le titre de
propriété et disparaît. Peur de certaines autorités qui exigent des paysans
un titre de propriété notarié qu’ils ne peuvent produire et les dépouillent
de leurs terres". (apic/agen/ba)