Rome, 19février(APIC/CIP) Jean Paul II a adressé un message à l’Eglise
brésilienne à l’occasion de sa campagne de carême, intitulée au Brésil la
Campagne de Fraternité, dont le sujet est cette année la préoccupation de
l’Eglise pour la population noire du Brésil, une population qui souffre
actuellement encore de discriminations.
Le pape rappelle dans son message que l’Eglise a toujours condamné toute
forme d’oppression, notamment l’esclavage dont ont été victimes les
catégories les plus démunies. "L’Evangile, écrit-il, annonce et proclame la
liberté pour tous les hommes, sans exception. C’est pourquoi l’Eglise
proclame la liberté de la personne en fonction du bien commun."
Le pape Jean Paul II exhorte les fidèles brésiliens à aider leur
prochain pour travailler fraternellement à la construction d’une société
plus juste. Il invite enfin à "rompre la chaîne du péché et de l’égoïsme et
à partager les ressources avec les autres dans un esprit de solidarité
généreuse."
L’Eglise a une dette historique envers les Noirs
Si la Conférence Nationale des Evêques Brésiliens (CNBB) a choisi pour
thème de la campagne de Carême "Les Noirs et la fraternité", c’est qu’elle
confirme ainsi sa ligne antérieure de "l’option préférentielle pour les
pauvres". Comme l’a déclaré dans une interview à l’agence APIC Mgr Antonio
Fragoso, évêque de Crateus, dans le Nordeste brésilien, cette campagne
permettra de parler de la situation des Noirs au Brésil - ils sont près de
40 millions, soit le tiers de la population - en cette année ou l’on
célèbre le centième anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans cette
ancienne colonie portugaise.
Ce sera également l’occasion d’évoquer la responsabilité historique de
l’Eglise catholique qui a plus que toléré cet état de fait : il y avait au
XVII-XVIIIème siècle même des monastères qui avaient leurs propres esclaves... Dans les plantations, les grands propriétaires terriens payaient les
aumôniers qui développaient une catéchèse destinée à rendre les esclaves
obéissants et humbles afin qu’ils acceptent la situation. On ne parlait jamais du droit de ces gens à vivre dignement, précise Mgr Fragoso . Si la
situation a évolué dans l’Eglise et dans la société brésilienne, c’est de
façon tout à fait insuffisante, tient-il à ajouter. L’Eglise n’a en effet
qu’une poignée de religieux et de religieuses et de prêtres noirs, encore
moins d’évêques noirs : on peut les compter sur les doigts d’une seule
main! et parmi les laïcs engagés dans l’Eglise, les Noirs sont également
les grands absents. "Ils sont trop nombreux les Noirs qui ne se sentent pas
accueillis dans l’Eglise, conclut-il" (apic/jt/be)