Brésil: Lutte pour la terre dans l’Etat du Maranhao (150192)
Sao Luis de Maranhao, 15janvier(APIC) Mgr Paulo Eduardo de Andrade Ponte,
archevêque de Sao Luis, capitale de l’Etat brésilien du Maranhao, justifie
les occupations, par les familles de paysans sans terre, de terrains laissés en friche. Dans le dernier bulletin de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil (CNBB), décrivant la violence croissante dans les campagnes
du Maranhao, il dénonce la manipulation d’un discours prononcé par Jean
Paul II lors de son dernier voyage au Brésil où il parlait des occupations
de terre. Les grands propriétaires terriens de la région s’en sont appropié
une phrase pour condamner la lutte des paysans pour la terre.
Au Brésil, une minorité de latifundistes (2 % des propriétaires) possèdent plus de la moitié des terres cultivables du pays, obtenues souvent
frauduleusement, et passent des "contrats" avec des tueurs à gages pour
chasser les petits "posseiros" des terres que ces derniers ont défrichées.
Le problème foncier dans l’Etat du Maranhao - où les terres fertiles défrichées il y a plusieurs décennies par des paysans chassés du Nordeste par la
sécheresse ont pris énormément de valeur depuis qu’elles sont desservies
par des routes carrossables, et suscitent la convoitise des grands propriétaires - ne date certes pas d’aujourd’hui.
L’archevêque de Sao Luis constate que ce n’est pas aux évêques de faire
le relevé cadastral des terres et de faire la justice, "mais bien à l’Etat
de rétablir la justice". Quand les paysans vinrent autrefois occuper (et
non envahir) les terres appartenant à l’Etat du Maranhao, souligne-t-il,
ils avaient le droit de les travailler pour garantir la survie de leur famille. Quand l’Etat a commencé à vendre ses terres à des grands entrepreneurs, sans résoudre le problème de ceux qui les cultivaient déjà, cela a
provoqué la destruction ou l’incendie de villages entiers, et le grossissement des bidonvilles de Sao Luis et d’autres centres urbains.
Les invasions de terre sont-elles légitimes?
Et Mgr de Andrade Ponte de continuer: "Tout le monde sait qu’il est préférable de donner à un pauvre un filet pour pêcher. Il pourra ainsi, dans
la dignité, donner de quoi vivre à sa famille plutôt que de recevoir l’aumône d’un poisson dans l’humiliation. De la même façon, il est préférable
qu’un paysan reçoive ou occupe, une fois pour toutes, un morceau de terre
non cultivée pour lui et sa famille".
"Ce qui est scandaleux, s’écrie l’archevêque, c’est qu’au Maranhao,
l’Etat permette que l’on prenne cette terre destinée aux pauvres pour la
donner aux riches propriétaires terriens qui n’en ont pas besoin pour vivre
mais qu’ils utilisent uniquement pour en faire le commerce. Très souvent en
plus de façon malhonnête".
Manipulation d’une phrase du pape
"Ce qui est révoltant, poursuit l’archevêque de la capitale du Maranhao,
c’est que les grands propriétaires de l’endroit ont tenté de manipuler la
pensée de Jean Paul II. Ils se sont appropriés une phrase du pape prononcée
le 14 octobre dernier à Sao Luis pour justifier leur manière de concevoir
leurs propriétés, pourtant injustement et illégitimement acquises, bien que
légales en apparence, en montrant des titres de propriété falsifiés".
Il est vrai que le pape a dit que "ni la justice ni le bien commun ne
permettent que l’on porte tort à quelqu’un ou que l’on envahisse sa propriété sous quelque prétexte que ce soit". Situé dans son contexte immédiat, cette affirmation est pleinement valide, commente l’archevêque, lorsque l’Etat accomplit, comme le dit le pape, "l’important devoir de garantir
la propriété privée, au moyen de lois sages" et par un "système équitable
de distribution des terres, en garantissant, en même temps, le droit de
tous (...)". Le pape avait alors fait remarquer que la grande concentration
des terres dans les mains d’une minorité requiert donc "une juste réforme
agraire".
"Cependant, poursuit l’archevêque de Sao Luis, tout est différent quand
l’Etat ne fait rien et laisse de mauvais riches mépriser des personnes qui
ont pourtant comme eux le même droit de posséder la terre. Pire encore,
lorsque l’Etat est complice de la concentration des terres en quelques
mains seulement, il est alors inévitable que surgissent des occupations ou
des invasions de terre. D’où surgiront inévitablement aussi des conflits
agraires et la violence dans les campagnes".
L’archevêque de Sao Luis révèle ensuite que les évêques du Maranhao,
convoqués il y a quelques mois par Edison Lobao, le Gouverneur actuel de
l’Etat du Maranhao, ont refusé d’accepter une "trêve" des invasions de terre dans l’Etat, proposée par un collaborateur du gouverneur. Les évêques
ont répondu qu’ils ne pouvaient pas parler au nom des paysans qui ont
d’ailleurs leurs propres organisations syndicales qui les représentent. Ils
ont également fait remarquer que jamais ils ne suscitaient eux- mêmes ni
n’organisaient des invasions de terre. Les invasions de terres sont certes
toujours pénibles, difficiles et dangereuses pour ceux qui les font. Mais
une fois celles-ci accomplies, les évêques se mettent à disposition des
paysans pour mieux connaître la réalité concrète, "car il s’agit d’une grave question de justice sociale".
Mgr de Andrade Ponte estime également que ce n’est pas aux évêques, "qui
n’ont jamais faim", mais bien aux paysans affamés de décider en conscience,
et souvent avec de grands risques personnels, de trouver des terres nécessaires à leur subsistance pour eux et pour leur famille. (apic/cnbb/ba)