Mgr Erwin Kräutler, évêque de Xingu en Amazonie brésilienne
Paris, 16octobre(APIC) L’évêque de Xingu au Brésil, Mgr Erwin Kräutler
est actuellement à Paris où il siège, en temps que membre du jury, à la
session du tribunal des Peuples consacrée à l’Amazonie. Invité par le comité Episcopal France-Amérique Latine (CEFAL), Mgr Kräutler a affirmé avec
force devant plusieurs journalistes que "les Indiens, d’Amazonie sont menacés de génocide et que le rôle de l’Eglise, en fidélité à l’Evangile, est
de défendre la vie".
L’évêque de Xingu est aussi président de la Commission indigéniste missionnaire (CIMI), organisme lié à la Conférence épiscopale brésilienne.
Evêque de Xingu depuis 10 ans, il défend vigoureusement la cause des Indiens menacés dans leur existence et leur identité culturelle par l’extension des grands domaines agricoles, le creusement des mines et l’édification de grands barages.
Mgr Kräutler dénonce le gouvernement brésilien qui n’applique pas la
Constitution: "les Indiens occupent des terres très riches et fertiles dont
la priorité leur est reconnue par la Constitution. Mais le gouvernement n’a
pas la volonté politique de faire passer la Constitution dans la réalité.
On pouvait penser que le nouveau gouvernement du président Fernando Collor.
démocratiquement élu, aurait à coeur de faire appliquer la loi. Mais affirme l’évêque brésilien: "Jusqu’à maintenant, rien n’a changé!"
Interrogé sur le rôle de l’Eglise, il poursuit: ""En raison même de son
pouvoir d’interpellation au niveau national et international, l’Eglise doit
contribuer à la circulation de l’information. Il ne s’agit pas de parler au
nom des Indiens, mais leur donner les moyens de parler eux-mêmes. Il faut
également favoriser, au niveau régional et national, la rencontre des populations indiennes entre elles, et des Indiens avec d’autres groupes, comme
par exemple les paysans, qui connaissent des problèmes similaires.
Cette action menée par l’Eglise, continue l’évêque de Xingu, s’oppose,
on le comprend, à des intérêts économiques énormes. A plusieurs reprises,
Dom Erwin a fait l’objet de menaces de mort et des campagnes de presse ont
été dirigées contre lui. Il fut même victime, voilà trois ans, d’un étrange
accident de voiture dont les circonstances n’ont jamais été élucidées.
Un journaliste, sachant que les évêques au Brésil sont partagés face à
l’engagement social de l’Eglise et à la théologie de libération a posé à
Mgr Kräuter cette question: "Comment vos confrères voient votre action en
faveur des indiens?"
"L’Eglise du Brésil, en termes de pastorale indigéniste, appuie notre
action, reconnait Dom Erwin. mais certains évêques estiment que la première
tâche de l’Eglise est de catéchiser les Indiens. Beaucoup pourtant sont
d’avis que la première chose à faire est de prendre le parti de la vie".
Et comment réagit Rome où l’évêque de Xingu s’est rendu, en juin dernier, pour sa visite "ad limina"? demande un autre journaliste. "L’Eglise
universelle rétorque l’évêque, est encore assez peu sensible à ce problème.
A Rome, on ne se soucie davantage de ce qui se passe à l’Est que des massacres d’Indiens en Amérique Latine. Rome est plus préoccupée de voir les
travers de la théologie de la libération, que de savoir pourquoi et comment
elle est née et comment elle évolue. Or la théologie de la libération est
une théologie qui essaie d’être biblique en répercutant le cri des opprimés".
Sur la question du 500e anniversaire de l’évangélisation du continent
latino-américain que l’Eglise se prépare à célébrer en 1992, l’èvêque de
Xingu est catégorique. Il s’écrie : "Pour l’Eglise, c’est 500 ans d’évangélisation. Pour les Indiens, c’est 500 ans de résistance!" Il conclut avec
la boutade d’un Indien: "Christophe Colomb voulait découvrir les Indes: la
seule chose qu’il ait découverte, c’est qu’il s’était perdu!" (apic/mjh/ba)