Brésil: les expériences populaires d’autogestion (070293)
Une école de démocratie et d’ouverture aux autres
Sao Paulo, 7février(APIC) Diverses expériences d’auto-gestion et de solidarité se multiplient au Brésil. Souvent fruits de l’initiative des communautés ecclésiales de base, sans en avoir l’exclusivité, ces expériences
sont ensuite amplement divulguées dans les différents quartiers populaires
d’une ville ou dans les villages des campagnes.
A Sao Paulo, l’Association pour le "Développement de l’Inter-Communication" joue ce rôle de centre de diffusion, spécialement à travers l’organisation "Université mutuelle". Cette dernière permet un échange du "savoir"
des personnes participantes. L’objectif est de valoriser chaque individu
par des rencontres en lui permettant de transmettre ses connaissances à
d’autres. Et d’en acquérir de nouvelles, dans un processus d’échange et de
réciprocité.
"Os catadores de papel"
L’Association des chercheurs de papier ("Catadores de papel") de Sao
Paulo, par exemple, a été fondée en 1985. Janio Quadros, le maire de l’époque, avait menacé d’interdire l’activité des chercheurs de papier dans le
centre de la ville. Après la fondation de l’Association, une coopérative
des chercheurs fut inaugurée dans le but de vendre directement le papier
récolté dans les grands dépôts industriels de récupération. Comme membre de
cette coopérative, chacun obtient maintenant le double du prix qu’il obtenait auparavant auprès d’un intermédiaire, même en tenant compte de 10%
qu’il remet à la coopérative pour les coûts de son fonctionnement. Finalement les pouvoirs publics sont aussi devenus bénéficiaires de l’action des
chercheurs de papier puisque sur chaque tonne de papier recueilli par eux,
la municipalité économise 33 dollars qu’elle aurait dû payer à des entreprises privées intermédiaires.
Construire ensemble sa propre maison
La construction commune de maisons personnelles est une autre forme de
solidarité. Lors de l’acquisiton de terrains à bâtir, des personnes se mettent déjà ensemble pour acheter le terrain. Puis durant leurs temps libres,
ils construisent ensemble leur maison. Dans le quartier "Jardim Rincao", à
Sao Paulo, une association s’est créée dans cet esprit. 170 familles en
font partie. 60% d’entres elles ont déjà leur propre maison, grâce à l’organisation réciproque des travaux. 30% sont en train de la construire actuellement et les 10% restants attendent leur tour. L’Association a aussi
construit, tout au début de l’expérience, un centre communautaire où se
font les réunions pour organiser le travail concret. Par ailleurs, les membres de l’Association consacrent le premier dimanche du mois pour un programme de formation sur les droits du citoyen brésilien et l’échange d’expériences vécues sur leurs luttes, leurs défaites, mais aussi sur leurs petites victoires acquises. Un apprentissage de la démocratie.
Ne pas oublier les plus pauvres
Tout dernièrement, lors d’une réunion d’un de ces dimanches, une participante a décrit la situation tragique des sans-abris qui vivent sous un
viaduc qui passe près de leur quartier. L’association de "Jardim Rincao",
après une discussion nourrie, a décidé à la majorité, d’accepter 10 familles de ces sans-abris dans leur mouvement pour qu’elles aient, elles aussi,
le droit à une maison digne. Des familles qui sont d’abord entrées dans
l’association dans le but d’avoir une maison, s’ouvrent ainsi progressivement à une prise de conscience de leurs droits, mais aussi à des gestes
concrets d’accueil avec les plus pauvres d’entre eux. (apic/em/ba)