Brésil: le rétablissement de la peine de mort en discussion (190193)
Brasilia, 19janvier(APIC) L’assassinat crapuleux de Miriam Brandao, une
fillette de 5 ans, à Belo Horizonte au Brésil, (capitale de l’Etat de Minas
Gerais) ainsi que le meurtre de la belle Daniela Perez, une actrice du
feuilleton "Corpo e Alma" de la chaîne de télévision Globo, déchainent les
passions dans l’opinion publique brésilienne. Conséquence immédiate: dans
tout le pays, on débat du rétablissement ou non de la peine de mort. Des
hommes politiques et la Conférence Nationale des évêques du Brésil (CNBB)
prennent position.
La réalité dépasse parfois la fiction. Daniela Perez a été tuée par un
acteur qui était son partenaire dans la fameuse "novela" de la TV-Globo
diffusée chaque soir à 20 heures. L’actrice a été assassinée quelques heures après leur dernière apparition sur le petit écran. Ce événement peu
commun a encore accru l’émotion populaire. L’indignation contre ces crimes
spectaculaires s’est fortement manifestée dans tous les médias. Certains
éditoriaux de journaux et de télévision, reprenant la balle au bond, en
sont venus à défendre ouvertement le rétablissement de la peine de mort au
Brésil. D’où la réaction de Mgr Luciano Mendes de Almeida, président de la
Conférence Nationale des évêques du Brésil (CNBB). Dans une déclaration publiée mi-janvier, il s’oppose à la peine de mort et demande qu’on se préoccupe d’abord des infamantes conditions sociales des pauvres.
Mgr Luciano Mendes rappelle que certes toute la société est choquée devant de tels crimes, mais la voie à suivre pour modifier les mentalités
passe par un processus d’éducation et de changement dans les rapports sociaux qui peuvent à longue échéance éviter de tels gestes criminels.
Le débat sur la peine de mort relancé
Se déclarant personnellement contre la peine de mort, le nouveau président de la République, Itamar Franco, a demandé à la société brésilienne et
aux médias de réfléchir aux moyens de contrer la violence dans le pays.
Cette proposition présidentielle a de fait relancé le débat sur l’opportunité de rétablir ou non la peine de mort.
Certains parlementaires ont critiqué le président sur ce point. Le député Roberto Freire (PPS-Pernambouco), laeder du parti gouvernemental à la
Chambre des députés, a déclaré que cette discussion publique sur ce point
juridique était "stérile, inconvenante et équivoque". Mgr Luciano Mendes,
de son côté, préfère discuter du problème de la faim existant dans le pays.
Le président de l’Ordre des avocats brésiliens (OAB), souhaite dans le même
sens qu’une véritable discussion nationale s’instaure immédiatement sur la
manière de soustraire 50 millions de Brésiliens (1/3 de la population) à la
misère absolue. Le sociologue Herbert de Souza enfin, rappelant l’assassinat de 100 détenus par les forces de l’ordre dans une prison de Sao Paulo,
en octobre 1992, a demandé que la population brésilienne se préoccupe d’abord de la "peine de mort" qui existe déjà de fait pour les pauvres de ce
pays.
Réunion sur la vie politique du Brésil
Ces remarques ont été exprimées le 13 janvier dernier lors de la réunion
du Mouvement pour l’Ethique en Politique. 23 institutions brésiliennes,
dont la CNBB, se sont réunies pour réfléchir sur les diverses manières de
participer à la démocratisation de la vie du pays, dans la perspective de
la prochaine consultation populaire du 21 avril sur le régime politique
souhaité pour le Brésil.
De nombreux participants à cette réunion ont rappelé l’énorme inflation
(plus de 1000%) subie par la population durant l’année 1992.
Alors que les médias, ces derniers temps, reviennent sans cesse sur la question du rétablissement de la peine de mort, la majorité de la population,
a dit un autre intervenant, "oublie d’accompagner les premières mesures
économiques et politiques des nouveaux maires qui dans tout le Brésil ont
pris leur fonction le 1er janvier". (apic/em/ba)