le sort des "disparus" sous la dictature militaire
Les familles des prisonniers politiques réclament justice
Brasilia, 1erdécembre(APIC) "Nous devons éclairer le passé pour continuer
à défendre la vie des citoyens de ce pays, aujourd’hui et dans l’avenir",
estime Edila Pires, coordinatrice du Groupe "La Torture Jamais Plus!", au
lendemain de l’audience accordée à son mouvement par le ministre brésilien
de la Justice, Mauricio Correa. Le ministre recevait à Brasilia un groupe
de parlementaires et des membres des familles de prisonniers politiques à
propos des "disparus" durant la dictature militaire au Brésil.
Les familles des "disparus" à partir du coup d’Etat militaire de 1964,
appuyées par des juristes, continuent d’exiger toujours plus fort que les
auteurs des crimes commis sous la dictature soient punis et que la loi
d’amnistie soit modifiée dans ce sens.
Interpellé, le ministre de la Justice s’est engagé à constituer une Commission pour étudier les formes juridiques permettant d’indemniser les familles des disparus et d’aider à localiser les corps des suppliciés. Cette
Commission, coordonnée par le ministère de la Justice et par le Procureur
général de la République, José Castro Ferreira, sera composée de juristes
provenant des ministères de la Justice, de l’Armée de Terre, de la Marine
et des Forces Aériennes.
Un représentant des familles des disparus, Valdomiro Dias, de Goiania, a
cependant exigé que la société civile puisse aussi participer à ladite Commission, "car il ne s’agit pas seulement d’indemnisations, mais de justice
tout court".
Le gouvernement veut "acheter le silence des familles des disparus"
Helena Pereira dos Santos, présidente du "Groupe ’La Torture Jamais
Plus’" (Tortura Nunca Mais/GTNM) de Sao Paulo, a peur que le gouvernement
ne cherche "à acheter le silence des familles des disparus".
"Je ne veux pas seulement être indemnisée parce que mon fils, Miguel Pereira dos Santos, a disparu en septembre 1972", lance-t-elle. "Pour moi, la
vie n’a pas de prix. Le gouvernement doit offrir des conditions pour que
l’on puisse éclaircir les faits, identifier les corps et les responsables
des disparitions". Elle exige de savoir où sont enterrés les corps des disparus afin qu’ils reçoivent enfin une sépulture digne. "Alors seulement
nous pourrons continuer la lutte pour la vie".
Une révision de la loi d’amnistie?
Le 28 août 1979, une "loi d’amnistie", la loi No 6’683, a été approuvée,
selon laquelle les auteurs de crimes politiques ou assimilés commis durant
la dictature militaire ne seraient pas punis. Aujourd’hui de nombreux juristes proposent une révision de cette loi qui a permis de fait une amnistie
générale pour ceux qui ont pratiqué la torture des années durant dans les
geôles de la dictature militaire. Une amnistie dont ont profité largement
les responsables de l’armée et de la police qui ont ordonné de telles pratiques.
Le GTNM de Sao Paulo, comme celui de Rio de Janeiro, la Commission des
familles des disparus et la Commission "Justice et Paix" de l’Eglise catholique n’ont jamais cessé de demander des éclaircissements sur cette sombre
période de l’histoire récente du Brésil. L’an dernier, des spécialistes de
l’Université de Campinas, sous la direction du professeur Badan Palhares,
ont étudié les restes mortels de prisonniers politiques retrouvés dans une
fosse commune du cimetière de Perus, près de Sao Paulo.
La démocratie exige la vérité toute entière
La revue "VEJA", l’une des plus importantes du pays, dans son édition du
18 novembre, a publié une interview de Marival Chaves Dias Canto, un ancien
sergent de l’armée qui a "travaillé" au DOI-CODI à Sao Paulo, un organe de
répression célèbre dans tout le Brésil. Cet ex-soldat raconte comment furent torturés et assassinés d’importants leaders de la résistance à la dictature. Tout de suite après la parution de cet article, le Mouvement national des droits de l’homme a divulgué une note qui rappelle que les responsables des assassinats de prisonniers politiques de l’époque de la dictature
doivent être punis parce que "aucun pays ne peut se considérer pleinement
démocratique s’il n’ose pas affronter, courageusement, les lumières et les
ombres de son passé". (apic/em/ba)