Brésil: le gouvernement doit des explications aux familles (011292)
"Il faut affronter les lumières et les ombres du passé"
Brasilia, 1erdécembre(APIC) "Nous devons éclairer le passé pour continuer
à défendre la vie des citoyens de ce pays. Aujourd’hui et dans l’avenir".
C’est ce que vient de déclarer Edila Pires, coordinatrice du Groupe "La
Torture Jamais Plus!", "Tortura Nunca Mais!" (GTNM) dans l’Etat de Sao Paulo, après l’audience que le ministre de la Justice, Mauricio Correa, a accordé à son mouvement la semaine dernière à Brasilia. D’autre part, les familles des disparus, unies aux juristes, exigent toujours plus fort que les
auteurs des crimes commis sous la dictature militaire soient punis et que
la loi d’amnistie soit modifiée dans ce sens.
Des députés brésiliens, faisant partie de la Commission parlementaire
sur les personnes disparues ont également participé à l’audience du Ministre de la Justice. Interpellé par les familles des disparus sous la dictature militaire (dès 1964), le ministre de la Justice s’est engagé à constituer une commission pour étudier les formes juridiques permettant d’indemniser les familles des disparus et d’aider à localiser les corps des suppliciés. Cette commission, coordonnée par le ministère de la Justice et par
le Procureur général de la République, José Castro Ferreira, est composée
de consulteurs juridiques provenant des ministères de la Justice, de l’Armée de Terre, de la Marine et des Forces Aériennes.
Un représentant des familles des disparus, Valdomiro Dias, de Goiania, a
cependant exigé que la société civile puisse aussi participer à la commission, "car il ne s’agit pas seulement d’indemnisations, mais de la justice
tout court".
Le témoignage d’une mère
Helena Pereira dos Santos, présidente de GTNM de Sao Paulo formule des
craintes précises: "J’ai bien peur que le gouvernement ne soit en train
d’acheter "le silence des familles des disparus". Citant des faits concernant sa propre famille, elle a déclaré: "Je ne veux pas seulement être indemnisée parce que mon fils, Miguel Pereira dos Santos, a disparu en septembre 1972. Pour moi, la vie n’a pas de prix. Le gouvernment doit offrir
des conditions pour que l’on puisse éclaircir les faits et l’identification
de son corps et celle des responsables de sa mort cruelle. Il faut aussi
que l’on nous dise où sont localisés les corps des autres disparus afin
qu’ils reçoivent enfin une sépultre digne. Bref que tout cela soit clairement établi. Alors seulement nous pourrons continuer la lutte pour la vie".
Une révision de la loi d’aministie?
Le 28 août 1979 une loi ordinaire fut approuvée au Brésil, connue comme
"la loi d’amnistie" selon laquelle les auteurs de crimes politiques commis
durant la dictature militaire ne seraient pas punis. Aujourd’hui de nombreux juristes proposent une révision de cette loi qui a permis de fait une
amnistie générale pour ceux qui ont pratiqué durant des années la torture
sur des hommes et des femmes dans les geôles de la dictature militaire. Une
amnistie dont ont profité largement les responsables de l’armée et de la
police qui ont ordonnés de telles pratiques.
Le GTNM de Sao Paulo, comme celui de Rio de Janeiro, la Commission des
familles des disparus et la Commission "Justice et Paix" n’ont jamais cessé
de demander des éclaircissements sur cette période de l’histoire récente du
pays. Mais des preuves et des témoignages de ce temps sombre apparaissent
parfois. L’an dernier, des spécialistes de l’Université de Campinas, sous
la direction de Badan Palhares, ont étudié les restes mortels de prisonniers politiques retrouvés dans une fosse commune du cimetière de Perus
(près de Sao Paulo).
La démocratie exige la vérité toute entière
La revue "VEJA", une des plus importantes du pays, dans son édition du
18 novembre, a publié une interview de Marival Chaves Dias Canto, un ancien
sergent de l’armée qui a "travaillé" au DOI-CODI à Sao Paulo, un organe de
répression célébre dans tout le Brésil. Cet ex-sergent raconte dans cet interview comment furent torturés et tués d’importants leaders de la résistance à la dictature. Ce reportage fait revivre au niveau national les moments tragiques de l’histoire de la répression : Tout de suite après la parution de ce numéro de "VEJA", le Mouvement national des droits de l’homme
a divulgué une note qui rappelle que les responsables des assassinats de
prisonniers politiques de l’époque de la dictature doivent être punis parce
que "aucun pays ne peut se considérer pleinement démocratique s’il n’ose
pas affronter courageusement les lumières et les ombres de son passé".
(apic/em/ba)