Brésil: La théologie de la libération a encore (041290)
Recul au niveau de la discussion académique
Crateus/Fribourg, 4décembre(APIC) Avec l’effondrement du communisme en
Europe de l’Est, certains observateurs dans l’Eglise estiment que la théologie de la libération est dépassée en raison de ses sympathies supposées
pour le socialisme. A l’instar de nombreux pasteurs et théologiens engagés
avec les populations pauvres d’Amérique latine, Mgr Antonio Fragoso, évêque
de Crateus, dans le Nordeste brésilien, estime que "cette théologie a encore un bel avenir devant elle", même s’il note un certain recul au niveau de
la discussion académique en raison de la peur due aux mises en garde de Rome et du CELAM.
On doit distinguer deux choses, déclare Dom Fragoso à l’agence APIC :
D’abord la théologie de la libération "comme acte premier quand les paysans
membres des communautés de base - presque tous des pauvres - se réunissent
autour de la Parole de Dieu, font l’analyse de la réalité, découvrent
l’appel du Seigneur à la libération et s’engagent pour elle". Cette
théologie de la libération à la base, non seulement est toujours là, mais
elle se développe, affirme l’évêque de Crateus. Quant aux "techniciens de
la théologie, à la théologie systématisée, intellectualisée", elle reste
forte, estime-t-il.
Mais suite aux "résistances de Rome" et du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), il y a maintenant une certaine peur parmi certains religieux et évêques, dans les séminaires et les instituts de théologie. Par
conséquent, on en parle moins, affirme-t-il, et il y a un recul de la discussion académique sur ce thème. A son avis, une théologie académique qui
n’est pas enracinée dans cette théologie de base n’a aucune raison d’être.
La grande espérance pour demain, affirme Dom Fragoso, c’est justement que
cette théologie de base se développe dans les communautés ecclésiales de
base (CEBS), des communautés au coeur de la détresse du continent. Car
l’Europe de l’Est a beau s’effondrer, cela ne change rien au fait que sur
le continent latino-américain - dont on ne peut affirmer que le système
soit "socialiste" - des millions d’enfants meurent de faim ou dorment dans
la rue. On peut bien proclamer que le capitalisme moderne est le seul salut, c’est, pour l’évêque nordestin, "une manipulation éhontée de la part
du capitalisme international".
Crise de maturité dans les communautés ecclésiales de base
Il reconnaît que les CEBS au Brésil traversent actuellement "une crise
de maturité", car elles commencent à découvrir leur vrai rôle : auparavant,
durant la dictature militaire, elles jouaient un rôle de suppléance, elles
offraient un espace social et politique alternatif qui n’était pas vraiment
leur espace spécifique en tant que CEBS. Très différentes les unes des autres selon les régions - petits groupes socialement homogènes ou au contraire communautés représentatives de la diversité sociale du quartier ou
du village -, les CEBS sont près de 150’000 au Brésil. Certaines s’étiolent, d’autres deviennent missionnaires et se développent. Aujourd’hui, elles se redimensionnent et approfondissent leur réflexion, tandis que - et
c’est positif pour l’Eglise, affirme Dom Fragoso - de nombreux membres des
communautés se sont engagés dans des activités politiques et syndicales.
Ces membres ne se sont toutefois pas engagés en politique au nom de la
communauté, mais c’est la communauté qui les a formés spirituellement.
Maintenant, les chrétiens engagés au niveau syndical et politique ont besoin de s’unir, pour approfondir les rapports entre leur foi et leur engagement, à un niveau plus élevé de réflexion, car la nourriture spirituelle
offerte par les communautés de base n’est plus suffisante. Ces structures
sont en train de se mettre en place. "C’est là un signe de maturité des
CEBS, et non un signe de crise générale!". (apic/be)