Brésil: la lutte pour la terre dans l’état du Maranhao (130192)
Les invasions de terre sont-elles légitimes?
Sao Luis, (Brésil) Mgr Paulo Ponte, archevêque de Sao Luis, capitale de
l’Etat du Maranhao au Brésil, décrit dans le dernier bulletin de la Conférence Nationale des évêques du Brésil (CNBB), l’état de la violence dans
les campagnes du Maranhao. Il profite de cette occasion pour mieux expliquer une phrase de Jean Paul II, lors de son dernier voyage au Brésil au
sujet des occupations de terre par les paysans, phrase que les grands propriétaires terriens se sont appropiée pour condamner la lutte des paysans
pour la terre.
Après avoir exposé l’historique du problème foncier dans l’Etat du Maranhao, l’archevêque de Sao Luis fait cette constatation: "Ce n’est pas aux
évêques de faire le relevé cadastral des terres et de faire la justice,
mais bien à l’Etat de rétablir la justice. Quand les paysans vinrent autrefois occuper (et non envahir) les terres du Maranhao, ils avaient le droit
de les occuper pour garantir le droit à vivre de leurs familles. Et Mgr
Ponte de continuer: "Tout le monde sait qu’il est préférable de donner à un
pauvre un filet pour pécher. Il pourra ainsi, dans la dignité, donner de
quoi vivre à sa famille plutôt que de recevoir l’aumône d’un poisson dans
l’humiliation. De la même façon, il est préférable qu’un paysan reçoive ou
occupe, une fois pour toute, un morceau de terre non cultivée pour lui et
sa famille".
"Ce qui est scandaleux, s’écrie l’archevêque, c’est qu’au Maranhao,
l’Etat permette que l’on prenne cette terre destinée aux pauvres pour la
donner aux riches propriétaires terriens qui n’en ont pas pas besoin pour
vivre , mais qu’ils utilisent uniquement pour faire du commerce. Très souvent en plus de façon deshonnête", ajoute Mgr Ponte.
Manipulation d’une phrase du pape
"Ce qui est révoltant, poursuit l’archevêque de la capitale du Maranhao,
c’est que les grands propriétaires de l’endroit ont tenté de manipuler
l’homélie de Jean Paul II qu’il a prononcée à Sao Luis, lors de sa dernière
visite. Ils se sont approprié une phrase du pape pour justifier leur manière de concevoir leurs propriétés, pourtant injustement et illégitimement
acquises, bien que légales en apparence, en montrant des titres de propriété falsifiés".
Il est vrai que le pape a dit que "ni la justice, ni le bien commun
n’autorise de faire du tort à quelqu’un ni d’envahir sa propriété sous aucun prétexte". Situé dans son contexte immédiat, cette affirmation est
pleinement valide, commente l’archevêque, lorsque l’Etat accomplit, comme
le dit le pape, son premier devoir, qui est de protéger la propriété particulière par le moyen de "lois justes" et "par un système équitable de distribution de de la terre, comme la réforme agraire".
"Cependant, tout est différent quand l’Etat ne fait rien et laisse de
mauvais riches mépriser ou persécuter des personnes qui ont pourtant comme
eux le même droit de posséder la terre. Pire encore, lorsque l’Etat est
complice de la concentration des terres en quelques mains seulement, il est
alors inévitable que surgissent des occupations ou des invasions de terre.
D’où surgiront inévitablement aussi des conflits de terre et la violence
dans les campagnes.
L’archevêque de Sao Luis raconte ensuite un fait significatif de l’attitude des évêques face aux pouvoir public dans la question controversée de
l’invasion des terres.
"Les évêques du Maranhao, convoqués il y a quelques mois, par Edison Lobao, le Gouverneur actuel de l’Etat du Maranhao, ont refusé d’accepter une
proposition d’un des collaborateurs du gouverneur. Il suggérait aux prélats
de favoriser une "trêve" au sujet des invasions de terre actuelles dans ques avaient répondu qu’ils ne poiuvaient pas parler
l’Etat. Les évêques ont répondu qu’ils ne pouvaient parler au nom des paysans qui ont d’ailleurs leurs propres organisations syndicales qui les représentent. Les évêques ont aussi fait remarquer que jamais ils ne suscitaient eux- mêmes ni n’organisaient des invasions de terre. Il est certes
toujours lamentable, ont-ils affirmé, qu’il y ait des invasions. Ces dernières sont toujours pénibles, difficiles et dangereuses pour ceux qui les
font. Mais une fois accomplies, les évêques se mettent à disposition des
paysans pour mieux connaître la réalité concrète car il s’agit d’une grave
question de justice sociale".
Dans sa descrition, Mgr Ponte affirme également: "Ce ne sont pas les
évêques, qui n’ont jamais faim, mais bien les paysans affamés qui doivent
décider en conscience, et souvent avec de grands risques personnels, de
trouver des terres nécessaires à leur subsistance et à leurs familles. Une
fois sur leurs terres occupées, les évêques essayent alors de les aider
dans leurs justes revendications". (apic/cnbb/ba)