Brésil: La Commission Pastorale de la Terre (CPT) analyse (070691)
Sévères critiques contre le gouvernement
Brasilia, 7juin(APIC) La Commission Pastorale de la Terre (CPT), organisme lié à l’action sociale de la Conférence Nationale des évêques du Brésil
(CNBB), vient de rendre publique son analyse de la situation eccésiale,
économique et politique du pays. Elle se réjouit des points positifs, mais
ne craint pas non plus de faire de fortes critiques à telle vision d’Eglise
ou à des pratiques politiques gouvernementales qui privilégient beaucoup
trop les riches.
Sur le plan ecclésial, la CPT estime que les résultats de la dernière
Assemblée de la CNBB, en avril dernier, a révélé deux conceptions de
l’Eglise dans sa manière d’agir: l’une, celle que soutient d’ailleurs la
CPT, davantage orientée vers les transformations proposées par le Concile
Vatican II en favorisant l’action pastorale qui fortifie les Eglises locales et qui se met résolument au service de la libération des pauvres. L’autre vision d’Eglise, poursuit la CPT, a malheureusement de la difficulté à
prendre en compte les conclusions des Assemblées de Medelllin et Puebla
comme aussi "d’inculturer l’Eglise dans la réalité locale".
Comme point positif, la CPT relève la valeur des discussions qui ont eu
lieu au Brésil à l’occasion de la "Campagne de la Fraternité 1991" sur le
thème du "capital et du travail". La CPT regrette par contre les conséquences négatives de l’intervention de Rome, à travers la Congrégation des Religieux, dans les élections des responsables de la "Conférence des Religieux d’Amérique Latine" (CLAR).
"Un gouvernement anti-démocratique"
La situation économique du Brésil, selon la CPT, s’est encore dégradée
ces derniers mois. Les intentions du gouvernement brésilien qui sont clairement indiquées dans son "Projet de Reconstruction Nationale" expriment,
sous un vernis moderne, ses priorités pour la productivité, l’efficience et
la compétivité capitalistes, mais en négligeant les défis concrets de
l’éducation et de la santé du plus grand nombre.
Analysant également la situation politique, la CPT affirme que le "gouvernement Collor continue de résoudre les problèmes des employeurs en jouant avec le salaire des travailleurs". Il pose carrément la question:
"Commment affronter un gouvernement si anti-démocratique et si anti-populaire ?" La CPT estime que des actions nationales pour la santé et pour
l’éducation sont deux thèmes prioritaires qui peuvent mobiliser et fortifier l’union et la lutte des plus pauvres.
La CPT enfin revient sur le problème de la terre et de la réforme agraire. Là encore elle critique sévèrement l’action gouvernementale: "Les quelques désappropriations faites par le gouvernement ne sont qu’un rideau de
fumée pour la galerie et pour donner l’illusion qu’il fait quelque chose
dans ce sens." De fait il empêche les travailleurs de la terre d’acquérir
la terre. Le gouvernement a montré une fois de plus qu’il fonctionne comme
une corporation totalement au service des privilégiés. Devant une telle injustice, la CPT se sent mobilisée pour réanimer un véritable et fort mouvement pour la "démocratisation de la terre". (apic/em/ba)