dénonce la violence faite aux paysans
Des évêques solidaires de la réforme agraire
Promissao (Brésil), 13août(APIC) Le premier "Rassemblement de la terre"
dans l’Etat de Sao Paulo au Brésil, organisé par la "Commission Pastorale
de la Terre" (CPT) fin juillet à Promissao a été l’occasion de présenter la
réalité des paysans de l’Etat brésilien considéré comme le plus riche du
pays, mais qui présente également des poches de misère intolérable.
L’initiative de la CPT a permis de dénoncer la situation d’environ 1,2
million de travailleurs agricoles de l’Etat de Sao Paulo , dont 800’000 employés dans des plantations de canne à sucre, de coton, de café et d’oranges. Les ouvriers agricoles sont victimes non seulement de la baisse continue du salaire effectif, vu l’inflation galopante qui sévit dans tout le
pays, mais encore des mauvaises conditions de transport. Durant le premier
trimestre de cette année, ce ne sont pas moins de 8 travailleurs tués et
167 blessés que l’on peut déplorer dans des accidents survenus aux camions
qui transportent les "boias frias" dans les champs. L’expression "boias
frias" désigne précisément les travailleurs ruraux qui prennent avec eux
"leurs marmites froides" pour le repas de midi dans les plantations.
Pour la CPT, la situation foncière de l’Etat de Sao Paulo est un exemple
éclatant de la nécessité d’intensifier la lutte en faveur de la réforme
agraire. Sur les 22 milions d’habitants que compte l’Etat, deux millions
vivent à la campagne. Le territoire comprend 250’000 kilomètres carrés. 53%
sont des terres qui appartiennent aux grands propiétaires et seulement 5% à
de petits propriétaires. Parmi les terres des grands propiétaires, 13% sont
des terres cultivées et 43% sont occupées par la canne à sucre et par des
pâturages pour l’élevage, 27% ne sont pas exploitées et 5% sont des terres
non cultivables. Enfin, on ne connaît pas la destination de 6% des terres;
6% autres sont utilisées pour des fonctions diverses.
La violence rôde en permanence parmi les travailleurs ruraux de l’Etat
de Sao Paulo. Entre 1985 et 1987, on compte 13 travailleurs assassinés parce qu’ils réclamaient leurs droits sur des questions de terre. Autre violence subie constamment: l’emprisonnement des leaders des associations
paysannes et la présence systématique de la police dans des opérations visant à expulser des paysans de leurs terres.
Malgré cette violence, les paysans continuent leur lutte en faveur de la
réforme agraire. Actuellement on trouve dans l’Etat de Sao Paulo, onze "occupations" de travailleurs sans terre qui regroupent 832 familles. On compte déjà 33 occupations reconnues officiellement et qui concernent 4’000 familles occupant 94’000 hectares de terre. La situation de la majorité de
ces paysans reste précaire : on ne trouve ni encadrement sanitaire pour la
population ni écoles pour les enfants. Rien n’est encore prévu pour la planification agricole et pour les crédits bancaires. Enfin aucun titre de
propriété n’a été remis aux nouveaux occupants, qui leur assurerait la possession définitive de leur lopin de terre.
C’est pour dénoncer cette situation que des milliers de travailleurs,
accompagnés de plusieurs évêques, se sont rendus à Promissao à l’occasion
de ce premier Rassemblement de la terre dans l’Etat de Sao Paulo. Cette localité a été choisie, car il s’agit, du moins dans cet Etat, du plus grand
territoire engagé dans une réforme agraire: cette réforme concerne plus de
700 familles, bien qu’elles n’aient pas encore reçu leur titre de propriété
définitif. (apic/agen/ba)